40 ans de coups d’éclat à l'ADISQ

Le gala de l’ADISQ, c’est certes une célébration de la musique d’ici et de ses artisans. Mais c’est aussi une foule de petits accrocs (les joies du direct!), de controverses, de sorties inusitées et de tenues qui font jaser. Alors que les trophées Félix seront remis cette semaine (les 24 et 28 octobre) pour une 40e année, retour sur des moments marquants qui ont jalonné les cérémonies des quatre dernières décennies.

LES COUPS DE GUEULE

Céline Dion. «Je ne peux pas accepter ce trophée-là...» Avec ces quelques mots, Céline Dion a jeté un froid sur le gala en 1990. En lançant son désormais célèbre «C’est Céliiiiiiiine!», sa sœur Claudette venait de la déclarer gagnante du Félix de l’«artiste ou formation anglophone de l’année» pour son album Unison. Et ça ne faisait pas son affaire. «Ce n’est pas parce que je ne suis pas fière de mon disque en anglais, au contraire», a avancé la chanteuse, rappelant qu’elle est Québécoise et remerciant du même souffle le public. «Je pense qu’eux autres ont compris que je ne suis pas une artiste anglophone», précise-t-elle. L’année suivante, le nom de la catégorie avait été changé pour «artiste québécois s’étant le plus illustré dans une langue autre que le français». De nos jours, on parle tout simplement de l’album anglophone de l’année. 

***

Luc Plamondon. «Je trouve ça scandaleux!» En 1983, le parolier Luc Plamondon a transformé une séance de remerciements en esclandre alors qu’il est monté sur les planches avec Robert Charlebois — qui assistera à la scène bouche bée — pour accepter le Félix de la chanson de l’année, décerné à J’t’aime comme un fou. «Les trophées, ça fait plaisir. Mais ce qui ferait encore plus plaisir aux auteurs-compositeurs, ça serait de gagner des droits d’auteur», a-t-il laissé tomber avant de s’adresser aux producteurs dans la salle. «On est la matière première de votre industrie. Votre industrie n’existerait pas s’il n’y avait pas de chansons et d’auteurs-compositeurs derrière», a-t-il rappelé lors de cette intervention enflammée. 

***

Le collectif 83. Jugeant que le hip-hop n’avait pas la visibilité qu’il méritait au gala de l’ADISQ — ni le soutien médiatique, d’ailleurs —, les membres du collectif de la Rive-Sud 83 ont décidé de faire un coup d’éclat en 2002 en s’invitant au gala de l’ADISQ. Alors que l’animateur, Guy A. Lepage, était en pleine présentation, le groupe s’est avancé vers la scène. Le rappeur 2Faces, Francis Belleau de son vrai nom, a réclamé 40 secondes pour plaider sa cause et rappeler qu’il y a un marché pour le rap, un genre soutenu par aucune radio. «On voudrait que la catégorie hip-hop soit en ondes. Et on voudrait que ce soit régi comme le jazz. C’est peut-être pas payant, mais au moins, c’est des gens qui connaissent ça qui décident des lauréats.» Depuis l’an dernier, le Félix de l’album hip-hop est effectivement remis lors du grand gala du dimanche.

EN RAFALE

Condom et enveloppe vide. Étrange moment, en 1992, alors que les présentateurs Guy A. Lepage et Yves P. Pelletier ont été interrompus par le styliste et critique de mode Gilles Gagné, visiblement éméché, qui est monté sur scène en brandissant un condom. Pour en rajouter à cet épisode surréaliste, l’enveloppe qui avait été remise aux deux comiques et qui devait contenir le titre de la chanson populaire de l’année était vide... C’est finalement l’animateur de la soirée, René Simard, qui est venu souffler le gagnant à l’oreille de Pelletier. 

***

Artistes mal logés. On est parfois en droit de se demander comment tel artiste se retrouve nommé dans telle niche au gala de l’ADISQ. En 1997, en l’absence d’une catégorie hip-hop, la formation Dubmatique était repartie avec le Félix du meilleur album rock alternatif. L’année suivante, le trophée hip-hop/techno a fait son apparition et a été remis à… Carole Laure. En 2010, certains ont sourcillé en voyant Marie-Mai recevoir le prix du meilleur album rock. «Je fais mon rock à moi», avait en somme justifié la chanteuse… De quoi inspirer Keith Kouna, qui a repris la phrase dans sa chanson Pas de panique... 

