Les passeurs Louis-Jean Cormier et Marie-Pierre Arthur sont des enfants du Festival.

36e Festival en chanson de Petite-Vallée: tour de force réussi

PETITE-VALLÉE – L’organisation du Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, ne l’a pas eu facile au cours des derniers mois. Un premier incendie a ravagé son chef-lieu, le Théâtre de la Vieille Forge. Puis, il y en a eu un deuxième: celui de La Maison Lebreux, qui logeait des artistes. Mais, pour reprendre les titres de chansons des passeurs (parrains du Festival), Marie-Pierre Arthur et Louis-Jean Cormier, l’équipe de Petite-Vallée a regardé «droit devant, tout le monde en même temps».

En arrivant au-dessus de la côte menant à la Longue-Pointe de Petite-Vallée, à la vue de cette langue de terre dépouillée de ses bâtiments, c’est le choc. En lieu et place se dresse un immense chapiteau qui, résistant aux grands vents de la mer, finit presque par nous faire oublier l’ancien Théâtre. Tout y est, mais en plus vaste qu’avant: une boutique, un café-bistro, une cuisine et surtout une salle de spectacles beaucoup plus grande. 

Après tout, l’âme du Festival en chanson de Petite-Vallée ne se résume pas qu’aux bâtiments. Ce sont les artistes qui l’animent, les «chansonneurs» de la Destination Chanson Fleuve, Alan Côté et ses 60 employés ainsi que tous les gens qui proviennent de partout pour s’enivrer de musique de tous les styles. Il ne faudrait pas oublier les 300 bénévoles, alors que le village ne compte que 165 habitants.

Pour la première fois de son histoire, l’organisation a choisi des porte-parole qui sont des enfants du Festival. Louis-Jean Cormier, qui est un Lebreux par sa mère et qui est le cousin du directeur général et artistique, Alan Côté, a passé ses étés à Petite-Vallée. Sa mère a d’ailleurs grandi dans La Maison Lebreux, dont il ne reste plus rien. «C’était la maison de chaque Noël et de chaque Jour de l’An en alternance, raconte avec émotion l’auteur-compositeur-interprète. Le matériel est parti, mais les souvenirs restent.»

Pour Marie-Pierre Arthur, qui est une Fournier native du village voisin, l’événement a toujours fait partie de sa culture familiale; chaque été, sa mère et ses frères partaient faire de la musique et le son à Petite-Vallée. Son frangin, Jean-Sébastien «Ti-Bass» Fournier en est toujours le directeur musical. «Ce n’était pas juste pendant mon enfance, souligne Marie-Pierre. On n’a jamais arrêté de venir. J’en ai peut-être manqué quatre sur 36. J’ai parfois stoppé la tournée pour venir ici.»

En arrivant au-dessus de la côte menant à la Longue-Pointe de Petite-Vallée, à la vue de cette langue de terre dépouillée de ses bâtiments, c’est le choc. En lieu et place se dresse un immense chapiteau.

Pour les gens de la place, Marie-Pierre et Louis-Jean sont des leurs, contrairement à des passeurs qui, parfois, n’ont jamais mis les pieds à Petite-Vallée. Même si ces artistes sont maintenant connus, rien n’a changé pour les habitants du coin. «Les gens nous parlent comme toujours, se réjouit Louis-Jean Cormier. On ne peut pas aller prendre un verre sans parler pendant 45 minutes avec plein de monde. Les gens viennent nous voir et, en plus, les Gaspésiens sont vraiment chaleureux.»

Comme la tradition le veut, le Festival s’est ouvert sur le concert de La Petite École en chanson, lors duquel une chorale de 300 enfants a rendu hommage aux passeurs en interprétant des chansons de leur répertoire, dans un chapiteau plein à craquer. Pendant les dix jours de l’événement, des géants de la chanson francophone autant que des artistes émergents ont défilé sur la scène: Hubert Lenoir, Klô Pelgag, Damien Robitaille, Les Charbonniers de l’enfer et plusieurs autres, sans oublier Jean-Pierre Ferland et Marjo qui prenaient part au Festival en chanson pour la première fois de leur longue carrière.

Le spectacle 1 fois 6 a réuni sur une même scène Olivier Langevin, Salomé Leclerc, Louis-Jean Cormier, Fred Fortin, Marie-Pierre Arthur et Ariane Moffatt.

Le spectacle 1 fois 6 a été un moment marquant de la programmation. Bâti autour du concept du mythique 1 fois 5, ce spectacle a mis en scène des artistes-cultes multi-instrumentistes de la même génération: Marie-Pierre Arthur, Ariane Moffat, Salomé Leclerc, Olivier Langevin, Fred Fortin et Louis-Jean Cormier. «Tout le monde se promène, décrit Louis-Jean Cormier. Il n’y a pas d’artistes invités. On chante des chansons de tout un chacun.» Le concept a plu aux spectateurs et aux musiciens tant et si bien qu’il est fort probable, selon Alan Côté, que 1 fois 6 soit produit ailleurs au Québec.

Du côté des huit chansonneurs de la Destination Chanson Fleuve, c’est Pierre-Hervé Goulet de Québec qui a quitté la Gaspésie avec le plus grand nombre de prix, soit cinq sur les quatorze qui ont été attribués par autant d’organisations. Pour sa part, Nicolas Gémus des Îles-de-la-Madeleine en a récolté trois.

Pendant que le rideau s’apprêtait à tomber sur les festivités avec La Caravane country, présentée par Laurence Jalbert et ses invités, le grand manitou du 36e Festival en chanson de Petite-Vallée affichait une mine plutôt fière. «Je pense qu’on a réussi un tour de force, a laissé tomber Alan Côté, visiblement fatigué. Je suis content que le public nous ait suivis.» Environ 15 000 personnes ont assisté à l’une ou plusieurs prestations.

Chez les festivaliers, M. Côté a remarqué, à sa grande satisfaction, un plus grand nombre de jeunes. Parmi eux, des blogueurs et des youtubers ont drainé plusieurs de leurs abonnés parce qu’ils ont parlé de l’événement.

Le directeur général en arrive cependant à un constat: la tenue de sept grands spectacles sous l’autre chapiteau, soit celui de Grande-Vallée, est beaucoup trop coûteuse, surtout à cause de la faible démographie régionale. «Je souhaite réduire le nombre de grands spectacles à quatre pendant une seule fin de semaine, indique Alan Côté. Ça va vouloir dire de louer le chapiteau moins longtemps et d’avoir besoin de moins de bénévoles.»

Le Festival en chanson se tiendra dans les mêmes installations temporaires au cours des deux prochains étés, en attendant la reconstruction du Théâtre de la Vieille Forge, estimée à 9,6 millions $. La campagne de financement se poursuit.