«On me dit subversive. C’est un peu ancien comme terme... Disons que je m’exprime le plus honnêtement que je peux. Je suis une anarchiste passionnée», estime Brigitte Fontaine.

Brigitte Fontaine: «Je suis une anarchiste passionnée!»

PARIS — «La scène, c’est capital comme la peine du même nom!» : en pleine tournée, la toujours aussi fantasque chanteuse et comédienne française Brigitte Fontaine confie «son bonheur» de retrouver le public «comme une chatte, ses petits».

À l’issue d’une séance photo débridée accordée à l’AFP où elle a multiplié les facéties, la «reine des kékés» démarre l’entretien par une supplique : «Surtout, ne donnez pas mon âge!» «Dois-je me mettre à genoux? Je suis incompatible avec les chiffres et l’âge», lance-t-elle.

«En fait, je suis incompatible avec pas mal de trucs... Disons que j’ai 20 000 ans, ou plutôt que je ne suis pas encore née. C’est plus simple!»

On retient souvent d’elle ses excentricités, moins sa poésie brute qui lui assure pourtant un public fidèle, s’offrant même le luxe d’attirer les dernières générations par sa liberté de ton et ses looks improbables qui l’ont transformée en artiste culte, aux collaborations fécondes notamment avec les chanteurs Alain Bashung et Étienne Daho.

En 1965, histoire d’installer son personnage, la chanteuse et comédienne intitule son premier album Brigitte Fontaine est... folle!. Aujourd’hui, la dernière vraie punk de France, selon la magazine Télérama, se définit comme «créatrice-destructrice pas trop nihiliste, pas trop terroriste, qui aime les belles lettres et le bel canto».

En 2013, l’inclassable a fêté les 50 ans d’une carrière menée tambour battant avec J’ai l’honneur d’être, un 20e album mis en musique par Areski Belkacem, son compagnon à la scène comme à la ville.

Elle sera de retour le 24 janvier avec Terre Neuve réunissant une quinzaine de chansons inédites enregistrées avec un autre complice, le guitariste et compositeur Yan Péchin qui a collaboré aussi avec Alain Bashung, Jane Birkin et Jacques Higelin, le «frère» de cœur de Brigitte Fontaine, disparu l’an dernier.

«Les adultes sont chiants» 

«Sur ce disque, j’en chante des vertes et des pas mûres, des choses violentes, émouvantes, très rigolotes aussi, impertinentes et absolument déplacées, pourries complètement pourries», résume-t-elle.

Brigitte Fontaine s’en prend notamment au Masculin assassin : «La vendetta du con/C’est la mort du couillon/Qu’on empale tous les mâles/Ni pardon, ni manif, assez parlementé/À bas le sexe fort!».

Le mouvement #MoiAussi? «J’en ai marre de cette histoire! Quand je pense qu’on veut interdire un mec génial comme Roman Polanski, je suis dégoûtée. On ressort des choses d’il y a 45 ans. Le viol, c’est un crime, mais je suis contre les prisons et contre le viol aussi!»

Avec J’irai pas, Brigitte Fontaine refuse tout : «J’irai pas me coucher/J’irai pas à votre hôpital/J’irai pas à vos Facebook/J’irai pas à vos enterrements...»

Côté grands sentiments, la «poétesse» — sa dénomination préférée —, enchaîne avec la chanson Haute sécurité : «Mon cœur est un tableau sans peintre pour le peindre/Mon cœur est un logo qui n’aurait rien à vendre/Mon cœur est un cachot sans corde pour se pendre».

«On me dit subversive. C’est un peu ancien comme terme... Disons que je m’exprime le plus honnêtement que je peux. Je suis une anarchiste passionnée, estime Brigitte Fontaine, qui ne sera jamais adulte, car les adultes sont chiants».

Ne lui parlez pas de religion! «Toutes les religions sont des prisons. Je ne suis pas athée, mais je crois en rien du tout : le mystère est partout!» Comme sa date de naissance, pourtant à portée de clics.