Gregory Charles est une pure créature de l’intelligence artificielle.

Gregory Charles, le juke-box humain

CRITIQUE / Qu’on se le dise, Gregory Charles n’est pas un être humain. C’est une pure créature de l’intelligence artificielle, un cyborg à qui des scientifiques ont greffé un processeur lui permettant de jouer au piano et de chanter l’intégralité de l’histoire de la musique, un répliquant dernier cri capable également de faire rire et d’émouvoir.

On blague, mais à le voir aller, vendredi soir, sur la scène du Palais Montcalm, à l’occasion de la première du spectacle L’air du temps, difficile de ne pas se faire ces réflexions tellement la culture musicale de l’artiste est étendue et son talent, époustouflant.

Après son spectacle Noir et blanc, où il interprétait des chansons suggérées au hasard par l’assistance, Gregory Charles a décidé, comme le veut l’expression consacrée du monde du hockey, d’élever son jeu d’un cran. D’où ce nouveau concept où il décide, dans ce qu’il qualifie comme «son plus ambitieux spectacle», de revivre 250 années de musique et d’histoire, rien de moins.

À chaque spectateur volontaire de choisir une année marquante de sa vie ou une prise au hasard. Dès le départ, c’est allé dans toutes les directions et toutes les décennies: 1789, 1918, 1957, 1962…

Le temps de faire le tri et de démarrer son processeur intégré haute vitesse à 1000 gigabits, Gregory Charles était devant son piano pour interpréter des extraits de l’Opéra de quat’sous de Brecht et Weill, du Boléro de Ravel, de La bastringue, de Banana Boat Song (Day O) de Harry Belafonte et de Diana, de Paul Anka.

À chaque année sa chanson et aussi un petit préambule historique. Car à Gregory Charles le répliquant, les scientifiques ont aussi greffé un processeur Wikipédia…

De musique, de tous les styles et tous les genres, le jeune quinquagénaire pourrait en parler pendant des heures, à travers une sonate de Mozart ou de Beethoven, ou un extrait de Mammy Blues version Patof. Pour le Messie de Haendel, il a même délaissé son piano pour l’orgue monumental du Palais Montcalm, au grand plaisir de la foule.

Encyclopédique

Gregory Charles a beau être un cyborg, il a eu une mère. Et c’est en raison de ses incroyables et impitoyables exigences qu’il est devenu ce qu’il est, a-t-il expliqué. En 1976, sa troisième année scolaire s’est passée sous sa gouverne, à la maison, à apprendre la musique des 250 dernières années et à lire beaucoup d’encyclopédies.

Ce qui lui a fait dire, sous forme de boutade, que Mozart peut aller se rhabiller, lui qui a donné ses premiers concerts à quatre ou cinq ans. «S’il avait eu ma mère, il aurait joué tout de suite après la disparition du placenta…»

Norah Jones, Coldplay, Emmanuelle, Liszt, Roger Whitaker, Édith Piaf, Félix Leclerc, Caruso, Les Colocs… Ce voyage dans le temps qualifié de «spectacle fleuve» d’entrée de jeu, s’est déroulé dans une ambiance bon enfant, dans un plaisir partagé par l’artiste et son public.

Heure de tombée oblige, à notre départ du Palais Montcalm, vers 22h15, Gregory Charles venait à peine de commencer la seconde partie de son spectacle. Quarante-trois extraits de chansons figuraient alors au compteur. 

Selon les renseignements d’une espionne restée sur place, la soirée s’est terminée à… 23h30 avec, au final, un impressionnant total de 85 extraits de chansons, dont un émouvant La Manic, de Georges Dor, et, pour clore la soirée, Never Surrender, de Corey Hart.

Non, vraiment, Gregory Charles n’est pas humain, qu’on se le dise…