François Dompierre offrira un récit-récital intimiste au Palais Montcalm le 30 avril.

François Dompierre: les confidences d’un solitaire

Fort de 55 ans de carrière, de presque autant de bandes originales de films, d’une panoplie de chansons et une vingtaine d’œuvres de concert, François Dompierre convie le public à un récit-récital intimiste au Palais Montcalm le 30 avril, «comme si quelqu’un s’assoyait au banc de piano dans un salon et se mettait à jouer et à raconter».

«À mon âge, c’est une réminiscence», croit le compositeur de 74 ans, qui répond avec abondance, précision et humour aux questions qui lui sont lancées. Comme lorsqu’il animait à ICI Musique, celui-ci, dans son spectacle, construit son discours de mots et de musique en faisant des liens et en bondissant d’une idée et d’un souvenir à l’autre.

«Je raconte ma vie à travers celles de personnes que j’ai connues et qui sont connues du grand public, je pense à Félix Leclerc, Jacques Brel, Claude Chabrol, Denise Filiatrault, Denys Arcand, Angèle Dubeau, Alain Lefèvre», énumère M. Dompierre. S’il a multiplié les collaborations, il se sent toutefois en terrain connu, seul sur scène, en tête-à-tête avec un piano. «Quatre-vingt-dix pour cent de mon travail a été de composer de la musique, qui est un rôle de solitaire, je suis toujours seul, dans le fond», plaide-t-il.

Au clavier, il se dit plus à l’aise pour improviser que pour se frotter au répertoire — «mes propres pièces, évidemment, c’est autre chose» —, mais a tout de même inclus du Bach et du Chopin dans l’alignement.

Deux âges d’or
Lorsqu’il regarde en arrière, François Dompierre a un peu l’impression d’avoir connu deux âges d’or, celui de la chanson (il en a écrit 200, dont L’âme à la tendresse et Demain matin, Montréal m’attend) et celui de la musique de film au Québec. «J’ai arrêté officiellement en 2001. Je n’ai fait que des exceptions pour Léa Pool, avec La passion d’Augustine, et pour Denys Arcand, parce que c’est un ami», note-t-il. «J’ai abandonné parce que ça se gâchait. Le rapport n’était plus directement entre le réalisateur et son compositeur, il y avait une panoplie d’intervenants. Ça fait partie de la solitude dont je parlais tantôt, j’aime avoir un interlocuteur, pas 25.»

Il se concentre donc maintenant sur la musique d’orchestre. On lui doit notamment Les Glorieux (un récit musical commandé par l’Orchestre symphonique de Montréal) et 24 Préludes pour piano. Il met la touche finale à un concerto pour violoncelle destiné à Vincent Bélanger, qui joue beaucoup en Chine. «C’est un concerto assez ambitieux. Il fait un bon 25 minutes, c’est consistant, ça a quatre mouvements et c’est pour un orchestre symphonique complet», indique-t-il. Lorsqu’il parle de musique, il emprunte le vocabulaire du peintre. «Mes tableaux sont très colorés, il y a plein de contrastes. J’adore l’orchestration, ça a toujours été le cas, j’ai l’impression de colorier.»


« J’adore l’orchestration, ça a toujours été le cas, j’ai l’impression de colorier »
François Dompierre

Un projet à la fois
Il s’offre depuis quelques années le cadeau de faire un seul projet à la fois. «Ça n’a pas toujours été le cas, mais maintenant, j’essaie de me calmer les nerfs», note-t-il. Mais ses projets se mordent la queue, sitôt qu’un achève, le suivant s’amorce. Il prévoit notamment un concerto de guitare pour Thierry Bégin qui a, comme Dompierre et comme bien des solistes, un pied de chaque côté de l’Atlantique. Il ne prend pas de commande et lorsqu’il a envie d’offrir une pièce à un interprète, il veut l’assurance que ce sera joué et enregistré. «Sinon, ça n’a pas de vie. La musique classique a l’avantage de pouvoir vivre très très longtemps par rapport à des chansons, mais paradoxalement, ça peut aussi être joué une seule fois et disparaître», expose-t-il.

Foodie avant l’heure, grand randonneur, voyageur aguerri, Dompierre se pose facilement en analyste de notre société artistique. «J’y patauge depuis 55 ans, j’ai vu toutes les tendances et j’y ai participé dans bien des cas. Je regarde ça avec un œil amusé, je ne suis plus à l’âge de passer à Tout le monde en parle. Il y a des gens qui se démarquent dans toutes les générations qui m’ont suivi. Je pense à un gars comme Daniel Lavoie, pour qui j’ai un respect total, ou à ma nièce Catherine Major, qui, à mon avis, a beaucoup de talent musical et qui a de quoi dire. C’est une sacrifice de bonne pianiste.» Il travaille aussi avec une autre de ses nièces, Geneviève Dompierre-Smith, sans projet précis, mais dans l’esprit des comédies musicales. Il a d’ailleurs écrit, cette année, une musique sur le texte du librettiste américain Leonard Orr, inspiré du roman Paris brûle-t-il ? de Dominique Lapierre et Larry Collins.

FRANÇOIS DOMPIERRE EN RAFALE

Un auteur: «Franz Olivier Giesbert, directeur de l’hebdomadaire Le Point, un Américain francophone qui écrit d’une manière extraordinaire.»

Une pièce de musique: «La passion selon saint Matthieu de Jean-Sébastien Bach, qui est plus qu’un compositeur pour moi.»

Une ville: «Paris, la plus belle ville au monde. Je ne m’y ennuie jamais, je m’y sens chez moi. Je peux même passer pour un Parisien lorsque je suis là-bas. Ça m’évite de toujours me faire poser les mêmes questions ennuyeuses.» (échantillon d’accent à l’appui)

Un artiste visuel: «L’œuvre de Riopelle me touche beaucoup, tout comme celle des impressionnistes.»

Un film: «Le déclin de l’empire américain, qui a été très important pour moi. J’en ai fait la musique, pour Denys Arcand, qui est un ami, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit bon comme ça. Je suis aussi un fou de Louis de Funès, que j’imite, d’ailleurs.»

Un personnage politique: «De Gaulle, le plus grand homme politique du XXe siècle. Il était droit, prodigieusement intelligent, il a fait tout ce qui fallait faire.»