Sur la scène de l’amphithéâtre, le 25 novembre, Ginette Reno revisitera ses grands succès, en compagnie de l’OSQ dirigé par son fils, Pascalin Raynault.

Ginette Reno: le trac de la première fois

À titre de porte-bonheur désigné du Canadien de Montréal, Ginette Reno a pris l’habitude de chanter à l’aréna… Même que l’hymne national fait désormais pratiquement partie de ses grands succès. Ça ne l’empêche pas d’être fébrile à l’approche du concert symphonique qu’elle offrira à guichets fermés le 25 novembre, au Centre Vidéotron.

«J’ai hâte. J’ai déjà le gras des fesses qui tremble!» lance au bout du fil la chanteuse, confessant une certaine nervosité. «Chaque fois que je monte sur scène, c’est toujours la première fois. J’ai demandé beaucoup d’aide, j’ai demandé à Dieu de m’enlever ça. Ç’a l’air qu’il ne me l’enlève pas. J’apprends à vivre avec», ajoute l’artiste, qui ne s’est pas guérie de son trac au fil d’une carrière de plus de cinq décennies. 

«Il faut que je me calme, reprend-elle. J’ai le feu sacré, j’ai l’émerveillement, je suis comme une enfant. Dieu merci, je n’ai jamais perdu ça. Je travaille très fort, je travaille aussi sur ce que je vais dire, parce que je ne veux pas dire de conneries. J’en ai dit pas mal dans ma vie. C’est peut-être pour ça que je suis sourde!»

Sur la scène du nouvel amphithéâtre, Ginette Reno revisitera ses grands succès, entourée de l’Orchestre symphonique de Québec dirigé à cette occasion par son fils, Pascalin Raynault. En attendant de réaliser son rêve d’une tournée «mi-chantée, mi-parlée» dans laquelle elle raconterait sa vie au public d’ici, elle dit avoir fouillé dans ses archives pour monter le programme qu’elle présentera dans deux semaines dans la capitale. 


Quand je joue à la radio, je ne sais même pas que c’est moi, des fois
Ginette Reno, au sujet des 600-700 chansons qu’elle a enregistrées

«J’essaie de doser parce que je veux montrer plein d’affaires de ma vie, note la chanteuse. J’ai 71 ans, j’ai un beau passé. J’ai enregistré au moins 600 ou 700 chansons. Quand je joue à la radio, je ne sais même pas que c’est moi, des fois. Je regarde mes archives et ça vient me chercher aussi beaucoup parce qu’il y a des choses que j’ai faites et dont je ne me souviens plus du tout. Il y a des choses comme ça que j’ai envie de partager avec les Québécois. On va avoir du fun!»

Sur glace et dans l’espace

Ces derniers temps, la voix de Ginette Reno l’a menée dans des endroits où elle ne s’attendait pas nécessairement à aller. Comme sur la patinoire du Centre Bell, où son interprétation de l’hymne national a pratiquement fait d’elle un joueur incontournable des séries éliminatoires depuis quelques années. 

Aussi sur glace, mais plus loin de nous, Ginette Reno dit ignorer comment sa pièce Je ne suis qu’une chanson a pu se rendre jusqu’en Corée du Nord, où elle a été choisie par un couple de patineurs artistiques pour accompagner la chorégraphie qui l’a qualifié pour les Jeux olympiques. «Je n’en ai pas la moindre idée… Mais c’est gratifiant en tabarnouche!» tranche-t-elle. 

Sa visite au Sénat, plus tôt cet automne, elle la doit aussi à son Ô Canada, alors que la nouvelle gouverneure générale, l’ancienne astronaute Julie Payette, l’avait choisie pour chanter lors de sa cérémonie d’assermentation. «Le plus beau compliment que j’ai eu dans ma vie, je pense qu’il vient d’elle, relate Ginette Reno. Elle m’a dit : “vous ne pouvez pas savoir comment vous chantez dans l’espace”. Quand elle m’a demandé d’aller chanter l’hymne national, je n’étais pas capable de lui refuser. Imaginez. Il n’y a personne d’autre au monde qui m’a écoutée dans l’espace.»


Je ne sais pas, j’ai toujours une sensation d’imposteur
Ginette Reno

Il y a quelques semaines, c’est à Toronto que la voix de Ginette Reno a résonné, dans un gala lors duquel elle a collaboré avec David Foster. Voilà une autre occasion que la chanteuse a saisie avec bonheur… Même si elle continue de s’en étonner. 

«Je ne sais pas, j’ai toujours une sensation d’imposteur, confie-t-elle. J’ai du mal à réaliser que c’est moi qui suis là, que c’est moi qu’on voulait. À Toronto, j’ai eu le plaisir de chanter avec David Foster. C’est quelque chose! C’est lui qui l’a demandé. Que David Foster dise : “je veux l’accompagner”… Wow!»

Avec deux albums en préparation — un en anglais et un en français — et prévus pour l’année prochaine, Ginette Reno ne chôme pas. Désormais arrière-grand-mère (le petit Noah est né l’hiver dernier), elle dit garder la forme. Et elle ne manque pas de faire ses vocalises tous les jours. «C’est de l’ouvrage… Mais j’aime ça! assure-t-elle. Je suis une chanteuse, c’est le verbe être. Quand je chante, c’est avec tout mon être, pas juste avec ma voix.»