Catherine Perrin et Jean-François Blanchard (Tchaïkovski), dansant sous le regard amusé d’Edgar Fruitier.

Edgar et ses fantômes 2: ensorcelante leçon de musique

CRITIQUE / Les fantômes de Verdi, Haydn, Tchaïkovski et Gershwin apparaissent dans un nuage de fumée auprès d’Edgar Fruitier et de sa nouvelle pupille Catherine Perrin. Avec deux chanteurs, plusieurs danses et d’épiques confrontations entre les géants, ce second volet scénique des aventures du mélomane s’avère à la fois dynamique et des plus instructifs.

Dire que les instruments semblent rire dans les compositions d’Haydn (Antoine Durand), que Verdi (Sébastien Dhavernas) invoquait «la malédiction» qui traverse son opéra Rigoletto lorsqu’il pensait aux drames de sa vie, que Tchaïkovski (Jean-François Blanchard) a essuyé les pires critiques tout en étant lui-même un critique assassin et que Gershwin (Gilbert Lachance) demandait des cours de composition à tout vent nous permet de mieux saisir les compositeurs et leur musique. Ce sera difficile de penser à eux à l’avenir sans voir le visage des quatre comédiens qui les incarnent.

Les faits qu’énoncent un peu platement leurs biographies deviennent, sur scène, l’occasion d’introduire un récit touchant ou comique. La description des pièces musicales est inspirée, évocatrice et éclaire certains aspects de leur musique qui nous avaient, jusque là, échappé. L’exercice est bénéfique, tant pour les mélomanes aguerris que pour les simples curieux.

Introduction théâtrale

Là où ça grince un peu, c’est dans l’introduction théâtrale convenue où Catherine Perrin refuse de croire aux fantômes. Son jeu très appuyé détonne de celui, heureusement plus subtil, des «vrais» comédiens de la troupe. L’animatrice et musicienne se débrouille beaucoup mieux dans les segments où elle parle de musique.

Le texte d’Emmanuel Reichenbach est un mélange dosé d’explications pédagogiques (parfois longuettes, mais en général bien ramassées) et de démonstrations effectives. Les multiples interactions de «papa Haydn» avec les musiciens de l’orchestre permettent, par exemple, de camper efficacement la bienveillance du personnage. 

Contrairement à Edgar et ses fantômes 1, où Bach, Mozart, Beethoven et Satie avaient chacun leur moment, en ordre chronologique, le deuxième volet convie tous les fantômes avant l’entracte, ce qui permet des échanges plus riches, voire inusités. Le match où ils s’affrontent pour confier les pires critiques qu’ils ont reçues, bien dirigé par Perrin, est épique. Les danses et les chants, livrés par la soprano Myriam Leblanc et le ténor Keven Geddes, amènent du mouvement et l’émotion dans la conversation touffue.

Il semble y avoir eu un pépin avec les micros disposés sur scène lors de l’entrée de Gershwin, où les grésillements amplifiés des néons couvraient partiellement l’orchestre. Orchestre fort habile, d’ailleurs, dirigé par Jean-Pascal Hamelin qui va quelques fois au piano (comme Perrin et Lachance, qui joue Gershwin), et qui nous livre la costaude et éclectique sélection musicale avec rigueur et sensibilité.

Edgar et ses fantômes 2 est présenté jusqu’au 2 décembre au Grand Théâtre de Québec.