Beyoncé et Jay-Z sont filmés devant Mona Lisa dans le clip d’«Apeshit».

Beyoncé et Jay-Z s'offrent le Louvre

PARIS — Plus de 10 millions de vues en 24 heures pour Beyoncé et Jay-Z devant la Joconde: avec leur nouveau clip, le Louvre s’offre un gigantesque «coup de com» en espérant, au-delà de l’aspect financier de l’opération, élargir son public.

«Dix millions, c’est plus que le nombre de visiteurs annuels au Louvre», s’enthousiasme l’universitaire Françoise Benhamou. «Vous pouvez avoir 9 millions de personnes qui visitent chaque année le Louvre, sans pour autant atteindre certains publics», relève cette spécialiste de l’économie de la culture.

Costume croisé vert clair pour Jay-Z, tailleur pantalon lavande pour Beyoncé: étrangement hiératique, le couple star du r’n’b et du rap est filmé devant Mona Lisa, dans le clip d’Apeshit, tiré de leur nouvel album, Everything is Love, annoncé à la surprise générale en pleine tournée européenne.

La suite du clip est l’occasion de passer en revue les incontournables du musée le plus fréquenté du monde, de la Victoire de Samothrace au Radeau de la Méduse de Géricault, en passant par le Sacre de Napoléon de Jacques-Louis David, devant lequel se déhanchent des danseuses en tenue chair.

Face au buzz suscité sur les réseaux sociaux par la prestation du couple Carter (leur nom à la ville), la direction du Louvre est restée lundi de marbre. «Aucun commentaire», répond le service de communication qui refuse également de révéler le moindre chiffre sur la redevance versée par Beyoncé et Jay-Z. Il concède uniquement «vouloir toucher un public plus large». Fait notable, le clip illustre le fossé entre l’art occidental, très majoritairement blanc, et l’absence de représentation noire dans les œuvres exposées dans le musée.

Le Louvre met déjà à profit son patrimoine en accueillant des soirées privées et des défilés de mode. Il sert régulièrement de lieu de tournage (400 autorisations par an) pour des documentaires principalement, dont 80 % à titre gracieux, ainsi que pour des films comme Le code Da Vinci ou le troisième volet de 50 nuances de Grey. Dans un autre registre, Godard avait filmé une course poursuite dans le musée dans Bande à part, une scène dont s’est inspiré le tandem JR/Agnès Varda dans Visages, villages. Sans oublier le précurseur Belphégor, série télé à suspense en 1965 avec Juliette Gréco.

Le Louvre autrement 

Ces tournages ont généré en 2016 des redevances de plus de 390 000 $ (photos de mode et publicité comprises). De manière générale, Le Louvre tire 10% de son budget (324 millions $ en 2016) de la «valorisation du domaine» (Palais et Jardins de Tuileries), une part comparable aux opérations de mécénat (11%), très loin des ressources de la billetterie (57%).

Avec le clip de Jay-Z et Beyoncé, «je ne pense pas que l’économie ait prévalu, mais l’idée de faire vivre le Louvre autrement, de montrer que ce n’est pas une vieille institution, que la musique et la danse peuvent dialoguer avec les beaux-arts», estime cependant Françoise Benhamou, également ancienne administratrice du Louvre. «On est à un moment où les grands musées ont une mission de se tourner vers les publics les plus larges».

Rendre les œuvres «plus lisibles» à un public de plus en plus diversifié est une des ambitions de son patron, Jean-Luc Martinez. En 2017, 70 % des 8,1 millions de visiteurs du Louvre étaient étrangers, deux tiers venaient pour la première fois et la moitié d’entre eux avaient moins de 30 ans.

Le Louvre avait déjà joué la carte jeunes quand l’ex-chanteur des Black Eyed Peas, Will.i.am, avait tourné un clip (Mona Lisa Smile) en 2010 dans l’ancien palais royal. Il n’hésitait pas à s’insérer lui-même dans une série de chefs-d’œuvre, de Vermeer à Delacroix, de Vinci à David.

À la différence du couple Carter, le chanteur américain avait fait partager son intérêt via un court documentaire où il visitait le département des objets d’art et s’intéressait de près au mobilier de Marie-Antoinette et aux objets scientifiques.

«Quand j’ai regardé le clip, je m’attendais à voir la liste des œuvres à la fin», indique Françoise Benhamou, déplorant l’absence de «clés» de lecture dans cette vidéo truffée de références à la culture noire.

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DISPONIBLE MÊME SUR SPOTIFY

NEW YORK — Jay-Z et Beyoncé ont finalement mis lundi leur récent album commun, Everything is Love, sur toutes les plateformes de streaming, y compris le géant Spotify, mettant ainsi fin à l’exclusivité offerte à Tidal, le service de musique en ligne de Jay-Z.

Depuis que Jay-Z a lancé Tidal en 2015, les deux artistes cherchent à faire gagner de nouveaux abonnés à leur plateforme de streaming. Lemonade, album de Beyoncé sorti en 2016, et 4:44 (Jay-Z, 2017) ne sont ainsi pas dans le catalogue du géant du secteur, Spotify, même s’ils sont disponibles en version physique ou en téléchargement sur iTunes.

La mise à disposition d'Everything is Love sur toutes les autres plateformes ressemble à un aveu d’échec pour Tidal, qui est encore bien loin de concurrencer Spotify. Les deux artistes n’ont pas encore commenté cette décision.

Plus de la moitié des revenus du secteur de la musique sont maintenant issus du streaming. Spotify a annoncé le mois dernier avoir 75 millions d’abonnés payants, en plus de 99 millions d’utilisateurs mensuels de la version payante. Apple, son principal concurrent, compte 38 millions d’abonnés. En 2016, Tidal faisait état de trois millions d’abonnés. AFP