Bernard Labadie s’attaque cette année à la 15e production du «Messie» de Handel offerte par les Violons du Roy et la Chapelle de Québec.

Bernard Labadie: souvenirs du «Messie»

À l’occasion de la 15e production du «Messie» de Handel par les Violons du Roy et la Chapelle de Québec, Bernard Labadie a accepté de remonter le fil du temps : de la toute première fois où il s’y est frotté, à 24 ans, au concert qu’il dirigera cette semaine à Québec, à Montréal et à Ottawa.

En 1987, pour leur troisième Noël, les Violons du Roy et l’ensemble vocal Bernard Labadie se massent dans l’espace exigu de la Chapelle historique du Bon-Pasteur pour présenter leur première production du Messie. La petite église existe toujours, à côté de l’édifice Marie-Guyart (plus souvent appelé Complexe G), mais est laissée à l’abandon depuis 2007. «Quand je passe devant, j’ai un petit serrement au cœur parce que c’est un endroit d’une beauté extraordinaire», souligne Bernard Labadie.

Celui-ci ne s’était jamais plongé dans la colossale partition de 2h40 de Handel avant de décider de la diriger. «Je dirais que la première fois, on s’en est bien tiré grâce à l’inconscience de la jeunesse!» Il se rendait alors deux fois par an à Paris pour étudier le chant grégorien. «Je me souviens d’avoir passé mes journées à apprendre le Messie de Handel dans une petite chambre de bonne, en haut d’un hôtel pas cher à cinq minutes de marche de l’église où le compositeur baroque Marc-Antoine Charpentier avait été organiste pendant une partie de sa vie.» Le maestro s’était justement attaqué à la Messe de minuit pour Noël dudit compositeur l’année précédente. Disons que dès la fondation des Violons, les menus musicaux étaient déjà costauds.

«Je me souviens d’affaires folles, de problèmes de concentration. Il y a un air où toutes les phrases sont de la même longueur et des instrumentistes dans deux sections différentes ont sauté la même ligne en même temps. Ce qui nous a mis dans une situation périlleuse, mais dont on s’est sorti.»

La chapelle, qui ne comporte pas plus de 400 places, accueillait trois représentations du Messie. L’engouement du public de Québec pour ce morceau du répertoire force à caser des gens au deuxième étage de la sacristie. «Il y avait un appétit pour que le répertoire du XVIIIe siècle — Bach, Handel, Mozart — soit monté de façon plus régulière et approfondie, se souvient Bernard Labadie. Immédiatement, ça a causé un problème de salle, parce qu’on aurait pu le faire cinq fois, mais comme on le produisait à perte, on se serait endetté un peu plus à chaque fois.»

Deux ans plus tard, quelques semaines après l’élection de Jean-Paul L’Allier à la mairie de Québec, M. Labadie se présentait en chemise à carreaux, chevelu, barbu et avec des lunettes de fond de bouteille (la description est de lui) aux séances de consultations sur l’avenir du vieux Palais Montcalm, qu’on voulait alors transformer en Maison du théâtre. «Malgré ses défauts et son côté vétuste, ça restait encore la meilleure salle qu’on avait à Québec pour la musique classique. Le maire m’avait dit qu’on allait se reparler.»

Une trentaine d’années plus tard, les Violons sont logés dans le nouveau Palais Montcalm devenu Maison de la Musique, où sera repris le Messie dans quelques jours. Entre-temps, il y a eu des productions de l’oratorio à l’église Saint-Dominique, à l’ancien Palais Montcalm, à la Salle Albert-Rousseau et à la Basilique Sainte-Anne de Beaupré. «Une très mauvaise idée de notre administrateur de l’époque, note M. Labadie. C’est vraiment immense. Et avec un peu de chance, on doit entendre la fin du concert tellement il y a de l’écho.»

