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Benoit Pinette lance La mémoire est une corde de bois d’allumage, un premier recueil de poésie.
Benoit Pinette lance La mémoire est une corde de bois d’allumage, un premier recueil de poésie.

Benoit Pinette amorce 2021 en grand

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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Tire le coyote n’en est pas à ses premiers textes lyriques. ­L’auteur-compositeur-interprète a déjà sept albums à son actif. Mais avec La mémoire est une corde de bois d’allumage, le compositeur et l’interprète sont restés derrière.

Seul l’auteur s’est plongé dans une toute nouvelle aventure : sans mélodie ni rythmique, sans rime ni pseudonyme, Benoit Pinette offre ses mots à nu. Pour la toute première fois.

«J’ai grandi dans un environnement imprévisible. […] Et s’il y a une chose qu’en grandissant je n’ai pas voulu reproduire, ce sont ces comportements-là. Au moment où je suis devenu père, je me suis mis une grande pression pour favoriser un climat de communication, d’écoute. Je me disais que tout allait être beau, que j’allais briser la chaîne», confie Benoit Pinette, l’auteur-compositeur-interprète connu sous le pseudonyme Tire le coyote, en entrevue au Soleil.

Mais malgré tout ses efforts, l’artiste, qui vit à Québec depuis quelques dizaines d’années, a tout de même remarqué, chez ses enfants, certains traits de caractère comme une impulsivité naturelle ressemblant beaucoup à celle de son paternel.

De là sont nées ses réflexions sur l’enfance, sur ce qui en reste lorsqu’on devient adulte, le poids de la génétique contre celui de nos apprentissages… C’est cette voix qu’il a suivie et qui l’a conduit vers le recueil de poésie.

«Je me suis rendu compte que, finalement, on porte un peu le bagage de plusieurs générations. […] J’ai toujours mis la faute sur mon environnement, mais j’ai probablement grandi avec des traits de caractère qui étaient là depuis des générations. Ce que je reprochais à mon père, c’était présent chez ses parents et ses grands-parents. Ça s’est transmis de génération en génération», croit l’auteur.

Divisé en trois parties, La mémoire est une corde de bois d’allumage évolue en suivant le chemin qu’entreprend l’écrivain entre les différentes couches de son arbre généalogique. De «l’environnement difficile et anxiogène» où il a grandi jusqu’à son rôle de père, Benoit Pinette pose des mots durs, mais francs sur ses souvenirs. Empli d’espoir, il enrobe cependant d’amour sa «descendance». 

Ce saut dans un passé lourd et tendu n’aura pas été un exercice facile, affirme-t-il. D’où le titre du recueil et son champ lexical : le feu qui consume, brûle et rase. 

«Ça m’a pris un certain courage pour plonger là-dedans. Souvent, l’humain essaie plutôt d’éviter certaines blessures. L’idée derrière le bois d’allumage, c’est de dire “quand on replonge dans ses souvenirs, il y a un risque que ça flambe, que ça explose. Et il faut l’accepter”. On est tous un peu des tisons qui se demandent s’ils vont continuer de brûler ou s’ils vont s’éteindre», estime celui qui considère la mémoire comme une matière inflammable.

Le vertige

Outre les thèmes abordés, l’artiste affirme que l’écriture elle-même du recueil a été tout un défi. 

Si la musique, les mélodies et le rythme l’influencent habituellement quand il rédige ses paroles, Benoit Pinette s’est retrouvé ici devant une page vierge. Sans forme précise ni cadre régulier à suivre, l’auteur avoue avoir été quelque peu troublé par tant de latitude. 

«C’est vrai que j’ai une approche particulièrement poétique dans mes chansons, mais, avec la mélodie, les refrains et le rythme, il y a une espèce de récit qui revient en chanson qu’on n’est pas obligé d’avoir en poésie. Pour moi, la poésie, c’est la forme la plus libre d’écriture. 

«[…] Mais la liberté vient aussi avec certains vertiges parce qu’il y a plus de possibilités, plus de questionnements», précise celui qui «aime voir le poème comme une possible citation».

Alors qu’il travaille actuellement sur son prochain album, l’artiste affirme avoir eu assez de plaisir à relever ce «défi périlleux» pour recommencer un jour. Il faudra cependant retrouver un nouveau «fil conducteur», une thématique qui permettra aux courts textes «de se répondre entre eux» et de marquer une évolution. 

La mémoire est une corde de bois d’allumage sera offert en librairie le 4 février.

André Lavergne et Éric Dion forment le duo Dans l’shed.

