Intense et complètement investi dans l’aventure, Lucien Ratio maîtrise son texte et ses machines. Et il donne tout ce qu’il a.

Monstres de politique

Alors que la campagne électorale provinciale bat son plein, celle, nettement plus théâtrale, imaginée par Lucien Ratio dans «Just In» à Premier Acte est bel et bien terminée. Mais notre homme n’est pas sorti du bois pour autant dans cet énergique solo techno-politico-fantastique qui en écorche plus d’un au passage, mais dont le propos nous laisse un peu sur notre faim.

À notre arrivée en salle, le comédien gît face contre terre au milieu de la scène, couvert seulement d’une serviette à l’effigie de l’Unifolié. Clairement, le personnage qu’il incarne a eu une grosse soirée… Tout juste élu, le politicien au cœur de Just In est parti sur une dérape imbibée d’alcool et saupoudrée de cocaïne dont il ne garde pas souvenir. Alors qu’une vidéo compromettante a été envoyée à son attaché de presse et qu’une créature surnaturelle est à ses trousses, le nouveau premier ministre se lancera dans une course effrénée pour retrouver ce qu’il a fait la veille et nous offrira du même coup un résumé de son ascension en politique. Le tout en essayant de ne pas perdre la face, il va sans dire.

Le titre de Just In l’annonce, on égratigne ici beaucoup Justin Trudeau. Ou on puise du moins dans son expérience et son histoire politique. De ce combat de boxe caritatif contre un sénateur pour mousser son image à ce lendemain d’élection à serrer des mains et à prendre des égoportraits dans une station de métro… De cet illustre père qui lui a pavé la voie à cette préoccupation de s’habiller comme les locaux dans le quartier pakistanais.

Avec une couche de trash en extra, le personnage de Ratio incarne maints clichés reprochés à la gent politique : obsession de l’image, cassette généralisée, cynisme décomplexé, ego démesuré, discours creux dans les deux langues officielles. Mais il y a aussi des références plus précises : ici un jingle publicitaire à la Maxime Bernier, là un coach de charisme à la Anne Guérette ou un slogan emprunté à Donald Trump.

Un air de déjà vu

Le regard est incisif, mais on ne peut pas dire que le propos soit très original. Des satires politiques de ce type, on en a vu une et une autre dans maintes revues de l’année (Ratio lui-même pilote le Beu-Bye à La Bordée depuis cinq ans). L’aspect fantastique de la proposition — on a vraiment affaire à des monstres — vient souligner l’aspect déshumanisé de la machine politique et la théorie qui veut que par leurs choix, les électeurs s’asservissent de leur plein gré. Là encore, il nous semble avoir déjà entendu cette histoire...

Qu’on se laisse ou non gagner par la prémisse, on ne peut nier qu’elle se déploie d’efficace manière dans un environnement scénique qui sert bien l’histoire. L’usage de tablettes électroniques et d’accessoires pour modifier la voix fait mouche, tout comme les jeux d’éclairages tranchés, l’utilisation de la fumée et les ambiances sonores signées par Millimetrik. Intense et complètement investi dans l’aventure, Lucien Ratio maîtrise son texte et ses machines. Et il donne tout ce qu’il a.

  • La pièce Just In est présentée à Premier Acte jusqu’au 22 septembre.