Cinq ans après sa première aventure avec l’OSQ, Catherine Major est remontée sur scène avec de nouvelles pièces, jamais présentées, d’un album encore en gestation, jeudi soir au Grand Théâtre.

Catherine Major et l'OSQ: le vertige de l'ivresse

CRITIQUE / L’intensité et l’ivresse poétique de l’univers musical de Catherine Major sont décuplées lorsqu’elle s’arrime à l’Orchestre symphonique de Québec. Portée par les arrangements d’Antoine Gratton et épaulée par Ariane Moffatt pour plusieurs chansons, la musicienne nous a fait traverser les tempêtes et nous a étourdis de désir dans un spectacle d’une beauté grisante.

Cinq ans après sa première aventure avec l’OSQ, Catherine Major est remontée sur scène avec de nouvelles pièces, jamais présentées, d’un album encore en gestation. «Ce sera un tout autre voyage, une soirée remplie de moments d’amitié, de moments d’amour», a-t-elle annoncé de sa voix feutrée. Enceinte d’un 4e enfant, la belle fougueuse a dû repousser la sortie de son prochain album, si bien que les pièces qui parviennent à nos oreilles pour la première fois sont déjà ornées de somptueux arrangements de cordes, de cuivre et de percussions. 

Ce seront des tableaux, Tableau pour ma gueule, Tableau glacé (un émouvant hommage à son amie Lucie, qui a succombé à un cancer cet hiver), Tableau volcan ou encore Tableau de louve, où des «oh» lancés à la lune côtoient des expirations rythmées et les beats électroniques d’Antoine Gratton.

La voix tout sauf monochrome de Major amène en orbite les textes signés par son conjoint et complice Jeff Moran. On en goûtait toute la fulgurance poétique et la sensualité. Lorsque la présence et la voix d’Ariane Moffatt venaient s’ajouter à l’équation, comme pour la langoureuse Toi ou pour Sur un prélude de Bach, un très bel hommage à Maurane, on avait envie que la chanson s’étire jusqu’à la fin du monde.

Le concert avait un souffle et une âme qui n’avait rien à envier à un spectacle solo mûrement réfléchi et mis en scène. L’orchestre, mené par un Fabien Gabel ravi et souriant, très à l’écoute de la seule artiste «pop» dont il accepte de diriger les aventures orchestrales, a ouvert la soirée avec Pavane de Gabriel Fauré. Cantus in memoriam of Benjamin Britten d’Arvo Part a été intégré tout naturellement au programme, à la demande de Major, qui a savouré la pièce sur scène. 

François Dompierre est venu diriger Le Feu, dont il avait offert les arrangements à sa nièce, au retour de l’entracte.

Tout au long, l’orchestre s’est arrimé tout naturellement au piano, dompté avec aisance par Major (et par Moffatt pour la chanson Pour toi) et aux voix. De la harpe à la grosse caisse, le spectre des sonorités était large, les effets bien dosés et l’interprétation pétrie d’émotions. Pour Piano ivre, en fin de course, l’OSQ nous a entraînés dans un grand carrousel, une formidable sensation pour couronner la soirée d’exception que nous venions de vivre.

Le spectacle, vu jeudi soir, sera de nouveau présenté vendredi à 20h au Grand Théâtre de Québec.