Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade
Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade

Grand Corps Malade : Les femmes à l'honneur

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
«Si j’apprécie des deux yeux quand tu balances ton corps, j’applaudis aussi des deux mains quand tu balances ton porc.» La phrase est porteuse et résume en quelque sorte le fil conducteur de l’album Mesdames de Grand Corps Malade. En duo avec des femmes issues d’horizons divers et de plusieurs générations, le populaire slameur français leur rend hommage. D’égal à égal. Mot pour mot.

Pendant que les mots-clic #MeToo ou #MoiAussi libéraient les langues de notre côté du monde à propos d’abus sexuels, la France y allait d’une incitation à la dénonciation encore plus directe : «Balance ton porc.» C’est cru, ça frappe, mais ça ramène au cœur du problème.

Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade, n’aurait pas pu prévoir que son album nous arriverait à la fin d’un été marqué au Québec par une nouvelle vague de dénonciations en ligne. Il ne s’en surprend pas. Il se réjouit néanmoins que le silence soit brisé.

«Je vois d’un très bon œil ces mouvements-là, note-t-il. Je suis heureux qu’il y ait une libération de la parole et que les choses commencent à aller dans le bon sens. Peut-être que ça m’a donné envie de faire cet album. Mais pour moi, ce n’est pas nouveau. Cette société très misogyne dans laquelle on vit, ça fait longtemps que j’en suis conscient.»

Sur Mesdames, un album ouvertement féministe, Grand Corps Malade partage le micro avec plusieurs voix féminines. Chanteuses, actrices, slameuses… Connues ou pas, le slameur y est allé de ses coups de cœur.

«J’avais envie d’un album de duos, confirme-t-il. Je revenais d’une tournée où j’étais essentiellement seul. Là, j’avais envie de faire un album de duos avec des femmes pour mettre à l’honneur les femmes. Pour faire ça, c’est beau de parler d’elles, mais c’est encore mieux de les entendre. Naturellement, j’ai eu cette envie de mettre les femmes à l’honneur.

Sur <em>Mesdames</em>, un album ouvertement féministe, Grand Corps Malade partage le micro avec plusieurs voix féminines.

«Les inégalités sur le salaire, la toute-puissance de l’homme sur la femme dans la rue ou dans le monde professionnel… reprend-il. Malheureusement, ça sonne au Québec comme un album dans l’air du temps. Mais ça aurait pu être dans l’actualité il y a 10 ans ou 20 ans. Et j’ai bien peur que dans 10 ans, 20 ans ou 30 ans, ça sera encore d’actualité. Même si les choses vont dans le bon sens, c’est une longue, longue route.»

Générations

Dans le processus qui a mené à l’album Mesdames, Grand Corps Malade a renoué avec la voix inoubliable de Véronique Sanson. Il nous fait aussi découvrir la pétillante Manon, une ado de 15 ans avec qui il résume avec beaucoup d’humour l’expérience du confinement (lire l’autre texte).

«Elle est parfaitement inconnue chez nous comme chez vous, avance-t-il. C’est juste une jeune slameuse collégienne que j’ai vue dans un tournoi de slam. Je l’avais trouvée géniale, pleine de vie, drôle, avec du charisme. Du coup, j’avais pris ses coordonnées en disant que j’aimerais bien, un jour, faire un truc avec elle. Environ un an plus tard, au moment de décider de mon casting pour mon album, je me suis dit : “voilà, il y a de grands noms de la chanson comme Véronique Sanson. Pourquoi ne pas inviter aussi cette slameuse inconnue du grand public?”»

En compagnie de Laura Smet (fille de Johnny Hallyday) ou du projet suisse Amuse bouche, Grand Corps Malade s’est plus que jamais laissé aller dans la fiction. Au contact du DJ Mosimann, il a aussi revu sa façon d’écrire.

«J’avais envie de cette modernité dans les rythmiques, dans les sons, détaille-t-il. On est surtout parti de la musique et ça, j’ai beaucoup aimé. Ça m’a forcé à écrire différemment, à avoir un flow différent. J’ai beaucoup aimé cet exercice.»

Visiteur assidu des scènes québécoises, Grand Corps Malade ne cache pas son impatience de revenir se produire de notre côté du monde. À suivre avant longtemps...

Mesdames arrivera dans les bacs le 11 septembre.

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RETOUR SUR LE CONFINEMENT

Pendant que nous étions tous encabanés, à partir du mois de mars, Grand Corps Malade s’est tourné vers les réseaux sociaux pour ventiler un peu. Quelques phrases à la fois, son rigolo journal de confinement a ponctué avec beaucoup d’humour notre propre isolement. 

«Je pense que vous avez tout vu, avec un soupçon d’autodérision en plus, évoque-t-il. Mais sinon, tout était vrai. Ça s’est passé comme ça, ç’a été sportif. Mais en même temps, ç’a été un bon moment. Je fais partie des privilégiés qui ont vécu un confinement dans un appartement assez grand, avec sa famille. Je l’ai plutôt bien vécu.»

Le slameur revient sur l’expérience de la COVID-19 dans une sympathique chanson partagée avec une toute jeune slameuse nommée Manon. «Je me disais que ça ferait bizarre, après cette période incroyable, de sortir un album sans parler du tout de confinement, indique-t-il. Du coup, j’ai voulu refaire un clin d’œil à ce confinement, mais de manière légère.»  Geneviève  Bouchard