L'altiste français Antoine Tamestit sera au Domaine Forget le 11 août avec l'Orchestre symphonique de Québec.

Antoine Tamestit: l’altiste funambule

Enfant, Antoine Tamestit voulait être dessinateur de BD, mais c’est finalement son amour de l’alto, dont il est devenu un fervent ambassadeur, qui l’a emporté. Au Domaine Forget cette semaine, l’altiste français retrouvera le maestro Fabien Gabel, qui l’a dirigé lors de sa première prestation télévisée aux Victoires de la musique en 2007, et plusieurs autres fois depuis.

Qu’il parcoure le monde comme soliste auprès de grands orchestres ou qu’il se joigne à des ensembles à cordes comme le Quatuor Belcea, avec qui il a joué cet été, le cofondateur du réputé trio Zimmermann et codirecteur artistique du festival Viola Space, au Japon, affiche un enthousiasme et une curiosité indéfectibles. 

Lors de son passage au Palais Montcalm il y a deux ans, nous avions été charmé par sa manière infiniment expressive de bercer son instrument, d’y poser l’oreille en souriant pour les passages plus doux et de laisser son archet décrire un grand cercle pour les finales qui l’exaltent.

Au fil d’une discussion animée, l’altiste nous a parlé avec affection de son Stradivarius, avec humour du fonctionnement de l’intestin (ce deuxième cerveau) et avec rigueur des pièces qu’il défend avec son archet.

Q    Qu’est-ce qui vous a incité à choisir Pot-pourri de Hummel pour votre prestation au Domaine Forget avec l’Orchestre symphonique de Québec?

R    On cherchait une pièce de gala, puisque c’est une année anniversaire. Ce sont des citations d’œuvres de Mozart et de Rossini bien choisies et bien connues, qui parlent à l’oreille. Chacun des thèmes d’aria de Mozart sont transformés en grands passages de virtuosité, en morceaux de bravoure, donc c’est toujours enthousiasmant pour le public.

Q    C’est aussi, évidemment, une pièce qui met l’alto en valeur. Cet instrument mérite-t-il selon vous d’être davantage mis en valeur dans les programmes de concert?

R    On le relègue parfois à un rôle d’accompagnateur de la mélodie, alors que c’est un instrument qui, de tout temps, a eu une personnalité unique et reconnue par les compositeurs. Bach lui-même aimait particulièrement jouer de l’alto, parce que ça le plaçait au centre de l’harmonie. Dans un quatuor, Mozart préférait aussi la partie d’alto. Mais au XIXe siècle, le piano et le violon sont devenus tellement importants que l’alto a été mis de côté. Il a fallu attendre le XXe siècle pour qu’on remette en valeur toutes ses couleurs et ses possibilités. J’ai un petit peu l’impression d’avoir une torche à continuer à faire brûler.

Q    Vous associez souvent alto et voix humaine, pourquoi?

R    Par sa tessiture, il est au niveau moyen de la tessiture humaine. Tout un chacun chante naturellement dans la tessiture de l’alto. Plus que l’instrument, j’ai envie de défendre sa musique et de montrer aux gens qu’il y a des œuvres extraordinaires, joyeuses et enthousiasmantes composées pour lui. 

Q    Quels compositeurs vivants portent selon vous le mieux le flambeau?

R    Jörg Widmann, un compositeur allemand, a écrit un concerto pour moi il y a deux ans et il surprend beaucoup les gens, en montrant que l’alto peut ressembler à une flûte, à une harpe, à un tuba, à une clarinette, et qu’il peut émettre des sons chantants, avec des harmoniques très présentes. Ça montre qu’on n’a pas encore épuisé les possibilités de l’instrument.

Q    Parlons un peu de votre Stradivarius. Quelle importance a-t-il pris pour vous?

R    Ça fait déjà 10 ans que je le joue de manière quasi exclusive. C’est l’instrument que j’associe à mon son, à ma recherche sonore, à ma personnalité. Comme instrumentiste, on a notre propre voix, mais il nous faut un intermédiaire, dont on développe un lien très intime, voire fusionnel avec notre instrument. J’ai aussi un alto moderne d’Étienne Vatelot, un grand luthier français maintenant décédé. Puisque je n’en joue pratiquement plus moi-même, je le prête à de jeunes artistes méritants, parce que j’ai envie qu’il continue à vivre.

Q    Comment vous êtes-vous retrouvé codirecteur artistique d’un festival japonais?

R    J’ai d’abord pris des cours de maître avec Nobuko Imai, la fondatrice, dans les années 2000, puis elle m’a invité à faire un enregistrement et à jouer au festival. Elle a vu mon amour pour le répertoire de l’alto, la découverte de nouvelles œuvres, d’arrangements intéressants. Je crois qu’après 20 ans à la tête de ce festival, elle a voulu lui donner une fraîcheur, une jeunesse et une nouvelle direction. Ça m’apparaissait comme une chance inouïe d’apprendre, parce que Nobuko Imai est toujours là, elle donne des conseils extrêmement intéressants sur la manière de gérer un festival, alors que pour le programme, elle me laisse complètement libre.

Q    Qu’avez-vous amené comme nouveautés depuis trois ans?

R    Nous avons créé des ateliers avec des enfants, pour leur faire découvrir la musique, parfois à travers le dessin et la poésie. J’ai aussi ouvert le festival aux réseaux sociaux, ce qui nous a fait nous apercevoir que nous avions un public vaste, et créé des thèmes, des fils conducteurs dans chaque festival. Dire qu’on va jouer des œuvres de Schnittke et de Hummel, ça ne parle pas au public. La France, les enfants ou le voyage, ça a plus d’écho.

Q    Vous même quand vous étiez enfant, vous vouliez être dessinateur de bandes dessinées. Dessinez-vous toujours?

R    Je me suis beaucoup intéressé à la bande dessinée, puis au cinéma d’animation, mais évidemment je me suis aussi beaucoup consacré à l’alto. J’ai recommencé à dessiner il y a seulement 4 ou 5 ans, avec mes enfants. Je me suis aperçu que je n’avais pas tout perdu et que j’y trouvais encore beaucoup de plaisir.

Q     Avez-vous d’autres passe-temps?

R    En voyage, j’aime bien me cultiver. Je lis et je regarde des documentaires pour mieux comprendre le monde ou l’aspect philosophique de l’homme. J’ai un autre loisir qui m’aide à comprendre le fonctionnement du corps, le slack lining, le fait de marcher sur un fil large, pendu entre deux arbres ou deux poteaux. Ça demande un grand sens de l’équilibre, une conscience du poids, de la gravité et de l’orientation. On est obligé de se concentrer sur un point, donc ça demande de trouver un équilibre mental et physique en même temps. Ça a beaucoup changé ma manière de jouer sur scène.

Q     Quelle lecture vous a marqué, récemment?

R    J’ai découvert un livre scientifique, mais assez drôle qui explique tout le fonctionnement interne du corps humain et des organes, à travers la digestion. Ça s’appelle Le charme de l’intestin, c’est un best-seller traduit dans toutes les langues, simple à comprendre pour tout le monde. On passe quand même beaucoup de temps à manger et à digérer, et comme j’adore manger, j’avais envie de comprendre un peu mieux. 

Le concert de L’Orchestre symphonique de Québec avec l’altiste Antoine Tamestit, sous la direction de Fabien Gabel, sera présenté le samedi 11 août à 20h au Domaine Forget, à Saint-Irénée. Info : domaineforget.com