Gabrielle Shonk retrouvera le répertoire de Billie Holiday en virtuel le 4 décembre.
Gabrielle Shonk retrouvera le répertoire de Billie Holiday en virtuel le 4 décembre.

Billie Holiday vue par Gabrielle Shonk

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
Son premier album l’a révélée à plusieurs sous le signe du folk et de la soul. Mais c’est en mode jazz que Gabrielle Shonk a forgé ses premières armes musicales. Elle y reviendra de nouveau dans quelques jours le temps d’un concert virtuel en hommage à Billie Holiday, une grande dame qui la suit depuis longtemps.

«Mon premier contact remonte à la fin de l’adolescence, raconte la musicienne. Une de mes tantes m’avait offert un coffret de CD en me disant : “je pense que tu vas aimer ça”. À ce moment-là, je n’étais pas encore vraiment tombée en amour avec le jazz. J’écrivais de la musique, mais j’étais plus dans mes racines folk et soul. J’écoutais aussi vraiment du punk et du emo, c’était ça la vague à cette époque.

Pour Gabrielle Shonk, ç’a été le coup de foudre. Une introduction au jazz qui l’a menée à faire des études universitaires dans le domaine. Au début de sa carrière musicale, elle se consacrait uniquement au genre. À l’invitation du Festival de jazz de Québec, elle avait, il y a quelques années, monté un spectacle en hommage à Billie Holiday, avec la collaboration du pianiste Vincent Gagnon. Malgré une carrière solo florissante dans un créneau plus folk ou soul, l’autrice-compositrice-interprète le garde en vie, jamais trop loin. 

«C’est un peu le trésor caché que je garde. Ça me garde connectée au jazz. On le sort une fois de temps en temps, c’est un show un peu spécial», confirme-t-elle à propos du spectacle virtuel qu’elle offrira le 4 décembre avec Vincent Gagnon et le contrebassiste Renaud Paquet, à l’invitation du festival Québec jazz en juin (lire plus bas).

De Billie Holiday, Gabrielle Shonk admire entre autres les immenses qualités d’interprétation. 


« Elle a un sens du rythme et de la mélodie qui est vraiment particulier. Elle n’est pas là pour flasher, elle n’est pas dans les grandes envolées de scat. Mais il y a vraiment une maîtrise et un contrôle de son instrument et une connaissance de l’art qui est juste présenté de manière fluide, connecté avec l’émotion et tout en subtilité. »
Gabrielle Shonk, à propos de Billie Holiday

«C’est vraiment dans le senti plus que dans la performance vocale, illustre-t-elle. On dirait que ç’a l’air de rien, mais ce n’est vraiment pas facile. Elle a un sens du rythme et de la mélodie qui est vraiment particulier. Elle n’est pas là pour flasher, elle n’est pas dans les grandes envolées de scat. Mais il y a vraiment une maîtrise et un contrôle de son instrument et une connaissance de l’art qui est juste présenté de manière fluide, connecté avec l’émotion et tout en subtilité. C’est ce qui m’a vraiment rejointe dans son répertoire, parce que c’est comme ça que j’approche le jazz, aussi.»

Strange Fruit

Une grande chanson de Billie Holiday est revenue dans l’actualité cette année, à la suite du décès de George Floyd, un Afro-Américain qui a suffoqué en mai sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis. Dans la foulée du mouvement Black Lives Matter, le titre Strange Fruit, écrit par Abel Meeropol à la fin des années 30 pour dénoncer le lynchage de citoyens américains noirs, a résonné fort. Gabrielle Shonk en est bien consciente. 

«C’est une chanson que j’aime vraiment, confie-t-elle. J’aime vraiment le côté dark de Billie. Elle a eu une vie pas facile. J’aime les ballades, j’aime les choses chargées d’émotions, je suis naturellement attirée vers ça. Strange Fruit, c’est un message tellement puissant. En même temps, je ne pense pas que je puisse à 100% comprendre, en étant une femme blanche privilégiée. Je trouve ça vraiment touchy. Il y a une partie de moi qui se sent imposteur dans ce message-là, même si c’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Depuis toujours, j’ai une sensibilité à ça. Je suis du genre vraiment inclusive. La diversité, pour moi, c’est vraiment important.»

En création

À chaque rencontre avec le répertoire de Billie Holiday, Gabrielle Shonk se dit nourrie. Il y a certes une pression à se mesurer aux chansons de cette grande voix. Mais au final, c’est le plaisir qui prime. «Je n’ai pas la prétention de remplir ses souliers. Et ce n’est pas de l’imitation non plus. C’est vraiment du Gabrielle Shonk en jazz», précise la musicienne, qui a profité du confinement des derniers mois pour faire progresser son deuxième album.

«J’ai été choyée, parce que j’étais déjà en création. Je faisais moins de spectacles, c’était prévu dans le cycle naturel pour moi», explique l’autrice-compositrice-interprète. 

«Pour l’instant, je ne manque pas de sources d’inspiration pour écrire, ajoute-t-elle. Je ne suis pas arrivée à bout de ce que j’avais à dire. Ç’a été quand même long pour moi de trouver ce que je voulais dire dans mon prochain disque, mais j’ai du stock en banque en masse. Avec tout ce qui s’est passé et qui a brassé, il y a moyen de transformer ça en positif. Il y a moyen de l’inclure dans le processus créatif.»

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JUIN JUSQU'EN FÉVRIER

À défaut d’avoir pu se déployer devant public pendant la belle saison, le festival Québec jazz en juin se reprend alors que l’hiver s’installe avec une série de concerts virtuels en hommage aux grands noms du genre. 

Jusqu’au 27 février, près d’une dizaine de formations mettront en exergue le répertoire étoilé du jazz. Le saxophoniste Janis Steprans a donné le ton samedi dernier en soufflant les notes de Lee Konitz, Gabrielle Shonk et ses complices prendront le relais le 4 décembre en faisant revivre les grandes chansons de Billie Holiday. Le lendemain, Denis Poirier et son Projet Wes Quartet célébreront l’œuvre de Wes Montgomery.

À partir de la salle de concert de l’école Arquemuse (Église du Clocher Penché) ou du D’Auteuil, ça se poursuivra ainsi jusqu’au cœur de l’hiver.

Le bassiste de Québec Carl Mayotte plongera dans l’univers de Weather Report (11 décembre). Stanley Péan et Olivier Madore Millette présideront un concert en hommage à Wallace Roney (12 décembre).

La musique de Maurice Bouchard sera à l’honneur le 6 février. 

La pianiste Marianne Trudel marchera dans les traces d’Antonio Carlos Jobim le 13 février, tandis que le groupe Joel & the Outsiders rendra hommage à David Sanborn le 20 février.

Pour clore la série, Vincent Gagnon aura un pied dans le jazz et l’autre dans la musique classique en revisitant le répertoire de Maurice Ravel. 

Les prestations virtuelles sont accessibles au coût de 15 $ (110$ pour un passeport tout inclus). Les spectacles sont diffusés en première à 21h aux dates programmées, mais sont accessibles pendant 72 heures par la suite. 

Si les conditions sanitaires le permettent, une petite quantité de billets en présentiel pourraient être mis en vente. À suivre… 

Détails à festivalquebecjazzenjuin.com

Geneviève Bouchard