Dans le <em>Concerto pour piano</em> de Grieg, la soliste Alexandra Dariescu a offert une interprétation emportée comme dans un grand geste de tragédienne.

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CRITIQUE / Le concert de l’Orchestre symphonique de Québec de mercredi soir était l’occasion pour le public de la capitale de renouer avec le chef Enrique Mazzola, un habitué de l’ensemble récemment nommé successeur d’Andrew Davis à la tête du Lyric Opera de Chicago, ainsi qu’avec la pianiste roumaine Alexandra Dariescu, qui avait déjà interprété le Concerto no 1 de Tchaïkovski il y a deux ans sur la même scène. Cette fois-ci, la musicienne de 35 ans a jeté son dévolu sur le Concerto de Grieg.

Ce qu’on aime de la pianiste, c’est qu’elle «joue» dans tous les sens du terme. Tout au long de la partition, elle parcourt le clavier avec aisance, le sourire aux lèvres, entretenant une connivence de chaque instant avec le chef et l’orchestre. Dès la dégringolade d’accords du début, on la sent en contrôle, avec une matière sonore qui n’a rien de brusqué. Dans la tumultueuse cadence du premier mouvement, l’artiste se donne corps et âme, faisant agréablement gronder l’instrument. Dans le mouvement central, elle épouse volontiers le tempo posé du chef, faisant chanter le piano avec élégance. Le dernier mouvement nous ramène la tigresse du début, dévorant avec appétit la partition qui lui est donnée en pâture.

Oui, il y a des scories. La main droite, en particulier, manque souvent de fini. Mais comment ne pas succomber à cette fougue, à cette interprétation emportée offerte comme un grand geste de tragédienne? En rappel, la pianiste propose une jouissante Bacchanale de son compatriote Constantin Silvestri. Elle y est à son meilleur : le piano rugit et danse avec un irrésistible swing.

Enrique Mazzola est loin d’être en reste. Dès La Moldau de Smetana, hyper détaillée (on pense aux transitions, habilement menées), le chef montre ses dons de peintre et de conteur, soulevant tantôt des tempêtes, peignant tantôt des ciels clairs de Bohème. Les premières mesures de sa Symphonie no 3 de Beethoven nous étonnent de prime abord. Le chef se la joue Labadie ou Harnoncourt en tirant Beethoven plus vers le classicisme que vers le romantisme. L’indication «con brio» (avec ardeur) du premier mouvement, entre autres, est prise à la lettre, avec des accents secs et un frémissement dans la ligne qui ne laisse guère de place pour quelque épanchement. L’orchestre entre à plein dans son jeu, ce qui nous vaut mille nuances dans les articulations et la dynamique. Un dépoussiérage de première, qui a été récompensé par une juste et vibrante ovation du public!

Orchestre symphonique de Québec. Enrique Mazzola, chef d’orchestre. Alexandra Dariescu, pianiste. Smetana : La Moldau. Grieg : Concerto pour piano en la mineur, op. 16. Beethoven : Symphonie no 3 en mi bémol majeur «Eroica», op. 55. Mercredi soir à la salle Louis-Fréchette. Le concert est repris jeudi matin à 10h30 (sans La Moldau).