***

Où sont les femmes? En 1979, le tout premier gala de l’ADISQ a été animé par Dominique Michel et Denise Filiatrault. Les femmes se sont par la suite faites rares à la barre de la cérémonie. Dodo et Denise sont revenues partager l’animation pour le 10e anniversaire. Céline Dion a aussi été coanimatrice 10 ans plus tard. Outre Véronique Cloutier en 1999, tous les autres animateurs ont été des hommes. Louis-José Houde remporte la palme de l’assiduité: il en sera le 28 octobre à son 13e gala. Yvon Deschamps a porté le chapeau à neuf reprises et Guy A. Lepage l’a fait cinq fois.

SAVOIR DIRE MERCI... OU PAS!

Trop longs, trop monotones, mal préparés… Au chapitre des remerciements, les spectateurs n’ont pas toujours été gâtés au gala de l’ADISQ. Certains artistes ont osé plus de couleur, au risque d’en faire tiquer certains. On pense à ce moment où Mitsou, sacrée découverte de l’année 1988, avait tenté de faire de l’humour: «Je suis contente d’avoir reçu le trophée Linen Chest… Des couvertes», a-t-elle tenté, son Félix en main. Devant cette blague ratée accueillie par un silence de plomb, elle en a rajouté. «Y’a comprennent pas!» a-t-elle gloussé. Ouch! 

On se rappellera longtemps du «Devil câlisse, pis vive la vie!» balancé par Bernard Adamus en acceptant le trophée de la révélation 2010. La même année, Cœur de Pirate avait fait une Kanye West d’elle-même — rappelez-vous cet incident dans un gala de MTV où il avait interrompu Taylor Swift en plein discours pour dire que son prix aurait dû aller à Beyoncé… — en déclarant que Radio Radio avait fait un meilleur album hip-hop que le lauréat, Manu Militari. 

En 2014, la toujours colorée Klô Pelgag en avait surpris plusieurs en remerciant ses parents «d’avoir fait l’amour» et en offrant sa gratitude à l’hypnotiseur Messmer. Deux ans plus tard, c’était au tour de Safia Nolin de détonner en ponctuant son discours de «fuck», «on s’en crisse» et en traitant sa petite sœur de «grosse conne».  

L'HABIT FAIT-IL LE MOINE?

En 2016, la révélation de l’année Safia Nolin a fait couler beaucoup d’encre — et du coup provoqué une vague de haine sur les réseaux sociaux — en osant se présenter au gala vêtue d’un jean, d’un t-shirt  orné d’une photo de Gerry Boulet et de baskets blancs. Qu’on se le dise, elle n’était pas la première et ne sera certainement pas la dernière à se faire reprocher son manque de décorum. Six ans auparavant, Bernard Adamus s’était, selon l’opinion du collègue chroniqueur Richard Therrien, habillé comme «la chienne à Jacques» pour recevoir son Félix de la révélation. En 1993, les Colocs ont fait le plein de trophées en étant «tous plus mal attriqués les uns que les autres», selon l’observation de la journaliste du Soleil Louise Lemieux. L’année suivante, c’est le torse de Luck Mervil qui a éclipsé toutes les tenues de gala, notait la chroniqueuse Ghislaine Rheault. «Même les camisoles de Dan Bigras et les genoux de Jean-Marc Parent. L’an prochain, tout le monde affichera-t-il ses bobettes?» s’était-elle interrogée à juste titre.  

ILS ONT DIT

«C’est pas du toc!» — Daniel Lavoie en 1988, après avoir échappé un Félix par terre

***

«Merci ma gang de ciboires!» — Plume Latraverse, visiblement ému d’avoir reçu le Félix Hommage en 2002

***

«C’est une grande leçon d’humilité...» — Isabelle Boulay, en 2005, après être montée sur scène le visage barbouillé du fond de teint foncé de Corneille, à qui elle venait de faire la bise. Corneille lui-même est venu interrompre son discours pour la démaquiller

***

«Richard, je vais prendre soin de ce trophée de la même façon que tu en prendrais soin...»  Guy A. Lepage, en 2004, avant de balancer en coulisse le Félix remporté par Richard Desjardins, absent du gala parce qu’il était en tournée en Gaspésie. L’animateur s’est excusé quelques jours plus tard.

***

«Ce trophée, je le pitche avec toute ma ferveur à Claude Fradette, le réalisateur de l’album!» — Richard Desjardins, bel et bien présent en 2012 pour recevoir ses honneurs et ne manquant pas de faire un clin d’œil au désormais célèbre lancer du trophée de Guy A. Lepage