Robert Charlebois soufflera ses 75 chandelles le mois prochain, mais à le voir se donner à fond, samedi soir, sur la scène du Grand Théâtre.

Charlebois fait son cinéma

CRITIQUE / Robert Charlebois soufflera ses 75 chandelles le mois prochain, mais à le voir se donner à fond, samedi soir, sur la scène du Grand Théâtre, on croirait que les années ont peu d’emprise sur lui. L’énergique Garou en a profité pour présenter quelques pièces de son 25e album en carrière, mais ses fans en avaient manifestement que pour ses vieux succès. Qu’à cela ne tienne, leur idole ne s’est pas fait prier pour les combler.

D’entrée de jeu, quelques extraits d’entrevues réalisées dans sa jeunesse sont venus rappeler que le bonhomme affiche 55 ans de carrière au compteur. À ses débuts, on l’entend confier sa crainte de la... trentaine. Pire, la quarantaine, le dépasse : «Je ne peux pas envisager ça». Fous rires dans la salle.

Robert en Charleboiscope, le titre de ce nouveau spectacle, est un prétexte pour faire son cinéma sous le signe d’une heureuse nostalgie, flanqué de dix musiciens aguerris, en parfaite harmonie avec son enthousiasme.

De son nouvel album, Et voilà, Charlebois avait gardé seulement quatre pièces. C’est sur Le manque de confiance en soi, d’après un texte de Réjean Ducharme écrit dans les années 70 et retrouvé récemment par la femme du chanteur, qu’il a lancé la soirée. La chanson, rythmée mais défaitiste à souhait, se voulait une dénonciation de l’incapacité du peuple québécois à prendre son avenir en main. J’aime mieux me faire écoeurer / Que d’mourir de faim. À l’heure de la laïcité et de la crise climatique, le bon peuple semble être passé à autre chose...

Charlebois n’a pas attendu longtemps pour faire lever le party, enchaînant les indémodables Dolorès, Les Ailes d’un ange, Entre deux joints, Tout écartillé et Mon pays. Deux de ses nouvelles chansons, la très entraînante Musique de chambre, écrite par Simon Proulx des Trois Accords, et Des livres et moi, original hommage à la littérature, ont contribué à faire baisser quelque peu la frénésie.

Pour Fu Man Chu, le public a eu droit à des extraits du western spaghetti Un génie, deux associés, une cloche, où Charlebois incarnait le personnage de Locomotive Bill, aux côtés de Terence Hill et de Miou-Miou. Un film qui n’a pas marqué l’histoire du septième art, on s’entend.

Surprise de taille dans le dernier versant du show, alors que Louise Forestier est sortie des coulisses pour rejoindre son grand ami pour l’interprétation de California et de Lindbergh. La foule ne se pouvait plus. Cinquante ans après leur collaboration sur l'Osstidcho, de voir ces deux-là réunis a représenté un anthologique instant de pure nostalgie.

Charlebois ne pouvait évidemment quitter sans interpréter Ordinaire, ce qu’il a fait, seul, assis sur un tabouret, avant que lui et sa bande fassent l’objet de trois rappels. À travers Le mur du son, J’t’aime comme un fou et Je reviendrai à Montréal et Te v'là, l’ultra déprimante Fin du monde (chantée avec Louise Forestier) n’avait toutefois pas sa place.

La pièce phare de son dernier album, Et voilà, sorte de bilan de carrière, est venue clore magnifiquement la soirée. J’ai perdu tellement d’amis cette année / Trois cheveux blancs / Mais j’ai gardé mon nez. Tendre et rigolo.

Il y en a des plus jeunes, des plus fous, pour faire danser les boogaloos, mais il n’y aura qu’un seul Charlebois.

Robert en Charleboiscope sera de retour en supplémentaires les 30 et 31 octobre.