Au milieu des ouvrières et des soldats, la mezzo-soprano Ketevan Kemoklidze incarne une ensorcelante «Carmen» et sa gestuelle marque les esprits.

«Carmen» de fougue et d’artifices à l’Opéra de Québec

CRITIQUE / Pour son quatrième «Carmen», l’Opéra de Québec mise sur le jeu ensorcelant de Ketevan Kemoklidze dans le rôle-titre, sur l’éclatante direction musicale de Giuseppe Grazioli et sur un décor habillé par les projections mouvantes de Lionel Arnould. De bons ancrages pour faire de cette production un succès, sans toutefois révolutionner la planète opéra.

Les airs de Carmen, composés par Georges Bizet, sont parmi les plus connus du grand public. La Habanera et la chanson du toréador sont si souvent interprétées qu’on peut facilement oublier la beauté impétueuse de la première et les arrangements panachés du second. L’Orchestre symphonique de Québec et le maestro Grazioli ont agilement travaillé, depuis la fosse, pour illuminer toutes les qualités de la partition. Pour l’oreille, la musique volait presque la vedette aux voix. Pourtant, avec deux gagnants couronnés du concours Opéralia 2008 en tête d’affiche, on s’attendait à être renversé par les performances vocales.

La mezzo-soprano Ketevan Kemoklidze incarne une ensorcelante Carmen. Sa voix s’élève avec force et fougue et semble effectuer de langoureuses volutes tout autour d’elle. C’est toutefois par ses danses, ses gestes d’une sensualité à la fois indolente et étudiée, ses œillades et des froncements de sourcils appuyés que la belle Géorgienne marque les esprits. Thiago Arancam, en Don José, semble malheureusement beaucoup moins à l’aise. Ses attaques au couteau manquent de conviction, et il semble souvent ne pas savoir où se mettre. Vocalement, sa voix possède toute la musicalité voulue, mais ses qualités sont ternies par une prononciation difficile dans un français aux sonorités fleuries.

Armando Piña campe un Escamillo flamboyant à souhait, gonflé d’assurance et en pleine possession de ses moyens. Lorsqu’il raconte ses exploits dans l’arène au deuxième acte, le système de projection fait apparaître un taureau et lui permet d’incarner le toréador dans toute sa splendeur.

La fabrique de tabac, au premier acte, représentée en projection

Par de simples déplacements d’objets et la magie des images en mouvements, la mise en scène de Jacqueline Langlais s’ancre au texte, met en valeur le récit et campe les lieux avec plus de grandeur que ce qu’aurait permis une scénographie traditionnelle. L’usine des cigarettières, tout en briques rouges et en arcs, n’est pas sans rappeler l’intérieur de l’édifice La Fabrique, qui a autrefois été une usine de corsets. La taverne de Lilas Pastia, sous les voûtes, avec la ville au loin, et le repère des contrebandiers dans les montagnes sont aussi représentés grâce à des projections convaincantes.

Les lieux sont pleinement habités par les déplacements du chœur, où chacun campe son personnage avec conviction. À part lors des duos plus classiques, où Myriam Leblanc, en Micaëla, se démarque notamment par la clarté et la beauté inspirée de sa voix, la scène est habitée par une joyeuse bande qui contribue grandement au dynamisme de la production.

Carmen sera de nouveau présenté les 15, 17 et 19 mai à 20h au Grand Théâtre. Sous la direction musicale de Giuseppe Grazioli, dans une mise en scène de Jacqueline Langlais, avec Ketevan Kemoklidze, Thiago Arancam, Armando Piña, Myriam Leblanc, le chœur de l’Opéra de Québec et l’Orchestre symphonique de Québec.