Sur <em>1036</em>, Eman rend hommage au studio de la rue Cartier où il a créé plus tôt dans sa carrière.
Sur <em>1036</em>, Eman rend hommage au studio de la rue Cartier où il a créé plus tôt dans sa carrière.

Eman : Le fruit du labeur

Avec plus de 20 ans de musique derrière la cravate, Eman peut revendiquer le titre de vétéran. Au sein du duo Accrophone, puis de la formation Alaclair Ensemble, dans des projets connexes ou en solo, le rappeur de Québec a avancé en cultivant l’authenticité. Avec son nouvel album, 1036, il pose un regard sur le chemin parcouru.

«J’ai 36 ans. Dans une carrière de rap, c’est quand même assez âgé. Mais moi, j’embrasse mes années à venir, honnêtement. Je ne suis vraiment pas quelqu’un qui est déçu de vieillir. Ça me fait un grand bien», assure-t-il.

Le titre de sa nouvelle collection de chansons fait référence à une adresse «mythique» de l’avenue Cartier, où le complice Claude Bégin avait installé son studio. Sa porte toujours ouverte, l’appart est devenu une pierre angulaire de la scène de la capitale. Tour à tour, à peu près tous les membres du collectif Alaclair Ensemble y ont habité et y ont créé de la musique (le clin d’œil à Tassez-vous de d’là des Colocs fait par Eman sur la pièce Yeah n’en résonne que plus fort...).

Le studio n’existe plus, Bégin a déménagé ses pénates. Mais son confrère d’Accrophone et d’Alaclair a voulu rendre un hommage posthume à ces murs qui ont rassemblé tant de talents.

«Ç’a été un lieu de rencontre et de création de groupes qui ont marqué le genre à leur manière, résume le rappeur. La fondation d’Alaclair Ensemble, c’était au moment où Claude travaillait sur le projet de Karim Ouellet. Ça s’est passé comme ça : plein de gens qui travaillaient constamment. Claude me laissait les clés du studio quand il finissait sa journée avec Karim et moi, je faisais d’autres chansons avec d’autres gens. Le fait que Claude laissait la porte ouverte à tout le monde, ç’a créé beaucoup de projets à cet endroit-là. Claude Bégin en est le responsable. C’est lui le premier qui a habité là.»

Célébrer son parcours

Sans être un album-concept, 1036 donne plusieurs occasions à Emmanuel Lajoie-Blouin (de son vrai nom) de jeter un regard sur le passé. Parfois en se faisant frondeur ou en sortant la carte de l’ego : «À chaque fois qu’on drop un nouveau truc on gagne l’ADISQ / C’pas des blagues j’commence à manquer d’espace pour mes Félix», lance-t-il dans la pièce Pression.

«C’est le plus grand hommage que tu peux avoir comme musicien au Québec. J’en suis très fier. C’est un peu de faire la blague avec nos collègues rappeurs : “Nous on en ramasse souvent… Vous, ça va?”» rigole Eman, qui joue aussi d’humilité pour souligner le travail consacré à leur démarche par lui et ses confrères d’Alaclair, dont certains (KNLO, Maybe Watson et Claude Bégin) se joignent à lui sur 1036.

«Il y a clairement quelque chose à propos de la célébration du parcours de vie, d’avoir emprunté des chemins peut-être plus lumineux. On ne s’est pas laissé impressionner par plusieurs défaites sur le parcours. C’est le fruit d’un long travail. Alaclair, on a été beaucoup indépendant. Il y a eu des hauts et des bas. On a créé ça de toutes pièces à faisant à notre tête beaucoup», relate Eman, heureux de pouvoir dire qu’il vit de sa musique depuis quelques années.

«On a créé cette espèce de compagnie, ce groupe de personnes qui amènent tous du pain sur leur table et qui nourrissent leurs enfants avec le rap, ajoute-t-il. C’est le fruit du labeur, un peu...»

Ancré à Québec

Au-delà du titre de l’album, les rimes d’Eman sont bien ancrées dans la capitale, où il réside toujours avec sa famille. Ici une référence à un supermarché sur Cartier, là un coup de chapeau à Gilles Kègle, l’infirmier de la rue du quartier Saint-Roch pour qui Alaclair Ensemble a vendu un trophée Félix afin d’encourager sa fondation.

«Je suis fier d’habiter la ville de Québec. Il faut que ça fasse partie de ma littérature. Ces référents-là, c’est totalement ma ville. Je passe très souvent devant chez Gilles Kègle. Des fois, j’arrête et on jase. C’est quelqu’un qui fait partie de ma vie. C’est une personne qui mérite d’être citée dans plusieurs livres. C’est un homme impressionnant», explique Eman.

«Pour les gens qui ont un succès en musique, c’est plus simple d’aller à Montréal. Moi, la route, ça ne me dérange pas. Mais là, j’en prends une bonne pause et ça fait du bien», reprend-il à propos de l’actuelle pandémie, qui a mis le calendrier de spectacles sur pause et qui lui a donné l’occasion de passer du bon temps avec les siens.

C’est aussi dans les rues de la capitale qu’Eman a tourné de nuit le vidéoclip de la pièce Diamants, sur laquelle il partage le micro avec Sarahmée et qu’on pourra voir dans les prochains jours .

«C’est une amie de longue date, résume Eman. Ça doit faire 15 ans qu’on se connaît. Elle s’est tenue beaucoup au 1036 aussi. C’est la sœur de Karim Ouellet, elle faisait partie de l’entourage familial. Elle est vraiment comme une sœur. Elle a une grosse carrière qu’elle est en train de gérer.»

Sans trop en dévoiler, Eman se dit fort content du concept du clip réalisé par Le Ged avec les contraintes de distanciation physique. «On essaie de faire de l’art, que ce soit beau et intéressant, note-t-il. Il y a plusieurs facteurs avec lesquels on doit jongler, mais ça met la créativité au défi à fond...»