Ulric Breton en 2010, devant le Petit Champlain, théâtre centenaire qu'il a contribué à relancer.

Mort d'Ulric Breton, l'âme du Théâtre Petit Champlain

Passionné de chanson francophone, Ulric Breton a dirigé le Théâtre Petit Champlain pendant deux décennies. «Il y a beaucoup d'artistes qui lui doivent beaucoup», témoigne son ami Bernard Pelchat.
L'homme âgé de 80 ans s'est éteint mardi à la maison de soins palliatifs du Littoral à Lévis, après avoir combattu pendant plusieurs mois une dégénérescence cardiaque. Celui qui habitait Saint-Michel-de-Bellechasse a été une figure marquante de la scène culturelle à Québec et au Québec pendant près de 60 ans.
Ayant étudié en comptabilité, le jeune Ulric Breton devient un fonctionnaire important alors que le Québec est en pleine Révolution tranquille. En 1961, il contribue à jeter les bases du nouveau ministère des Affaires culturelles. 
En 1963, il est affecté à l'ambitieux projet du premier ministre Jean Lesage, soit la création du Grand Théâtre de Québec, qui ouvrira finalement ses portes en 1971. 
En 1967, il octroie une «aide monétaire et un engagement personnel» pour que le tout premier Festival d'été de Québec voie le jour, se rappelle M. Pelchat, qui fait partie de l'équipe fondatrice du festival. «C'est là que notre amitié a commencé. Il est devenu mon mentor.»
Cette même année, M. Breton réalise un spectacle son et lumière sur la colline parlementaire, qui sera présenté 27 fois pour fêter les 100 ans de la Confédération canadienne. 
M. Breton a toujours été un entrepreneur et non un artiste lui-même. «Oui, il était un gestionnaire, mais il avait une sensibilité d'artiste», évoque M. Pelchat. 
En 1968, il sauve le bateau-théâtre l'Escale, un projet qui allait s'éteindre. Le bateau qui comprend une salle de 500 places en plus d'une boîte à chansons, reprend les flots et sillonne le fleuve et les principales rivières du Québec. C'était là que le gestionnaire a droit à une première expérience de programmation artistique. 
En 1983, il fait partie des pionniers qui, avec le chef d'orchestre Guy Bélanger, ont travaillé à donner naissance à l'Opéra de Québec.
M. Breton a touché à de nombreux projets au cours de sa vie, publics et privés. De 1986 à 1989, il a pris la direction du Festival de la chanson de Granby et a contribué à lui donner un nouveau souffle. 
La Maison de la chanson
Plus récemment, M. Breton a surtout été connu comme «l'âme du Théâtre Petit Champlain», explique M. Pelchat. Il a contribué à relancer ce théâtre centenaire et à le rénover pour qu'il devienne, en 1994, la Maison de la chanson. Dès lors, le Petit Champlain fait une grande place aux artistes francophones de la relève. 
«Ça a été la salle où j'ai créé presque tous mes spectacles. Ce qu'il a donné à ce lieu-là, c'est fascinant», exprime la chanteuse Paule-Andrée Cassidy. L'artiste se souvient de M. Breton comme d'un homme «au sourire discret, mais au regard très allumé», commente-t-elle. 
Mme Cassidy déplore que «la mémoire du Théâtre Petit Champlain» s'éteigne. M. Breton a été directeur artistique du théâtre jusqu'en 2014. Depuis, c'est Jean Beauchesne et Dominique Goulet qui ont repris les rênes, en collaboration avec la salle Albert-Rousseau. 
«C'était un homme au grand coeur, qui était d'une intégrité incroyable. Quand on s'embarquait dans un projet avec lui, on était sûr d'avoir son aval d'un bout à l'autre. Et il avait une ouverture d'esprit phénoménale, sur à peu près tout ce qu'on pouvait lui proposer», témoigne Bernard Pelchat.