Diane Dufresne garde espoir en des temps plus cléments pour les artistes.
Diane Dufresne garde espoir en des temps plus cléments pour les artistes.

Diane Dufresne : Tout va changer

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Quand la crise de la COVID-19 a frappé, Diane Dufresne a trouvé une réponse à ses inquiétudes dans son atelier. Aux bouleversements imposés par le coronavirus, la chanteuse et artiste visuelle a opposé sa propre soif de mouvance. Si elle prône la rigueur dans cette tourmente, elle brandit aussi l’arme de la créativité.

«Je me suis dit que tout allait tellement changer que j’allais faire des choses que je n’ai jamais faites. Je vais essayer. Je me suis inventée. Pas nécessairement pour faire une expo, juste pour faire des choses que je n’avais jamais touchées. Je vais peut-être le présenter ou pas, ce n’est pas ce qui est important. C’était d’aller vers autre chose, de l’apprendre», exprime l’artiste, qui voit dans la période que nous vivons actuellement «une autre conscience, un autre temps présent».

«Ça change toutes les données, croit-elle. Pendant que ça se passe, c’est le temps pour nous, les humains, de s’imposer du sérieux. On a dit que les Québécois sont dociles parce qu’ils portent le masque, qu’ils ne sortent pas de chez eux. Au contraire, ils ont de la rigueur. Quand ça change, pourquoi ne pas changer? Ils ont une rigueur pour eux, pour leur santé, pour leurs enfants, pour leurs parents qui meurent seuls. Est-ce qu’il y a quelque chose de pire? Ça donne complètement une autre dimension.»

De quoi nous ramener les pieds sur terre, en somme. «On pensait qu’on était invincibles. On est parti sur une peau de banane et on a pensé qu’on avait des ailes. Mais là, on a retonti à terre!» image-t-elle.

Sentir son âge

Diane Dufresne ne le nie pas. À 75 ans, elle a plus que jamais senti son âge depuis le début de la pandémie. Devant tous ces discours sur les risques que courent nos aînés — ou nos sages… —, le constat s’est imposé. «J’en suis une, aînée, lance-t-elle. Je me suis réveillée un matin en me disant : “coudonc, je suis vraiment vieille”. À entendre parler des plus vulnérables tout le temps, j’ai comme vieilli d’un coup. Je me suis levée en me disant que j’avais mal partout.»

«Je me suis dit que tout allait tellement changer que j’allais faire des choses que je n’ai jamais faites. Je vais essayer. Je me suis inventée», relate Diane Dufresne. La chanteuse et peintre garde espoir en ce temps difficile pour les artistes. «On les voit qui se préparent et tout ça [...] On ne pourra pas y aller tout de suite, mais on va y arriver...»

Le sentiment n’a pas duré pour la chanteuse, qui dit s’être «reconditionnée». «Il faut toujours être en mouvement», estime celle qui assure bien vivre l’isolement imposé par la COVID-19.

«Moi, je vis pas mal ma vie en confinement, évoque-t-elle. Je ne sors pas beaucoup, je suis une solitaire. Même une ermite. J’ai mon compagnon, mais comme beaucoup d’artistes, je vis très retirée.»

Compassion pour les aînés

Comme bien des Québécois, Diane Dufresne a été une téléspectatrice assidue des points de presse quotidiens du premier ministre François Legault. Même qu’elle a appuyé publiquement le trio qu’il forme avec la ministre de la Santé, Danielle McCann, et le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, dans un message bien senti publié sur sa page Facebook. Elle se pointe moins souvent au rendez-vous ces jours-ci, mais elle observe avec beaucoup de compassion la situation des résidences pour personnes âgées.

«Je pense à la grande Renée Claude qui nous a quittés il y a quelques jours. Même son amoureux ne pouvait pas s’avancer. C’est quelque chose. Ça prend plus que du courage, plus que des prières. Je ne comprends pas comment on a pu en arriver là», avance Diane Dufresne.

«Je regarde le ciel chaque matin et je me dis que Renée, la Madone, est partie dans un ciel bleu, ajoute-t-elle. Mais quand est arrivé le virus et quand j’ai su qu’elle l’a eu, je me suis dit : “Oh, la, la...”. Je pense aussi aux gens qui ne peuvent pas aller voir leurs parents. Les gens âgés, certains ne veulent plus manger et se laissent mourir. C’est une question de contact humain. Quand on est malade, si on n’est pas accompagné, on est encore plus malade. Quand on est seul, on a moins de défenses...»

