De nouvelles pièces de Chopin enrichissent presque chaque année le répertoire de Charles Richard-Hamelin. «Maintenant, mon année musicale est à 85 % Chopin», note le musicien, qui cultive une affection particulière pour le compositeur.

Charles Richard-Hamelin: de Chopin à Scorsese

Depuis qu’il a remporté la médaille d’argent du concours international de piano Frédéric-Chopin en 2015, Charles Richard-Hamelin connaît un début de carrière enviable au Québec, au Japon et en Pologne. S’il parle de son répertoire de prédilection avec éloquence, le pianiste montréalais sait aussi parler d’histoire, de cinéma et de BD avec une candeur rafraîchissante.

À 28 ans, Charles Richard-Hamelin est l’un des rares cinéphiles de son âge à préférer les salles de cinéma au confort de son salon. «Si ça n’avait pas marché en musique, j’aurais fait un métier derrière la caméra, monteur, par exemple», souligne-t-il. Fan des films des années 70 et des réalisateurs Martin Scorsese, Woody Allen, Brian De Palma et Francis Ford Coppola, il se tient toutefois au courant des dernières sorties. Ces deux derniers pouces en l’air vont à Phantom Thread (Le fil caché) de Paul Thomas Anderson et au thriller You Were Never Really Here, avec Joaquin Phoenix.

«Qui sait, peut-être qu’un jour j’aurai l’occasion de m’impliquer dans une bande sonore et de conjuguer mes deux passions. Un de mes professeurs, André Laplante a vu l’un de ses enregistrements, Une barque sur l’océan de Ravel, se retrouver dans Call Me By Your Name [Appelle-moi par ton nom], et ça lui a donné vraiment une belle visibilité. On ne sait jamais ce qui peut arriver!» s’enthousiasme le pianiste.

Il a fait non pas une, mais trois tournées au pays du soleil levant cette année. «Il faut dire qu’au Japon, la musique classique prend une plus grande place qu’ici, il y a des salles de concert par milliers, un engouement que je n’ai jamais vu ailleurs», explique le musicien, qui donnera 10 concerts là-bas en mai et juin. Ses programmes seront presque entièrement consacrés à la musique de Chopin, qui déchaîne les passions des mélomanes nippons. «Je me demande ce que Chopin aurait pensé de cet engouement pour sa musique dans un pays aussi loin, avec une culture aussi différente», pense-t-il à haute voix.

Il en sera à sa cinquième visite au Japon, mais pourra cette fois s’amuser un peu à jouer les touristes. «Comme c’est une longue tournée, les deux dernières semaines, ma copine va pouvoir me rejoindre, puisque sa session à l’université sera terminée. Mon horaire va devenir plus lousse. Ce sera agréable de pouvoir enfin visiter avec quelqu’un. C’est assez solitaire, la vie en tournée», explique-t-il.

Dans une BD?
Plus tôt cette année, par un hasard heureux, il a pu compter sur la pétillante présence de sa compatriote Zviane, qui a notamment publié le Bestiaire des fruits, Les deuxièmes et Club sandwich aux éditions Pow Pow.

«Elle est venue m’écouter en concert un jour, je sais qu’elle a étudié elle-même le piano et la composition, et on s’est retrouvés en même temps au Japon en janvier dernier. Elle était là pour la BD et moi pour la musique. On a pu visiter un peu ensemble. Comme elle parle souvent de ses aventures dans ses BD, je vais surement me retrouver quelque part [dans les prochaines]», raconte Charles Richard-Hamelin.

Celui-ci a une dizaine de villes à visiter sur sa liste, dont Hiroshima, où il a déjà joué le Concerto no 2 de Chopin sur un piano épargné par la bombe atomique qui a dévasté la ville lors de la Seconde Guerre mondiale. «C’est assez émouvant lorsque mes expériences musicales m’amènent dans des endroits comme ça, où je peux en apprendre sur l’histoire. Avoir été à Varsovie, en sachant qu’il y a à peine 75 ans, la ville était complètement en cendres, avait aussi une charge émotive incroyable», souligne le pianiste.

C’est justement le Concerto no 2 que Richard-Hamelin nous avait servi de fort belle manière l’an dernier avec l’Orchestre symphonique de Québec. Au concert de mercredi prochain, il interprètera le Concerto no 1. «Les deux pièces se ressemblent beaucoup dans la forme, mais dans le caractère, le Premier est plus brillant, plus extraverti, plus dramatique et plus virtuose. C’est assez difficile, plus époustouflant», décrit-il.

Depuis son enfance, de nouvelles pièces de Chopin ont enrichi presque chaque année son répertoire. «Maintenant, mon année musicale est à 85 % Chopin», note le musicien, qui cultive comme beaucoup de ses confrères une affection particulière pour le franco-polonais. «Il a transcendé le cliché du compositeur pianiste, qui n’écrivait que pour épater la galerie, et est devenu un grand compositeur tout court. Il a innové à tous points de vue, louange-t-il. Il a écrit des pièces quelques années seulement après la mort de Beethoven et ça sonne comme s’il y avait un siècle entre les deux.»

Fait pour la main
Sans compter que la musique de Chopin épouse la main de l’interprète comme nulle autre. «Il a associé la physionomie de la main avec des traits musicaux. Plutôt que d’y aller avec des gammes et des arpèges, il a inventé son langage», explique Charles Richard-Hamelin, notant au passage qu’il a pu voir les mains de Chopin, très grandes comparées aux siennes, moulées en plâtre.

«Ça ne m’empêche pas de jouer grand-chose, sauf certaines pièces du répertoire russe, qui demandent des mains énormes. Les mains petites sont plus agiles, c’est un avantage», philosophe l’interprète.

Le concert du 18 avril au Palais Montcalm avec l’Orchestre symphonique de Québec affiche complet, mais Charles Richard-Hamelin sera au Domaine Forget le 30 juin pour jouer le Concerto no 5 pour piano et orchestre de Beethoven avec les Violons du Roy.

«Une sorte de continuation du 22e de Mozart», qu’il avait livré avec les Violons en 2017. «Les deux partagent la même tonalité et le même caractère héroïque. Là où Beethoven se démarque vraiment est dans le mouvement lent. C’est selon moi une des plus belles pages de l’histoire de la musique.»

On pourra le revoir les 12 et 13 décembre avec l’OSQ, alors qu’il interprétera le Concerto pour piano no 3 de Prokofiev sous la direction de Mei-Ann Chen.