Avec une collection de relectures arrivée dans les bacs la semaine dernière, l’autrice-compositrice- interprète Anna Calvi travaille déjà sur son prochain album.

Anna Calvi: du recul et des contrastes

Discrète et délicate dans la vie (et en entrevue), Anna Calvi se métamorphose en force de la nature lorsqu’elle saisit sa guitare. Artiste de contrastes, l’autrice-compositrice-interprète anglaise a joué cette carte à fond en revenant à ses démos pour revisiter les pièces de son album Hunter, paru il y a un an et demi. Arrivé dans les bacs la semaine dernière, Hunted renferme des versions plus brutes de ses compositions livrées parfois en solo, parfois en conviant des invités comme Charlotte Gainsbourg, Courtney Barnett ou Joe Talbot du groupe punk-rock Idles. Quelques jours après le lancement de ces relectures, la musicienne revient sur son processus de création avec Le Soleil.

Q Quel a été le point de départ de l’album Hunted?

R Je revenais de tournée et j’ai réécouté mes premiers enregistrements de ces chansons. Ceux que j’avais faits par moi-même. Je trouvais qu’il y avait un aspect cru, un peu plus sale dans le son qui m’intéressait. J’ai été attirée par l’idée d’explorer ce concept du yin et du yang par rapport à l’album principal en proposant une nouvelle version. C’était de montrer les chansons sous un éclairage différent. […]

J’aimais l’idée de voir jusqu’à quel point les chansons pouvaient être crues. Quand on est en studio et qu’on a accès à tellement d’instruments et à tous ces incroyables ingénieurs de son, de garder un côté brut peut devenir difficile. Mais en s’enregistrant seule, le résultat sera forcément plus brut. C’est l’essence qui ressort quand on s’enregistre soi-même en solitaire.

Q À notre époque où tout bouge vite, de prendre le temps de revisiter son travail tient presque du luxe. Avez-vous l’impression de faire une sorte de pied de nez à l’industrie avec ce projet?

R C’est bien de prendre des décisions dictées par la créativité et non à cause d’une pression. C’est là-dessus qu’on doit se concentrer, à mon avis. C’est ce qui garde les choses pertinentes et intéressantes.

Q Comment ç’a été d’entendre d’autres chanteurs interpréter vos chansons?

R Ç’a été vraiment extraordinaire. Je pense que chacun d’entre eux a apporté quelque chose aux chansons. De plus, ce sont tous des artistes que j’admire et qui m’ont influencée dans mon travail. Pour moi, c’est un rêve devenu réalité de les entendre chanter sur ces pièces.

Q Qu’est-ce qui vous a menée vers Charlotte Gainsbourg en particulier?

R J’adore la manière qu’elle a de chanter de façon parfois très douce et parfois très puissante. Elle est probablement ma chanteuse préférée. La chanson Eden où on peut l’entendre sur le nouvel album, je l’avais en tête quand je l’ai écrite. Il y a un côté secret dans cette pièce qui m’a fait penser à elle, à sa manière d’être un peu mystérieuse. C’est un aspect d’elle que je trouve intéressant et très intense.

Q Ça vous arrive souvent de songer à d’autres artistes quand vous créez?

R Non, en fait. Je pense que c’était la première fois. C’est peut-être parce qu’elle est aussi actrice. Je pensais beaucoup au film Melancholia [de Lars Von Trier], auquel elle a participé, pendant que j’écrivais cette pièce. J’aime souvent considérer mes chansons comme de mini films. Et elle est tellement géniale tant dans le jeu que dans le chant. C’est incroyable. Je lui ai juste envoyé un message avec la chanson. J’ai eu la chance qu’elle accepte de la faire. Nous avons gardé contact depuis. Nous nous étions rencontrées brièvement auparavant, mais je ne sais pas si elle s’en souvient. Je l’avais vraiment abordée comme une fan après un spectacle. Je l’avais complimentée, elle m’avait remerciée… Puis elle avait continué à parler à quelqu’un d’autre!

Q Vous avez mentionné à quel point l’album Hunter avait été important pour vous. Où en êtes-vous maintenant par rapport à la suite des choses?

R Avant de m’attaquer à l’écriture du prochain album, c’était très intéressant pour moi de faire l’album Hunted. C’est bien de prendre le temps de revenir sur ce qu’on a fait par le passé pour voir vers où on se dirigera ensuite. Hunted a beaucoup nourri ma créativité et ma réflexion pour la suite. J’en suis donc à écrire mon prochain album. J’ai aussi été invitée à faire de la musique pour la série Peaky Blinders [de la BBC]. Je vais collaborer à la prochaine série également. Donc oui, je suis pas mal occupée en ce moment. Plus j’en fais, plus j’apprends et plus j’ai envie d’expérimenter. J’apprécie vraiment le processus créatif actuellement.

Q Qu’est-ce que ça fait de sortir de votre propre univers et de se mettre au service d’une autre œuvre?

R C’est vraiment bon d’avoir un projet qui ne parle pas de moi! Je suis une personne très visuelle dans ma manière d’être créative. C’est vraiment un match parfait pour moi d’écrire à partir d’images. J’ai vraiment aimé cette expérience.

Q Dans vos chansons et vos prestations, vous aimez jouer dans les extrêmes. Es-ce un défi pour vous?

R C’est toujours un peu effrayant de s’exposer. C’est une position où on se rend vulnérable. Mais ça vaut la peine de le faire, parce que ça montre qu’on exprime quelque chose de véridique. Pour moi, il n’y a pas d’autres manières de le faire. Le spectacle que je donne est assez sauvage. Il y a des moments très puissants, d’autres qui sont plus tranquilles, plus vulnérables. C’est vraiment un mélange des deux.

Anna Calvi devait se produire au Palais Montcalm le 30 mars. Elle a été contrainte d’annuler son concert à cause de l’épidémie de COVID-19.