Bobby Bazini présente son quatrième album, <em>Move Away</em>.
Bobby Bazini présente son quatrième album, <em>Move Away</em>.

Bobby Bazini : Poser ses valises et reprendre la plume

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Bobby Bazini a eu la bougeotte depuis 10 ans. Avec des chansons inspirées d’un séjour en Italie et immortalisées entre Londres, Berlin et Montréal, son nouvel album, Move Away, en offre une preuve frappante. Comme tout le monde, l’auteur-compositeur-interprète a été forcé de prendre une pause à cause de la pandémie de COVID-19. Pour lui, le temps d’arrêt a été salvateur.

Quand le coronavirus a frappé, Bobby Bazini revenait d’une tournée qui lui avait donné l’occasion de se produire au Moyen-Orient et en Europe. Avec un nouvel album d’abord prévu pour le mois de mai, il s’apprêtait à vite reprendre la route en Angleterre, notamment, et de notre côté du monde : nous l’attendions entre autres au parc Grande Allée, le nouveau site agrandi du Festival d’été de Québec. Bien sûr, il a été déçu de devoir reporter ses activités.

«Après, on en vient à se dire que ce n’est pas juste toi qui as une moins bonne année ou qui as des trucs qui n’arriveront pas, précise-t-il. Tout le monde est dans la même situation. Il y a des gens qui vivent des choses bien pires que d’annuler des shows

Avec le recul, le musicien reconnaît aussi que ce repos forcé lui a fait du bien. «On est toujours partis, observe-t-il. Ma copine et moi, on a acheté une maison il y a environ quatre ans. Mais on n’avait jamais vraiment vécu dedans. Dans les dernières années, on a vécu beaucoup à Londres pour l’écriture et l’enregistrement. Donc oui, ç’a fait du bien de juste rester à la maison et de ne pas bouger. De faire d’autres trucs, aussi. J’ai recommencé à écrire, déjà, bien que je sorte un nouveau disque. L’idée, c’était de rester inspiré et de faire des trucs, comme du jardinage, que je ne pensais pas faire avant un bout.»

Bobby Bazini évoque des poèmes qui pourraient devenir des chansons. Il décrit aussi le bonheur de retrouver l’écriture en solitaire, lui qui a multiplié les collaborations dans les dernières années.

«C’était l’occasion d’essayer de nouveaux trucs et de sortir de ma zone de confort, explique-t-il. La dernière fois que j’avais eu autant de temps pour écrire par moi-même, c’était pour l’album Where I Belong, que j’avais écrit à 90 % seul. Ça me ramène à cette époque-là, ça me permet de retourner un peu à mon écriture à moi. On verra ce que ça va donner. J’espère que la créativité va continuer et que le prochain album ne soit pas aussi long à arriver.»

Bobby Bazini

Une décennie de tourbillon

Cette réflexion sur le tourbillon qu’il a vécu depuis une décennie, Bobby Bazini l’avait entamée avant la pandémie avec la création de son quatrième album, Move Away. Il raconte avoir trouvé l’inspiration pour la pièce-titre au retour d’un séjour en Italie lors duquel il avait mis son parcours en perspective et souligné deux jalons importants : bientôt 10 ans de carrière et autant d’années de vie commune avec sa conjointe, Odessa Pagé, aussi sa complice de création.

«Ces 10 ans, tout ce qu’on avait vécu, ça me faisait un peu capoter qu’on ait vu tellement d’endroits. Quand je suis revenu de ce voyage, j’ai écrit comme 15 chansons. C’était dans ces thèmes-là, presque un genre de bilan… Je revenais à des moments qui m’ont marqué», relate celui qui a mis du temps à sortir son passeport, mais qui en a fait un usage fréquent par la suite.

«Quand j’étais jeune, je rêvais de voyager, reprend-il. Je voulais sortir de chez moi, j’avais cette soif-là. La première fois que j’ai pris l’avion, j’avais 19 ou 20 ans. J’étais allé à Paris pour mon lancement d’album. Je capotais. Mais après ça, les voyages ont continué.»

