La collection de chansons qui se retrouvent sur le nouvel album de Dumas propose «une discussion» entre l’homme qu’il est maintenant, à 38 ans, et celui qu’il était plus jeune, décrit-il.

Dumas: le cours des ans

En 2003, Dumas lançait Le cours des jours, un album qui l’a révélé au grand public. Quinze ans plus tard, à l’approche de la quarantaine et franchissant le cap des 20 ans de carrière, l’auteur-compositeur-interprète a senti le besoin de revenir en musique sur le chemin parcouru. Le fruit de ses réflexions et de maintes interrogations a été gravé sur Nos idéaux, arrivé dans les bacs vendredi.

À notre dernière rencontre avec Dumas, il y a un peu plus d’un an et demi, le musicien avait évoqué ses questionnements sur la pertinence de créer des albums en cette ère de diffusion en continu et dans cette industrie en constante quête de simples accrocheurs. En fin de tournée et sans plan précis pour la suite, il se promettait d’écrire «comme je le faisais quand j’étais ado», n’excluant pas de dévoiler ses prochaines chansons à la pièce ou de les rassembler sur un minialbum plutôt que de suivre la formule habituelle. 

Voilà qu’il nous revient bel et bien avec un album physique — et un vinyle, de surcroît — comprenant encore un lot de points d’interrogation. «Comment suis-je arrivé ici? / En une nuit ou une vie? / Par quel détour ou quelle envie? / Ai-je raté ma sortie?» chante-t-il sur À l’est d’Éden, un premier extrait trempé dans le doute. De quoi nous faire demander : «Ça va, Steve?»

Au bout du fil, notre homme s’esclaffe. Oui, ça va bien. Mais il ne nie pas que ce premier avant-goût reflétait bien son état d’esprit, après ce qu’il décrit comme «une vingtaine assez extraordinaire» propulsée par le succès des albums Le cours des jours et Fixer le temps, suivie d’une trentaine où il s’est cherché un peu plus.

«Pour moi, dans À l’est d’Éden, il y avait quelque chose de très naturel, de très vrai, de très moi à 38 ans. Je trouvais que c’était une porte d’entrée pour ma nouvelle proposition. Ce n’est pas un hasard si je l’ai mise en premier. Ça lance le message que c’est là que je suis rendu. C’est là que j’ai passé une partie des dernières années, dans une espèce de mood où je ne me sentais pas exactement sur mon X. Mais je savais que l’album, dans tous ces questionnements-là, il allait quand même vers l’avant et qu’il y avait d’autres choses qui s’en venaient.»

Travail d’équipe

Selon les dires de Dumas, son nouveau disque n’a pourtant pas été prémédité. Ce sont plutôt des échanges fructueux avec l’auteur Jonathan Harnois (qui signe ou cosigne tous les textes) en vue de créer un nouveau spectacle qui a posé les premières pierres de Nos idéaux

«J’avais l’idée de retenter une tournée en solo, chose que je n’avais pas faite depuis Le cours des jours et dont on me parlait encore», note le musicien. 

Une invitation du réalisateur Gus Van Go qui a mené Dumas vers une virée en studio à New York a concrétisé le projet. «L’album s’est fait comme ça, sans vraiment que ce soit un plan, sans que ce soit forcé, ajoute le chanteur. Jonathan Harnois m’a bien scanné, je pense, pendant ces années-là où j’étais dans mes questionnements. On avait déjà ce chemin de fait. Et Gus m’a donné confiance en mes maquettes. Ça m’a motivé.»

Il résulte de ce travail d’équipe une collection de chansons sur lesquelles Dumas, selon sa propre description, propose «une discussion» entre l’homme qu’il est maintenant et celui qu’il était plus jeune. «J’ai commencé à 18 ans, j’en ai maintenant 38, avance-t-il. Dans tout ce chemin-là, qu’est-ce qui est resté et qu’est-ce qui s’est perdu? C’est un thème qui s’est dessiné.» Une pièce nous ramène donc en 1995, une autre à l’automne 2003. Les références au passé sont saupoudrées un peu partout, comme dans la très personnelle Bleu clair, qui offre un écho direct à J’erre, chanson phare de l’album Le cours des jours

«Je voulais que ce soit mon style, que ça me ressemble, mais je voulais qu’on me sente derrière ça, que ça ne soit pas juste poétique, évoque Dumas. C’était le défi. Et Jonathan, il a cette plume-là. Il a été capable de faire du ménage dans ce que j’avais écrit et d’écrire lui-même des textes qui m’allaient comme un gant.»

L’album Nos idéaux est arrivé dans les bacs vendredi.

«Quelque chose de fort…»

À l’heure de Nos idéaux, Dumas affirme avoir voulu faire «quelque chose de fort» à l’approche de la quarantaine. «C’était mon rêve de créateur. On verra comment ça va être reçu, mais on a mis les efforts», lance-t-il dans un éclat de rire. 

N’empêche… Si l’album Le cours des jours est si souvent revenu pendant notre entrevue, c’est parce qu’il a marqué les fans, même s’il a parfois été un peu lourd à porter pour son auteur, qui se défend bien d’être nostalgique. 

«Aujourd’hui, j’aime penser à ça. Il y a eu une période où c’était un peu weird, mais maintenant, je suis capable de le savourer et de me dire : “Wow, c’est fou ce qu’on a vécu”. Il a tellement pris une place émotionnelle chez les gens. C’est une grande chance. Mais par la suite, pour la création, c’est difficile parce que tu ne peux pas remplacer ces souvenirs-là, même si tu fais un bon disque», confie Dumas, qui relativise désormais les choses.

«J’en ai des albums d’adolescence qui ont une place spéciale que les artistes n’ont jamais réussi à reprendre, ajoute-t-il. Mais ce n’est même pas à cause de l’album en soi. Je pense que c’est lié au moment où je l’ai écouté. Je le sais que quand les gens écoutent mes autres disques, ils les comparent à celui-là. C’est un sentiment que j’ai. Mais on dirait que là, ça fait assez longtemps, alors c’est devenu autre chose et c’est le fun. Ça fait 15 ans, c’est comme une autre époque…»

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Qui : Dumas

Quand : 6 avril à 20h

Où : Théâtre Petit Champlain

Billets : 30 $

Info : theatrepetitchamplain.com