Thomas Casault et Louis-Étienne Santais forment le duo Fjord, qui donne dans l’électropop aérien. Ils joueront à l’Anti le 11 janvier.

Fjord: les pieds à Québec, la tête ailleurs

Ça faisait un moment que Fjord souhaitait collaborer avec le réalisateur anglais Tim Bran, connu notamment pour son travail avec Bloc Party, London Grammar et La Roux. Même que le duo de Québec l’avait contacté en 2014, au moment d’enregistrer ce qui allait devenir «Textures», un minialbum qui l’a propulsé dans plusieurs pays sur les plateformes de diffusion en ligne. Leur demande, ont cru les musiciens, était demeurée lettre morte. Mais l’était-elle vraiment?

Thomas Casault et Louis-Étienne Santais ne peuvent s’empêcher de s’esclaffer en racontant l’anecdote.  Parce que dès 2014, Tim Bran a bel et bien accepté d’offrir ses services à Fjord. Santais n’a simplement pas vu sa réponse. 

«Un jour, Louis est allé voir dans ses messages indésirables sur Facebook, une espèce de boîte obscure… Et il a vu que Tim avait répondu positivement à notre demande», résume Thomas Casault.

«Mais c’était genre six mois plus tard. Je n’ai pas répondu sur le coup. Je ne pouvais pas juste dire : “s’cuse, j’ai comme pas vu ton message”», raconte à son tour Louis-Étienne Santais, qui a finalement réécrit à l’Anglais au moment de créer les titres de Shallow Waters, un minialbum de six chansons qui sortira le 25 janvier. «Là, je lui ai dit pour vrai que j’avais manqué son message. Trois ans plus tard!» lance-t-il en rigolant. 

«Ça montrait son ouverture. Il voulait travailler avec nous trois ans plus tôt, même si on était des nobodies. Il voulait travailler avec des talents et des projets qui lui ressemblent. Ç’a été plus facile de le recontacter», évoque finalement Thomas Casault, la voix du duo qui donne dans l’électropop aérien. 

Les deux amis — ils ont été colocs pendant quelques années — se sont donc retrouvés à Londres pour mettre la touche finale aux six titres nés d’un parcours créatif de longue haleine : des mois d’écriture infructueuse, des pièces qui se construisent au compte-gouttes, puis la pression de l’heure de tombée (le rendez-vous avec le réalisateur approchant à grands pas) qui précipite le travail. 

«On a terminé les chansons dans les semaines qui ont précédé notre départ. La musique était finalisée à 80 % et on a retravaillé ça avec Tim pendant deux semaines à temps plein. Ça nous a permis de sortir le dernier jus qu’on avait à presser pour finir les pistes», relate Santais. 

Outils technologiques

Sauf peut-être pour cette petite maladresse de messagerie (!), les gars de Fjord peuvent se vanter de maîtriser assez bien les outils technologiques pour pouvoir, à bien des égards, faire avancer leur musique par eux-mêmes. 

«Ç’a été un processus d’apprentissage en soi, confirme Louis-Étienne Santais. Et ç’a été la base de notre projet, d’apprendre à manipuler les ordinateurs, les logiciels, les synthés. On ne vient pas d’un milieu où on faisait de la musique électronique. À la base, on faisait vraiment des chansons.»

Selon son complice Casault, leur déménagement en appartement et un souci de maintenir un bon voisinage a encouragé le virage. «À un moment donné, la musique électronique est devenue une option drôlement intéressante. Et du côté composition, ça nous donne accès à tous les instruments en étant juste deux», détaille-t-il. 

Visiblement, le choix a été judicieux pour Fjord, qui s’est vite imposé sur les plateformes en ligne : le groupe n’a pas tardé à devenir millionnaire — en clics, on s’entend… — sur Spotify. Et pas que dans son pays. Quand on demande où Fjord est écouté, Louis-Étienne Santais y va de son estimation : «Dans autant de pays qu’il y a de pays qui ont Spotify, je pense. Mais on voit quand même les tops : États-Unis, Canada, France, Allemagne et un peu en Scandinavie», indique-t-il.

«Initialement, on avait développé une stratégie en allant chercher les influenceurs de la musique. On était en 2014, ça ne se passait pas comme aujourd’hui, les bands n’étaient pas sur Instagram. On est allé chercher une liste de blogueurs dans le monde, autant en Australie qu’aux États-Unis, qu’au Canada ou en Europe», explique Thomas Casault, décrivant le communiqué visuellement soigné qui avait été envoyé. 

Plus organique

«Et tout le monde s’est mis à parler de nous quand on a sorti Blue, qui a été notre première grosse chanson, ajoute-t-il. On s’est réveillé un matin et il y avait eu 90 000 écoutes dans la nuit.»

Pour les nouvelles chansons de Shallow Waters, les membres de Fjord disent avoir voulu exploiter davantage un volet plus organique en utilisant de vrais instruments (guitare, piano, violons, harpe, flûte, etc.) Le tout a été retravaillé pour un spectacle «de facture électronique» qu’on pourra voir à Québec le 11 janvier à L’Anti (la formation Honors sera aussi de la partie). 

Des prestations à Toronto et à Montréal sont aussi l’agenda de Fjord les 25 et 26 janvier. Et si tout va bien, le duo devrait aller tâter le terrain dans quelques pays d’Europe au printemps.