New York, New York

En 2009, les Violons et la Chapelle présentent le Messie et l’Oratorio de Noël de Bach à Québec, à Montréal, puis à New York. «C’était le résultat d’une double invitation de Carnegie Hall, qui était une première pour nous autres et une forme de consécration. C’est le genre de traitement qu’ils réservent à de grands chœurs européens», souligne Bernard Labadie, qui avait alors dédié le concert à sa mère, qui venait de souffler 90 bougies. Cette année, la nouvelle centenaire entend bien assister de nouveau à l’œuvre qu’elle chérit, mais s’évitera la longue soirée en assistant à la générale. Sans que le Messie soit associé à une tradition particulière chez les Labadie, les grandes œuvres chorales, surtout s’il y a des trompettes, suscitent l’enthousiasme.

Trois des quatre solistes qui chanteront cette semaine n’avaient jamais travaillé avec La Chapelle auparavant. Marie-Sophie Pollak (soprano), Tim Mead (contre-ténor) et Aaron Sheehan (ténor) rejoignent Matthew Brook (baryton-basse), qui a fait le Messie avec La Chapelle et le Philharmonique de Los Angeles en 2016. Il faudra porter attention à l’avant-dernier air, If God Be For Us, habituellement chanté par la soprano, qui sera interprété pour la première fois dans sa version alto, par Tim Mead.

«L’avantage de diriger une œuvre que le chœur et l’orchestre connaissent déjà et ont beaucoup faite ensemble est qu’on peut faire des nuances, de petites différences de tempo, des articulations un peu différentes, souligne Bernard Labadie. Il n’y a pas beaucoup d’endroits où je peux faire ça. Quand tu as quatre répétitions et que tout le monde a la tête dans la partition, tu ne commences pas à leur jouer des tours.» Le maestro se fait tout de même un point d’honneur de répéter chaque fois comme si c’était la première.

Le Messie sera présenté les 11 et 12 décembre à 20h au Palais Montcalm, le 13 décembre à la Maison symphonique à Montréal et les 18 et 19 décembre au Centre national des arts à Ottawa.

Le Chemin de Noël, au Palais Montcalm, en 2017

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UN CHEMIN DE NOËL AVEC HÉLÈNE FLORENT

Pour une quatrième année, La Chapelle de Québec et Bernard Labadie présentent le Chemin de Noël, un moment de recueillement musical et poétique le soir du 23 décembre. La narration sera cette fois assurée par la comédienne Hélène Florent, alors que les sommes amassées seront remises à la Fondation Gilles Kègle.

La suite de tableaux du Chemin de Noël marie le sacré et le profane, l’ancien et le nouveau. Bernard Labadie s’est inspiré de A Festival of Nine Lessons and Carols, une cérémonie qui attire des milliers de spectateurs du monde entier dans la chapelle du King’s College de Cambridge chaque année depuis 1918.

Chaque année, il renouvelle la plupart des musiques, mais conserve les textes, qui sont presque «immuables», dans la tradition de Cambridge. Le tableau du Mystère de la nuit, par exemple, sera encore éclairé par une poésie de Baudelaire, mais sera suivi par Calme des nuits de Camille Saint-Saëns. La soirée est construite en forme d’arche. Elle se finit comme elle a commencé, avec les chanteurs qui déambulent lampion à la main, au son de la musique de l’orgue, des cloches et de la harpe.

Bernard Labadie était heureux de confier les lectures à Hélène Florent. «J’ai travaillé une fois avec elle quand elle était finissante au conservatoire d’art dramatique. Elle a été figurante dans La flûte enchantée à l’Opéra de Québec. Michel Nadeau faisait la mise en scène. Elle avait 20 ans et déjà, elle brûlait les planches. C’était évident qu’elle allait avoir une immense carrière.» 

Le chemin de Noël aura lieu au Palais Montcalm le 23 décembre à 18h. Les billets seront distribués le samedi 14 décembre. Ouverture des portes à 8h.