Diane Dufresne avec les Violons du Roy, en juin 2017

Diane Dufresne en orbite sur la planète jazz

«Travailler avec l’Orchestre national de jazz, c’est entrer dans un autre univers», soutient Diane Dufresne. Un univers où il faut apprivoiser les cuivres, intégrer de nouveaux tempos et habiter un nouvel espace de liberté vocale. L’éclatante chanteuse sera aux côtés de la pianiste Lorraine Desmarais et de l’Orchestre national de jazz de Montréal dimanche, pour le Grand Concert qui clôt le Festival international du Domaine Forget.

Elle a du caractère, la Dufresne, et elle se charge de nous le rappeler dès la première question, en nous la remettant sous le nez, avant de se reprendre et d’accepter de se prêter au jeu de l’entrevue. Après avoir été pop, rock, voire baroque, avec Les Violons du Roy, Diane Dufresne se prépare à être jazz pour la toute première fois.

«C’était quelque chose qui faisait partie de mes rêves de chanteuse, mais je ne suis pas une chanteuse de jazz. Je peux chanter un peu en dehors des tempos, j’ai toujours eu cette aptitude-là, qui n’a pas toujours plu aux musiciens rock’n’roll qui sont plutôt carrés. Le jazz a beaucoup de liberté», formule-t-elle. 

Jean-Nicolas Trottier, qui dirigera le concert, signe aussi les nouveaux arrangements de sept chansons de Diane Dufresne. «Les musiciens sont d’une gentillesse, parce qu’ils savent que tu dois apprendre des choses différentes», note-t-elle. «Ils font des bridges beaucoup plus longs. Pendant ce temps-là, M. Trottier me dit que je peux chanter librement, mais je ne suis pas habituée d’être si libre que ça!» Elle compare les cuivres à des voix, dont il faudra tenir compte, et qui amènent une nouvelle manière d’aborder son répertoire, un nouveau tempo.

Le maestro lui a envoyé une sélection de pièces jazz pour lui montrer un aperçu de l’éventail de possibilités. «Le jazz peut même avoir un côté latin. Si j’avais pu, j’aurais fait un tango, ils [les musiciens de l’Orchestre national de jazz] sont très bons là-dedans», souligne-t-elle. «J’écoutais ça dans mon atelier en faisant des arts visuels, parce que quand je ne suis pas chanteuse, c’est beaucoup plus cool pour moi d’écouter de la musique. Je me disais “Oh my God, quelle liberté!” Ça commençait par une chanteuse qui faisait tout ce dont elle avait envie, des sons, des pleurs, des bruits de bouche, je me suis dit, “My God, elle en fait plus que moi!”»

Parmi les sept chansons retenues, il y en aura une nouvelle, qu’elle a étrennée au spectacle de la Fête nationale à Laval, mais qui sera livrée avec un habillage jazz. «Il commence à être temps que j’en fasse des nouvelles, avant que je ne sois que du vieux», note-t-elle. Plus de 10 ans après Effusions, elle veut toutefois se laisser le temps de créer avant de parler d’un futur nouvel album.

«Il y a des questions auxquelles je ne veux pas répondre tant que ce n’est pas terminé, explique-t-elle. Mais je prépare du nouveau, c’est sûr. Faire un album, de nos jours, il ne faut pas être peureux. C’est compliqué. J’en ai fait beaucoup dans ma vie, c’est pour ça que si j’en fais un, ce sera sûrement le dernier. Bonté divine, c’est quelque chose! […] On peut enregistrer cinq chansons dans une journée quand on fait juste chanter. Mais quand tu essaies d’atteindre autre chose, ça devient un peu plus compliqué. Pour arriver au bout, ça prend du souffle.»


« Les gens me parlent toujours au passé, me disent: “Ah, je vous ai tellement aimée”, mais je suis là, avec eux, au présent »
Diane Dufresne

Alors que son 74e anniversaire approche, Mme Dufresne a envie d’aborder de nouveaux thèmes. «Il n’y a jamais personne [en chanson] qui aborde tout à fait la vieillesse, le temps qui passe, souligne-t-elle. Les gens me parlent toujours au passé, me disent: “Ah, je vous ai tellement aimée”, mais je suis là, avec eux, au présent. On est des doyens, ou des vieux, dans le temps présent, et ça m’intéresse, mais c’est un sujet tabou.» 