Avec Move Away, le musicien, qui se dit très inspiré lorsqu’il se trouve à l’étranger, a eu l’impression de clore une boucle. «Il y a une phrase dans la chanson qui dit : “There is nowhere else to go but to go back home”, cite-t-il. En voyageant tellement, en m’éloignant tellement de chez moi, je me suis ennuyé. La pause qu’on a vécue, ça m’a fait réaliser que les 10 dernières années, c’était une course, parfois. Ç’a fait du bien d’arrêter un peu et de relaxer, de prendre le temps.»

«Perce, Bobby, perce!»

Depuis la parution de son premier album, Better in Time, en 2010, Bobby Bazini n’a jamais caché ses ambitions d’amener sa musique hors des frontières du Québec. Au gala de l’ADISQ de 2015, l’humoriste Louis-José Houde l’avait souligné à la blague avec son fameux : «Ça fait combien de fois qu’il est sur le bord de percer à l’étranger? Perce, Bobby, perce!»

Le musicien ne lui en a pas tenu rigueur, bien au contraire. «Il était venu me voir avant et il m’avait demandé si je trouvais ça grave. J’ai dit : “absolument pas! ”. J’ai trouvé ça drôle.»

La quête de l’international n’en était pas moins présente, pour le natif de Mont-Laurier. «L’idée n’était pas de faire des arénas partout, nuance-t-il. Mais j’ai un peu ce rêve international. J’enregistre un peu partout, je fais des shows un peu partout. Ma popularité se trouve surtout ici, au Québec. C’est tellement beau de voir que les gens me suivent encore. Ce sont eux qui me permettent de continuer à faire ce que je fais et de continuer à amener mes trucs ailleurs. Mais en étant tellement à la course, parfois, j’oubliais ce qui se passait chez moi. J’étais peut-être trop concentré à avoir plus...»

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TROIS CHANSONS EXPLIQUÉES

Mercy

Pour ce septième titre de l’album Move Away, Bobby Bazini a partagé la plume et le micro avec la chanteuse irlandaise Imelda May, qu’il a rencontrée par l’entremise de son collaborateur Pedro Vito.  «On a eu une session ensemble, j’ai adoré sa voix», note-t-il. Fait inusité, la chanson est née d’un rythme qu’Imelda May a improvisé en utilisant son pinceau à maquillage. «Là, j’ai pris ma guitare et j’ai suivi ce beat-là. Ç’a donné Mercy, décrit Bazini. Ça part aussi d’une citation d’Oscar Wilde et qui dit : “Temptation is the only thing I can’t resist”. La chanson parle un peu de ça, des choses auxquelles on n’est pas capable de résister. On l’a enregistrée la journée même, tous les deux avec le même micro. Je ne l’ai pas revue après, mais on s’est parlé à travers les réseaux sociaux. Elle a entendu la chanson et elle était contente.»

Holding Onto the Feeling

En entendant le groove de cette pièce, on songe à l’immense succès Get Lucky de Daft Punk. Bobby Bazini ne nie pas une certaine parenté.  «On était un peu dans un univers à la Diana Ross. On essayait de s’éloigner de ce truc qui fait un peu Get Lucky dans la guitare. Après, on s’est dit que ç’a été sur tellement d’autres chansons, ce riff de guitare. C’est vraiment la base des chansons disco-funk», observe l’auteur-compositeur-interprète à propos de cette pièce, qui devait à l’origine être une ballade.  «Mais ça ne fonctionnait pas, ajoute-t-il. Gizmo Varillas, avec qui j’ai écrit et réalisé la chanson, a commencé à lui donner cette teinte disco-funk. Je n’avais jamais vraiment fait ça auparavant. Je trouvais ça cool d’aller dans cette direction.»

Some & Others

Avec cette pièce, Bobby Bazini offre à son album une finale somptueuse, toute en cordes… et en français. Le musicien raconte que son amoureuse, Odessa Pagé, avait commencé à adapter la chanson en français et qu’un segment, lors duquel le couple partage le micro, a été ajouté à la toute fin. Bazini y voit une sorte de clin d’œil à The Partisan de Leonard Cohen, une grande influence pour lui. Et aussi l’occasion d’ouvrir une porte pour la suite. «C’était une manière intéressante de boucler la boucle, indique le musicien. On trouvait aussi ça le fun de dire aux fans qu’il y en a peut-être plus qui s’en vient...»  Geneviève Bouchard