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Vue d’une partie de <em>La chambre de jour</em>, une installation de Geneviève Lebel
Vue d’une partie de <em>La chambre de jour</em>, une installation de Geneviève Lebel

Monastère des Augustines: le cœur des veilleuses

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
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Geneviève Lebel bricole des reliquats avec tout ce qui lui tombe sous la main : trouvailles de brocante, matériaux friables, objets du quotidien. Pour concevoir l’exposition-installation La chambre intérieure, au Monastère des Augustines, elle a puisé dans les archives et les réserves des religieuses et dans une multitude de détails du lieu lui-même.

Depuis 2015, la maison de la communauté religieuse, située derrière l’Hôtel-Dieu de Québec, a été convertie en lieu d’hébergement et de ressourcement où est mis en valeur le patrimoine des Augustines.

On y entre en traversant un jardin paisible où on sent qu’il ferait bon s’attarder. Dans le hall d’entrée lumineux, des clés anciennes et un banc de quêteux ont été intégrés à l’aménagement moderne, calme et épuré.

On accède au nouvel espace d’exposition en franchissant une porte en arche, qui donne l’impression d’entrer dans une voûte secrète. La chambre intérieure est divisée en deux zones, La chambre de jour et La chambre de nuit.

Une manière de parler du temps, mais aussi du contraste que vivait chaque jour les religieuses entre l’agitation de l’hôpital et le calme du monastère, les chambres des patients et la leur, où elles reprenaient leurs forces, et où maintenant ceux qui y séjournent peuvent se recentrer.

La première installation est empreinte de beauté et de délicatesse. Une chaise berçante blanche, «comme une présence bienveillante», note Geneviève Lebel, a été pourvue d’un toit et abrite un nid. Au creux de celui-ci, un Sacré-Cœur, et autour, des branches d’olivier, comme sur les armoiries des Augustines.

Un des sacré-coeurs de la portion <em>La chambre de jour</em>

Une fenêtre de lumière se déplace au mur en suivant un arc de cercle, comme la trajectoire du soleil. Au sol, des fleurs de papier et de dentelle. Celles qui ont été fabriquées par les Augustines, qui les laissaient au chevet des malades en hiver, sont placées sous des cloches de verre.

«Après une journée à s’occuper des patients, elles créaient encore de la beauté, pour faire du bien», glisse l’artiste, touchée par leur dévouement et leur capacité à sublimer l’ordinaire. Certaines de leurs fleurs, placées dans des fioles, des rouleaux de gaze ou encore une pièce de gramophone, ont plus de 100 ans.

Un des sacré-coeurs de la portion <em>La chambre de jour</em>

De nouvelles fleurs ont été façonnées par l’artiste, à partir de correspondances, de partitions musicales et de recettes d’apothicaire. Des archives des Augustines et des nombreux trésors d’ingéniosité que renferme leur réserve, elle a retenu les matières de l’intime, du quotidien et des soins.

Autour d’un petit bureau de bois et d’une chaise, des déclinaisons du Sacré-Cœur, qui traverse l’exposition, nous invitent à nous diriger vers La chambre de nuit.

Geneviève Lebel a créé des reliquats à partir de toutes sortes de matières.

«Dans l’image du Sacré-Cœur, il y a un équilibre entre la douleur et la beauté. C’est souvent un cœur blessé, enflammé ou ensanglanté, mais qui continue d’irradier», indique Geneviève Lebel.

En puisant dans l’iconographie religieuse, mais aussi dans le patrimoine matériel de la médecine et des sciences, l’artiste bricole des objets sensibles, évocateurs, qui conjuguent les référents. Ses œuvres résonnent à côté des objets anciens, créant un pont entre les époques.

Un des sacré-coeurs de la portion <em>La chambre de nuit</em>

Contact avec le grandiose

Enfant, Geneviève Lebel se souvient d’être allée à l’église. «C’était mon premier musée, mon premier contact avec le grandiose». À 40 ans, certaines images fortes comme saint Augustin qui semble avoir attrapé un cœur au vol, comme une comète, la marquent toujours.

En entrant dans la pièce peinte en noir, elle explique : «Je voulais faire un ciel étoilé, mais constellé de cœurs rayonnants.»

Vue de l’installation <em>La chambre de nuit</em>, où un lit placé à la vertical évoque un portail

Sur des tiroirs posés au mur, comme un escalier, des globes de lampes à l’huile évoquent les Veilleuses, celles qui veillaient la nuit sur les malades. Une petite lumière de Noël rouge côtoie un cœur hérissé d’allumettes.

En sourdine, à travers les haut-parleurs de l’espace d’exposition, on entend les sœurs augustines chanter. «Lorsqu’on séjourne au Monastère, c’est un son qu’on entend souvent», note Geneviève Lebel, qui y a passé trois jours en résidence en octobre.

Des artefacts de la collection du Musée des Augustines, ici un crucifix et des clés de cloître, ont été intégré à l’exposition

Dans les réserves muséales, elle a puisé des ciseaux, des emporte-pièces, des outils de dentisterie, des clés et des marteaux de piano, pour créer des rayons autour des cœurs. Avec tout ce qu’elle a pu trouver dans son atelier et son logement de Limoilou, la ramasseuse a créé des cœurs de pellicule filmique (les sœurs, apparemment, se filmaient souvent), des patrons de vêtement, des morceaux de casse-tête, et même des cheveux, une matière que les religieuses utilisaient elles-mêmes pour broder des ouvrages qui suscitent l’étonnement aujourd’hui.

Un des sacré-coeurs de la portion <em>La chambre de nuit</em>

«Elles étaient un peu excentriques dans leur rapport à la matière et le travail de Geneviève est un bel écho à ça», souligne Catherine-Ève Gadoury, commissaire de l’exposition.

Au centre de la salle sombre, l’artiste a placé un lit de fer forgé à la verticale, qui s’ouvre comme un portail et donne à ce meuble où l’on passe du jour à la nuit, du sommeil à l’éveil, une dimension mystique.

Un des Sacré-Coeurs de la portion <em>La chambre de nuit</em>

L’exposition sera accessible jusqu’en janvier 2022, à l’achat d’un droit d’entrée du Musée du Monastère des Augustines (77, rue des Remparts, Québec). Info : www.monastere.ca