La conversation dévie sur le moment où elle a marié musique et arts visuels pour une installation, Exit en herbe, qui portait sur la mort. Les visiteurs pouvaient se balancer dans un jardin synthétique, sur une balançoire en forme de cercueil. «J’essayais d’enlever la peur de la mort. Tu n’enlèves pas ça d’un coup, mais quand je voyais les enfants se balancer dans la tombe, je trouvais ça amusant. C’était une tombe agréable, dans un jardin, avec des vidéos, de la musique», commente-t-elle. 

«En arts visuels, je suis complètement libre. Il faut suivre son pinceau, suivre ses doigts, c’est au bout de la fatigue que tu finis par trouver quelque chose. Ce qui est accidentel va te donner un thème pour trouver une suite, commencer une série de toiles. Une tache peut t’amener ailleurs. Ça nous permet de nous centrer sur le divin, sans parler de religion, ça vient d’ailleurs. Les accidents, en arts visuels, c’est bien. Des fausses notes sur une scène ou en enregistrements, c’est pas bon.»

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COMME JANIS JOPLIN ET STELLA SPOTLIGHT

Lorsque les hasards du calendrier culturel nous permettent de parler à Diane Dufresne et à Luc Plamondon dans la même semaine, on saisit l’occasion de faire des liens. Puisque le nom de la flamboyante chanteuse revenait à intervalles réguliers dans le discours du parolier, qui remontait dans ses souvenirs pour les 20 ans de Notre Dame de Paris, nous l’avons invité à raconter quelques souvenirs qui les unissent.

La chanson J’ai rencontré l’homme de ma vie a fait connaître Diane Dufresne au Québec en 1972 et en France l’année suivante. «On s’est lancé ensemble», commente Luc Plamondon, qui a écrit les paroles de 11 titres sur 12 de l’album Tiens-toé ben j’arrive. «J’ai rencontré l’homme de ma vie fait partie des 10 chansons qui me rapportent le plus, encore aujourd’hui», note-t-il.

«Je dis souvent que Diane Dufresne a été ma première comédie musicale, parce que je lui écrivais des personnages. J’ai fait 75 chansons pour elle sur 12 ans, puis il y a eu un moment où on avait épuisé, je pense, les sujets», indique-t-il.

Il dit avoir été approché par le conjoint et manager de Diane Dufresne, Richard Langevin, pour l’album qui est en gestation. «J’aurais voulu faire quelque chose une autre fois, mais pas juste une chanson, et ce n’est pas une fille qui va embarquer dans une comédie musicale, alors…», expose-t-il avec un soupçon de regret.

Lorsqu’il repense à sa carrière et aux années 70, Diane Dufresne et Starmania (où elle jouait Stella Spotlight) brillent comme deux étoiles, qui avalent tout. Ils s’étaient toutefois rencontrés bien avant cela. 

«Elle avait 18 ans et moi j’en avais 20. J’écrivais déjà des chansons en secret, mais je ne les montrais pas au monde», raconte-t-il. Le pianiste et compositeur André Gagnon l’a emmené voir la chanteuse, en première partie de Guy Béart. «Une fille arrive avec ses grands cheveux rouges, très très longs, et chante des chansons de Léo Ferré, de Brel et Jack Monoloy, de Vigneault. Elle partait à Paris faire des cours de chant et de théâtre et je m’étais inscrit en histoire de l’art à l’école du Louvre.» À peine arrivés dans la capitale française, ils se croisent à la banque. «On s’est sauté dans les bras comme si on se connaissait. On s’est fréquenté beaucoup cette année-là. On allait voir des shows à L’Écluse, en se disant que c’était là que Barbara chantait.» Diane Dufresne finit, elle aussi, par chanter à L’Écluse. Puis par revenir au Québec, où son père l’accueille à l’aéroport avec la fanfare et les majorettes de Ville D’Anjou. 

«Elle voulait chanter comme Janis Joplin, je l’ai emmenée voir Bette Midler, un grand show sur Broadway, où elle changeait de costume à chaque chanson, ça l’avait éblouie», se souvient-il encore. On sent qu’il pourrait filer encore longtemps sur le sujet. «Ça a été une grande histoire d’amour et une grande histoire de désamour, résume-t-il. Maintenant, quand on se voit, on s’embrasse, on se prend dans nos bras, on jase, on est comme dans une bulle, même s’il y a plein de gens autour.» 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Quoi: Grand Concert extérieur de clôture du 40e anniversaire du Domaine Forget

• Qui: Diane Dufresne, Lorraine Desmarais et l’Orchestre national de jazz de Montréal, sous la direction de Jean-Nicolas Trottier

• Quand: dimanche 19 août à 15h (ouverture du site à 14h)

• Où: terrain du Domaine Forget, Saint-Irénée

• Accès: gratuit

• Info: 418 452-3535 et domaineforget.com