«J’explore ma voix comme un outil, comme si j’avais des pédales d’effets dessus», dit Fishbach.

Fishbach: créer un son, se faire un nom

«On parle de références, mais j’espère un jour m’en dédouaner ou même m’en libérer. Un jour, j’espère qu’on dira que Fishbach c’est Fishbach. J’ai ma façon à moi de faire mes morceaux», confiait au bout du fil la charismatique artiste, il y a quelques semaines.

À cause de son timbre de voix, de sa poésie ou de son attitude, Fishbach a tour à tour été comparée à Catherine Ringer, à Desireless, à Christophe et même à Barbara. Dans une veine électro-pop un peu sombre et surtout très racée, cette étoile montante de la chanson française se fait un nom dans l’Hexagone et est en voie de faire de même de ce côté de l’Atlantique, où elle se rend ces jours-ci pour une deuxième visite.

Nous avons attrapé la chanteuse, Flora de son prénom, tout juste avant le gala des Victoires de la musique, où elle était nommée dans la catégorie Révélation scène. Elle s’est inclinée devant Gaël Faye, mais n’a pas raté son effet en y interprétant sa chanson Feu, démontrant sur ce vaste plateau télévisé à quel point elle vit la scène de façon intense, voire théâtrale. «Je joue beaucoup avec ça, confirme la musicienne. Je vais chercher les gens du regard pour voir s’ils sont prêts à jouer avec moi. Ça, c’est très important. J’aime beaucoup la scène pour ça.»

Pour Fishbach, les choses ont en quelque sorte fait boule de neige depuis qu’elle crée de la musique en solo (elle a eu une première vie musicale plus rock au sein du duo Most Agadn’t). Après un minialbum dévoilé en 2015, un premier album complet, À ta merci, a été lancé dans sa contrée en 2017 avant d’arriver chez nous cet hiver. À travers tout ça, la jeune femme a fait un tabac dans les festivals et s’est allié un nombre grandissant d’oreilles, jusqu’à se frayer un chemin vers le prestigieux gala de musique française. Une ascension qui a eu de quoi surprendre la principale intéressée.

«C’était assez déroutant, relate-t-elle. À la base, j’ai fait de la musique par nécessité. Parce que j’aimais ça, que ça me faisait du bien. C’était assez ludique, en fait, la façon que j’avais d’écrire des chansons. Un peu comme un exutoire, comme un loisir. Et les choses sont venues très naturellement. Je n’ai pas démarché des gens pour jouer, je n’ai pas démarché des labels, etc. Les gens sont venus à moi. Mais je faisais quand même des concerts. J’avais mes salles à cause de mon expérience avec mon groupe de rock, avant.»

De l’importance d’oser

Native de Dieppe, Flora Fishbach a grandi à Charleville-Mézières, le patelin d’un certain Rimbaud, où elle a eu un coup de foudre artistique pour Patti Smith. Sa musique résonne fort d’influences des années 80 et si elle se garde bien de nommer qui que ce soit — «il y a déjà beaucoup trop de noms cités dans mes interviews», plaide-t-elle —, la chanteuse ne renie pas pour autant les comparaisons.

«Moi, j’explore ma voix comme un outil, comme si j’avais des pédales d’effets dessus, explique-t-elle. J’adore imiter des voix dans des registres très différents. Je crois qu’on parle des années 80 justement parce qu’à cette époque, il y avait des gens qui osaient énormément. Il y avait une révolution technologique au niveau des synthétiseurs, donc on a mis des sons complètement too much partout. […] C’est peut-être ça qui fait référence chez les gens qui m’écoutent. Je vais au bout des choses, j’interprète beaucoup, même que parfois, on dirait que je surjoue. Mais je ne pense pas. Je pense que j’appuie. C’est très théâtral, quoi.»

Pas question de miser sur la retenue, donc, au moment de livrer des chansons fortes en contrastes : souvent sombres dans le propos, mais dansantes sur la forme. «Le fait de faire passer des mots durs sur quelque chose d’agréable, c’est peut-être aussi une façon de relativiser ce dont on parle, croit Fishbach. C’est une façon parfois de s’en moquer ou de justement créer un paradoxe qui va encore plus appuyer la dureté des propos. De savoir qu’on peut danser et sublimer les drames, c’est encore plus bouleversant.»

De quoi mettre la table pour un deuxième rendez-vous avec le public de Québec attendu à L’Anti dimanche soir. «Je suis très heureuse, parce que la première rencontre a été assez forte, note Fishbach. Je crois que le public québécois que j’ai rencontré a été vraiment réceptif. Il s’est vraiment passé quelque chose et moi, j’ai été très heureuse de découvrir toute cette culture. Là, je reviens en solo, dans une formule un peu différente. Et voilà, c’est trop cool

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui: Fishbach

Quand: 11 mars à 21h (ouverture des portes à 20h)

Où: L’Anti

Billets: 21,59 $

Info.: lepointdevente.com