Le musicien et poète acadien Fredric Gary Comeau lance la semaine prochaine son premier album anglophone depuis Hungry Ghosts, en 2002.

Fredric Gary Comeau: l’Acadien errant prend racine

L’appel du voyage a toujours été fort chez Fredric Gary Comeau. Grand bourlingueur devant l’éternel, le poète et musicien acadien a toutefois pris racine à Montréal depuis une dizaine d’années. Un mariage «avec une fille d’ici», puis l’arrivée d’un premier enfant, il y a 18 mois, ont contribué à lui faire revoir ses priorités et son plan de vie.

C’est pendant cette période que l’auteur-compositeur-interprète a commencé à semer ce qui est devenu son cinquième album, The Glimmer, dont le lancement a lieu la semaine prochaine. Il s’agit d’un retour à l’anglais pour l’artiste de 49 ans, après Hungry Ghosts, paru en 2002. Trois albums en français (Douze chansons pour Évelyne, Effeuiller les vertiges et Ève rêve) avaient suivi.

Le «premier moteur de création» de cette nouvelle offrande musicale à saveur folk, fabriquée en collaboration avec Alexandre Désilets et Andrea Lindsay, a été le 20e anniversaire de la mort de sa mère. C’est aussi à cette époque, en 2012, que Comeau a convolé en justes noces.

«Je me suis toujours vu comme un nomade, mais qui prend femme prend pays...» explique-t-il en entrevue téléphonique. En me mariant, j’ai accepté le fait que j’étais devenu Montréalais. Il y avait donc d’un côté l’enracinement et le futur, et de l’autre, le passé. J’ai commencé à écrire des chansons autour du deuil, de la perte, et ç’a juste comme déboulé.»

Le décès de son amie, la chanteuse Lhasa de Sela, en janvier 2010, l’a aussi poussé à inclure la chanson qu’il avait composée pour elle à l’époque, The Song That Makes Me Sound, et qu’il a interprété une seule et unique fois sur scène, lors la soirée en son honneur, au Lion d’or à Montréal.

Une autre composition, Little Lion, «plus lumineuse», a été écrite après que sa meilleure amie lui ait annoncé souffrir d’un cancer du sein. Dans Out of Blood, «c’est davantage un deuil positif, c’est une chanson sur l’affirmation de soi et l’importance de se débarrasser des bagages qu’on traîne».

Entre deux notes, Fredric Gary Comeau a aussi passé du temps devant son clavier d’ordinateur. Auteur d’une quinzaine de recueils de poésie depuis le début des années 90, il a fait paraître un premier roman, il y a six ans, Vertiges.

Cette double passion pour la musique et l’écriture remonte à loin. «Ça m’habite depuis toujours. Comme cadeau d’anniversaire pour mes 7 ans, j’avais demandé soit une guitare soit une machine à écrire. J’ai finalement eu les deux. À cette époque, je voulais raconter des histoires. J’étais maniaque des romans d’Agatha Christie. Une tante m’avait légué toute sa collection de livres. C’est là que tu vois que ce que tu donnes à un enfant peut faire une différence plus tard. C’est elle qui m’a donné le goût d’écrire.

«J’étais déjà dans un esprit de création, poursuit-il. Quand on me montrait des accords et des gammes sur la guitare, j’étais content, mais quand on me demandait d’apprendre des chansons, je ne comprenais pas. Elles avaient déjà été faites, pourquoi alors je les referais? Toute ma vie j’ai cherché davantage à créer qu’à refaire.»

Amis francos et anglos

Passer d’une langue à l’autre est une seconde nature pour l’artiste. En revanche, son bilinguisme lui donne à penser qu’il souffre d’un... dédoublement de personnalité. «J’ai l’impression d’être deux performeurs. Quand je chante en français, je crois que c’est plus doux en général, alors qu’en anglais, c’est plus acerbe.»

Son enfance, à Robertville, dans le nord du Nouveau-Brunswick, à côtoyer des amis francophones et anglophones, a fortement teinté son approche musicale. «Chez les francos, je me tenais avec des poètes, alors que mes amis anglos étaient des punks. Ç’a probablement coloré mon rapport à chaque langue.»

Lui qui a habité Québec un court moment, en 1997, et participé au Festival d’été en 2001, aimerait bien y revenir bientôt pour présenter son nouvel album. «Je connais moins les salles. J’aimerais bien faire un duo avec un jeune pianiste de jazz, Félix Dubé, qui est le fils de mon meilleur ami.»

Sauf que celui qu’on surnommait l’«Acadien errant» a appris à ne plus vivre dans ses bagages, nouvelle vie familiale oblige. «Je pars en mars pour une résidence au Centre d’art de Banff. Je suis content d’y aller, mais j’appréhende un peu, je suis tiraillé. Ce sera la première fois que je vais être séparé de ma fille. Heureusement que Facetime existe. L’appel du large est toujours là, mais je vais maintenant amener ma petite famille avec moi.»

Claque dans la face

Depuis sa terre d’adoption montréalaise, Fredric Gary Comeau continue à garder un œil sur ce qui se passe dans son coin de pays néo-brunswickois. Et ce qu’il voit dans la seule province canadienne officiellement bilingue, à la suite de l’élection du premier ministre Blaine Higgs, l’automne dernier, ne l’enchante guère. Le politicien conservateur n’est pas un farouche défenseur du bilinguisme.

«Ça ne va pas super bien. Il a décidé d’annuler les Jeux de la francophonie (prévus pour 2021). C’est une énorme claque dans la face des Acadiens. Il veut aussi que les ambulanciers ne soient plus obligés d’être bilingues. Il y a des gens au Nouveau-Brunswick qui parlent seulement français, alors il y en a peut-être qui risquent de mourir, dans une situation d’urgence. Mais ils (Higgs et ses députés) ont l’air de s’en foutre...»