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DANS L'SHED: CULTIVER LA DUALITÉ

Le folk du duo gaspésien Dans l’shed se déploie entre des pièces introspectives et de colorées chansons à personnages. Avec la collaboration de Benoit Pinette (Tire le coyote), Éric Dion et André Lavergne ont poussé leur dualité musicale plus loin sur Vallée embrumée, un album en deux temps voguant d’une part en terrain indie-folk, de l’autre vers l’americana.

Pour les deux musiciens, la référence à Bob Dylan et à son album de 1965 Bringing it All Back Home est claire. Le travail instrumental entamé avec Benoit Pinette, qui coréalise l’album, les avait passablement sortis de leur zone de confort. Ils ont choisi de mettre en exergue ce nouveau contraste musical, sans renier leurs propres racines.

«Ç’a vraiment été pour ne pas nous déstabiliser nous-mêmes et notre public de présenter une face qui serait plus indie-folk et une face qui est plus americana», résume André «Dédé» Lavergne, qui connaissait déjà Tire le coyote pour avoir collaboré avec lui.

«Je n’avais jamais rencontré Benoit, mais en une heure, on était déjà une redoutable équipe en studio», reprend son complice Éric Dion.

«Benoit, c’est un amoureux des guitares, explique ce dernier. Et moi, j’aime beaucoup travailler avec des auteurs quand vient le temps de faire la réalisation. Pas nécessairement pour écrire avec moi, mais pour avoir un point de vue externe. Je le fais déjà avec Dédé, qui est mon premier lecteur.»

Quelques chansons plus tard, une réflexion musicale s’est imposée.

«J’ai pensé à Bob Dylan et à cet album, ajoute Dion. Pour ne pas trop bousculer le monde, il avait fait une face avec un band et une autre tout seul, comme il faisait avant. Je me suis dit que ça pouvait être un concept pour nous autres aussi. Comme je disais à Dédé, on ne va pas révolutionner la musique comme Bob Dylan l’a fait, mais c’est une petite révolution pour nous-mêmes.»

Sur un disque vinyle, les deux chapitres se trouvent séparés physiquement sur les deux faces du support. Pour marquer le coup dans le monde numérique, Dans l’shed propose deux pièces instrumentales qui donnent le ton pour les chansons à venir.

Vers ailleurs

Pandémie ou pas, les vieux complices de Dans l’shed sont habitués au travail à distance, avec un membre installé en Gaspésie et l’autre habitant dans la région de Québec. «On est séparé par 550 kilomètres!» rigole André Lavergne.

N’empêche, la COVID-19 a mis des bâtons dans les roues de ces musiciens qui travaillent de manière indépendante et qui ont dû s’ajuster aux nouvelles contraintes sanitaires.

«On voulait sortir un album en 2020. On a quand même réussi à sortir un premier extrait à l’automne», note Lavergne qui, comme son ami, ne cache pas son impatience de renouer avec les planches.

Des spectacles sont inscrits à l’agenda, reste à voir quand les autorités de santé publique permettront les retrouvailles.

En attendant, Dans l’shed aura l’occasion de mettre sa musique en vitrine lors de la Bourse RIDEAU, la grande foire des arts de la scène présentée cette année en version virtuelle à une multitude de diffuseurs.

Bref, de quoi faire voir du pays à ce «shed» ancré en Gaspésie, mais résolument ouvert vers ailleurs... Geneviève Bouchard

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AU NOM DU FOLK ET DE L'AMITIÉ

Benoit Pinette est entré dans le «shed» musical d’Éric Dion et d’André Lavergne par amitié. Et il ne l’a pas regretté. 

«On a souvent parlé musique, André et moi, et on a les mêmes références, les mêmes goûts musicaux de folk, avance le coréalisateur de l’album Vallée embrumée. Eux, c’est vraiment un duo acoustique... Ils avaient envie de pousser leur folk un peu plus loin au niveau des effets d’enregistrement, de mixage. Je pense qu’ils voyaient en moi cette possibilité de les pousser un peu plus loin dans leurs références folk. Ç’a été super super le fun.»

Pinette évoque la facilité qui s’est invitée dans le travail avec Dans l’shed et la complicité qui a marqué la collaboration. 

«Éric est un chic type, observe-t-il. Je trouve qu’il écrit de super belles chansons. On a retravaillé les textes ensemble. De pouvoir vraiment être avec ces deux gars-là et juste faire évoluer le projet à son maximum, ça s’est fait tout naturellement. Je dirais que c’est tout simplement l’amitié et le plaisir de travailler ensemble qui nous a menés à cette coréalisation-là. C’était vraiment une belle expérience.»  Geneviève Bouchard et Léa Harvey