Cette perte de contrôle dans les centres d’hébergement, Diane Dufresne la décrit comme «une honte» pour les gens âgés. «Il y a un problème dans le système depuis des années, déplore-t-elle. De voir que les préposés aux bénéficiaires étaient moins payés, juste ça, c’était un manque de respect pour les aînés. Ce n’est vraiment pas facile pour ces gens-là.»

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REVENIR À L'ESSENTIEL

«Le temps est venu...» La phrase reviendra à quelques reprises pendant notre entrevue avec Diane Dufresne. D’abord parce qu’elle appuie la campagne du Français Nicolas Hulot axée sur des lendemains plus verts. Ensuite parce qu’elle croit fermement que la pandémie offre une occasion de renouveau. 

«Tout tombe quand arrive ce virus, quand c’est la santé qui est touchée. Il faut aussi que l’écologie fonctionne avec l’économie. Le temps est venu d’être vraiment très sérieux. Quand on parle de rigueur ou de discipline, les gens pensent qu’on leur enlève quelque chose. Et quand on parle d’écologie, c’est comme si on voulait donner des leçons. Au contraire! C’est une nouvelle approche. On a besoin de changement. Quand on parle de revenir comme avant… Mais à quoi? À la disparition des animaux? Quand je pense à mon dernier disque qui s’intitule Meilleur après... C’est peut-être vrai, finalement», exprime celle qui défend la cause environnementale depuis 30 ans. 

Diane Dufresne cite l’importance d’acheter local en général — «Si on a moins de fraises cette année, je mangerai des tomates!» lance-t-elle — et de moins consommer en particulier. 

«L’être humain doit faire un acte d’humilité, évoque-t-elle. C’est de prendre conscience qu’il ne faut pas se faire envahir par l’aspect consommation. Je pense qu’il va falloir l’oublier et ne pas se laisser embarquer dans ça. On veut avoir le petit nec plus ultra, mais je ne suis pas sûre que ce soit nécessaire. Quand on va à l’essentiel, il y a beaucoup plus d’espace pour la poésie, pour la créativité de chacun. Et je ne pense pas qu’aux artistes. Le monde a du talent. Si on va chercher notre créativité, on ne se laissera pas avoir.» Geneviève Bouchard

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«PAS TOUT DE SUITE, MAIS ON VA Y ARRIVER...»

Il y a quelques mois, Diane Dufresne s’est prêtée au jeu proposé par Stingray en devenant momentanément programmatrice musicale pour la Chaîne Vedette. 

Le menu offert jusqu’à la fin mai inclut certains de ses grands succès, qui s’invitent parmi ses propres coups de cœur musicaux. La chanteuse l’ignorait en faisant ses choix, mais elle a ainsi saisi l’occasion d’accompagner les mélomanes pendant leur confinement. 

«Il y a toujours des gens que j’aime bien, que ce soit en pandémie ou pas», résume-t-elle. En quelques minutes, on peut ainsi passer de Claude Nougaro à Eurythmics, d’Eric Clapton à Florence K, des Beatles à Catherine Major. 

«Il y a un algorithme qui fait tourner tout ça pour qu’entre Voivod et Juliette Gréco, on ne sente pas trop un clash, rigole la chanteuse. J’ai choisi la plupart des artistes et c’est bien parce que le programmateur ajoute de petites surprises. Moi qui n’aime pas m’entendre, je reste pour voir ce qu’ils ont mis. C’est sympathique. Les amis et le public qu’on ne peut pas voir, on peut partager ça avec eux.»

La chanteuse, qui a comme bien des artistes dû annuler des concerts à cause du coronavirus, y voit une manière d’être présente en attendant les vraies retrouvailles. «La musique, ça fait du bien, ajoute-t-elle. C’est pour ça qu’on va y arriver. On va trouver un système, on les voit les artistes qui se préparent et tout ça. Là, on est à la télé, mais on va aller faire un tour. On ne pourra pas y aller tout de suite, mais on va y arriver...»  Geneviève Bouchard

Diane Dufresne participera à l’émission Tout le monde en parle dimanche. Pour voir les diverses plateformes qui diffusent la Chaîne Vedette : music.stingray.com