Avec une dégaine à la Krystian Zimmerman, une intensité digne de Martha Argerich et un jeu d’une singularité qui n’est pas sans évoquer Glenn Gould, Daniil Trifonov nous entraîne dans son monde dès le premier accord de la <em>Chaconne en ré mineur. </em>
Avec une dégaine à la Krystian Zimmerman, une intensité digne de Martha Argerich et un jeu d’une singularité qui n’est pas sans évoquer Glenn Gould, Daniil Trifonov nous entraîne dans son monde dès le premier accord de la <em>Chaconne en ré mineur. </em>

Bach, pour la suite du monde

CRITIQUE / La directrice du Club musical Marie Fortin peut se targuer d’avoir pu mettre la main sur Daniil Trifonov, une des révélations pianistiques de la dernière décennie. Après avoir joué un programme russe dimanche à la Maison symphonique de Montréal, le jeune musicien présentait mercredi soir un concert entièrement consacré à Bach avec, comme plat de résistance, les 14 Contrapunctus de l’Art de la fugue, un massif de plus d’une heure rarement entendu en concert.

Avec une dégaine à la Krystian Zimmerman, une intensité digne de Martha Argerich et un jeu d’une singularité qui n’est pas sans évoquer Glenn Gould, Trifonov nous entraîne dans son monde dès le premier accord de la Chaconne en ré mineur, arrangée par Brahms pour piano (main gauche seule). Dans la même tonalité que l’Art de la fugue, l’œuvre constitue une entrée en matière idéale au recueil. En entendant la manière de phraser du pianiste et l’intelligence avec laquelle il fait ressortir les différents plans sonores, on se surprend presque à ne pas regretter l’original pour violon.

Enchaîné immédiatement, le Contrapunctus I est joué tout en retenue. Cette sobriété dans les nuances s’est vite révélée être la signature du pianiste. Les Contrapunctus III, VII et X, notamment, semblent flotter dans l’éther. Seuls les Contrapunctus VI (à la française), XI et XIII vont effleurer la nuance forte. Le tout dernier, une fugue à trois sujets inachevée, semble évoluer hors du monde, jouée comme si la vie du pianiste en dépendait.

Au terme de ce périple dantesque, la transcription faite par la pianiste Myra Hess du célèbre «Jésus, que ma joie demeure» (de la Cantate BWV 147) arrive comme un trait de lumière. Les deux rappels sont pour leur part allés du côté de la génération suivante, avec Johann Christian et Wilhelm Friedmann Bach, pour montrer la postérité du maître. La musique du Cantor de Leipzig en tout cas, n’a jamais parue aussi en vie que mercredi soir sous les doigts de Daniil Trifonov.

Ce récital était également l’occasion de lancer la prochaine saison du Club musical, dont le point culminant sera assurément la venue du pianiste démiurge András Schiff en mars 2020. Pour s’abonner : www.clubmusicaldequebec.com.

Club musical de Québec. Daniil Trifonov, piano. Bach : Chaconne en ré mineur, BWV 1004 (arr. pour main gauche de Brahms), l’Art de la fugue (Contrapunctus 1 à 14), BWV 1080, et Jésus que ma joie demeure (arr. pour piano de Myra Hess), BWV 147. Mercredi soir à la salle Raoul-Jobin.

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PROGRAMMATION 2020-2021 DU CMQ

  • 23 octobre: Albrecht Mayer (hautbois) et Fabian Müller (piano)
  • 9 novembre: Alina Ibragimova (violon) et Cédric Tiberghien (piano)
  • 7 février: Skride Piano Quartet et Matthew McDonald (contrebasse)
  • 3 mars: András Schiff (piano)
  • 11 avril: Jean-Guihen Queyras (violoncelle) et Alexandre Tharaud (piano)
  • 26 avril: Ensemble Correspondances