Comédien et musicien, Émile Proulx-Cloutier a réitéré il y a quelques mois avec Marée haute, son deuxième album, à quel point il a gagné sa place parmi les plus grands auteurs-compositeurs-interprètes d’ici. Ce n’est pas sa prestation de vendredi qui lui fera perdre du galon.

Émile Proulx-Cloutier: la sentinelle des mots

CRITIQUE / Sur la scène du Grand Théâtre, vendredi soir, Émile Proulx-Cloutier a pris soin de se munir d’une sentinelle, cette lampe qu’on laisse allumée la nuit dans les théâtres, comme une présence qui veille au grain. Pour ce maître des mots portant des textes où il est souvent question de quête de sens et de perte de repères, le clin d’œil était pour le moins évocateur.

Comédien et musicien, Émile Proulx-Cloutier a réitéré il y a quelques mois avec Marée haute, son deuxième album, à quel point il a gagné sa place parmi les plus grands auteurs-compositeurs-interprètes d’ici. Disons que ce n’est pas sa prestation de vendredi qui lui fera perdre du galon. Intense, investi, rigoureux… et franchement drôle, notre homme — et ses quatre talentueux musiciens — a offert une généreuse fête des mots à un public ratissant large, où on pouvait autant voir des enfants que des têtes blanches.

Expert dans l’art de brosser des tableaux chansonniers (ou slamés) bien tassés, Émile Proulx-Cloutier réussit de convaincante manière à se glisser autant dans la peau d’un père mourant, d’un enfant autochtone, d’un travailleur congédié ou d’une jeune serveuse troublée. Il a monté un tour de chant inscrit dans un mouvement de balancier variant les tons: entre le festif et le grave, l’intime et l’engagé. Dans ce dernier registre, il a frappé un grand coup en fin de première partie avec le slam Force océane, véritable hymne féministe particulièrement à propos en cette ère de #moiaussi et de #etmaintenant. Le texte livré avec verve a galvanisé la foule, qui lui a réservé une belle ovation.

La part du lion
Les nouveaux titres ont pris la part du lion dans la première moitié de la soirée, vendredi. Il y a eu Les murs et la mer, ronde dans sa facture musicale et percutante dans cette vague de mots fouettés par Émile Proulx-Cloutier. Puis Le pas si léger, sorte d’incantation lancée a cappella avant que les percussions ne s’y invitent, à la fois solennelles et magnétiques. Et la relecture de Mommy Daddy, transposée dans la bouche d’un jeune autochtone qui a perdu la langue de ses ancêtres, a frappé dans le mille.

Au chapitre de la douceur, mention spéciale à L’enfant-scaphandre, servie en clair-obscur devant des projections ondoyantes. Et si l’introduction des Retrouvailles a été faite avec le sourire, en duo avec la voix d’un GPS, son auteur n’a pas manqué de nous souffler par ses solides qualités d’interprète. La deuxième partie a laissé davantage de place aux titres plus anciens de l’album Aimer les monstres, lancé il y a cinq ans. Et pas question ici non plus de tomber dans le monotone. Dans des pièces comme Le grillon et la luciole ou Race de monde, Proulx-Cloutier et ses polyvalents musiciens Guido Del Fabbro, Guillaume Bourque, Étienne Ratthé et Benoit Rocheleau (les deux derniers sont de véritables pieuvres!) s’en sont donné à cœur joie en prenant des airs de fanfares. Du bonbon!

Émile Proulx-Cloutier offrira de nouveau son spectacle au Grand Théâtre samedi soir. Quelques billets étaient toujours disponibles vendredi.