Malgré que les pièces au programme ont déjà fait l’objet de nombreux enregistrements et ont été jouées de nombreuses fois en concert, l’interprétation qu’en ont livré la pianiste Yuja Wang et le violoncelliste Gautier Capuçon parvenait à nous faire oublier qu’on les avait déjà entendues.

Gautier Capuçon et Yuja Wang: duo prodigieux

CRITIQUE / Le temps d’une soirée, entre des concerts à Boston et à Philadelphie, Yuja Wang et Gautier Capuçon se sont arrêtés à Québec pour livrer une prestation digne de figurer parmi les plus mémorables des dernières années au Club musical. D’une sonate de Chopin au Grand tango d’Astor Piazzolla, le duo fut prodigieux.

Les pièces au programme ont déjà fait l’objet de nombreux enregistrements et jouées de nombreuses fois en concert. Et pourtant l’interprétation qu’en ont livré la pianiste Yuja Wang et le violoncelliste Gautier Capuçon parvenait à nous faire oublier qu’on les avait déjà entendues. Leur exécution était si vive, si impétueuse et si finement modulée qu’elle en était enchanteresse.

Yuja Wang s’est présentée sur scène vêtue d’une robe de paillettes vertes brillant de mille feux. (Vous ne la verrez pas sur la photo, puisque le duo de musiciens voulait approuver les photographies avant publication, exigence à laquelle nous ne nous sommes pas prêtés vu l’heure de tombée.) 

Elle, flamboyante, suivait ses partitions sur écran, alors que Gautier Capuçon, en habit noir classique, suivait les siennes sur papier. Lorsqu’ils jouaient, toutefois, leurs personnalités s’accordaient complètement, se dévouaient à la musique. Ils appuyaient avec panache, mais sans esbroufe, jouaient avec virtuosité, mais sans orgueil, et naviguaient avec aisance dans une vaste palette d’intentions et d’émotions.

Pendant la Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur de Chopin, c’est d’abord le violoncelle qui a attiré notre oreille. Capuçon le fait gronder d’une manière formidable, les notes graves qu’il en tire ont un grain particulier, une texture presque abrasive, poignante, alors que les aigus sont d’une fulgurance splendide. Le violoncelliste sait se faire tour à tour fougueux ou tendre, en accord avec les pièces.

Le jeu assuré et les acrobaties du piano n’étaient pas en reste. Semblant presque avoir des ressorts dans les doigts, Yuja Wang a su donner une vivacité et des nuances toujours renouvelées à la partition élaborée. Les arpèges dansant du sherzo étaient savoureux. Son interprétation de Introduction et polonaise brillante, toujours de Chopin, avait tout autant de caractère, au fil des dégringolades harmonieuses et des cadences marquées.

Le ravissement s’est poursuivi pendant Sonate pour violon et piano de Cesar Franck (arrangée pour violoncelle) et au rappel avec Le Cygne, de Camille Saint-Saëns, d’une douceur sublime, et Le grand tango, d’Astor Piazzolla, passionné et passionnant. Le duo a été chaudement ovationné plusieurs fois.

Saison 2019-2020

Le Club musical a dévoilé les six concerts de sa prochaine saison. Ça débutera en lion avec Marie-Nicole Lemieux qui chantera les mots de Baudelaire (7 octobre). Le chef Yannick Nézet-Séguin troquera la baguette pour le piano le temps d’accompagner la mezzo-soprano Joyce DiDonato (8 décembre). L’Académie de musique ancienne de Berlin (25 novembre), Daniil Trifonov (26 février), le quatuor Pavel Haas et Boris Giltburg (14 mars) ainsi que Kristof Barati et Enrico Pace (20 avril) complètent la liste des invités. 

Info: clubmusicaldequebec.com