La vie d'Henri (Yvan Attal) va changer lorsque le chien Stupide fait irruption dans sa vie.
La vie d'Henri (Yvan Attal) va changer lorsque le chien Stupide fait irruption dans sa vie.

Mon chien Stupide: du mordant et des beaux malaises *** 1/2 [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Certaines adaptations sont plus risquées que d’autres — comme Mon chien Stupide de John Fante. Mais Yvan Attal s’est approprié l’œuvre de l’auteur américain pour la transposer et la mettre à sa main en puisant dans sa propre vie familiale. En résulte une comédie dramatique avec du mordant, moins noire que l’originale, et de beaux malaises. Un film extrêmement attachant malgré ses (gros) défauts.

Il s’agit de la cinquième fois qu’Attal dirige Charlotte Gainsbourg. Mais Mon chien Stupide s’inscrit plus logiquement comme le prolongement de Ma femme est une actrice (2001) et Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants (2003), qu’il avait scénarisés en fiction autobiographique.

Or, ce film mesure justement l’usure d’un couple qui, à la mi-cinquantaine et quatre enfants plus tard, acceptent mal d’être passés à côté de leur vie (croient-ils).

Problèmes de bourgeois, certes, d’autant que leurs caractéristiques, lui l’auteur en panne d’inspiration qui blâme les siens pour ses insuccès, elle en femme qui a renoncé à sa carrière et picole, relèvent du cliché. Sans parler des adulescents beaucoup trop unidimensionnels. Bref, le modèle usé de la famille dysfonctionnelle.

N’empêche. Le refus du politiquement correct et une justesse dans le ton permettent de saisir ce malaise existentiel par l’entremise de Stupide — c’est le nom qu’Henri Mohen (Attal) donne au chien qu’il a trouvé dans son jardin. La bête est énorme, baveuse, «pédé, obsédée et insatiable». Elle symbolise surtout le mal de vivre de l’auteur, qui va chercher à faire le vide autour de lui.

Parce qu’Henri, après l’immense succès de son premier roman, n’a plus rien publié de valable. Ce «paresseux, arrogant et égocentrique» en rejette la faute sur les autres, écrasant au passage ses enfants avec son statut d’auteur (qui, en retour, lui siphonne de l’argent sans remords). Surtout, il porte peu attention aux désirs de sa femme Cécile (Gainsbourg). D’où le goût immodéré pour la bouteille de celle-ci.

<em>Mon chien Stupide</em> est affaire de famille: Yvan Attal et Charlotte Gainsbourg, couple à la ville et dans le film, sont accompagnés de leur fils Ben.

«Quand un écrivain vient à naître dans une famille, toute la famille est foutue», fait-il dire à un auteur. Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître qu’il s’avère un «piètre mari et mauvais père».

Ajouter à ça une attitude de désabusé cynique… Alors qu’il aurait tout pour nous tomber sur les nerfs, Attal réussit pourtant à laisser transparaître son humanité et ses sentiments.

Car ce qui commence comme une comédie grinçante va, peu à peu, glisser dans le drame psychologique puis sentimental. Or, cette transition s’effectue en douceur, d’une loupe grossissante à une vision beaucoup plus réaliste des failles de l’homme.

Attal sait y faire, comme en témoignent plusieurs plans-séquences parfaitement maîtrisés. Vrai qu’il peut compter sur leur brio respectif d’acteurs — ils sont d’un naturel fou.

Le réalisateur a aussi marqué le coup en confiant pour une troisième fois la trame sonore à Brad Mehldau (après Ma femme… et Ils se marièrent...). Le virtuose met ici son talent de façon discrète au service du récit. Sa réinterprétation pour piano de Paranoid Android de Radiohead s’avère remarquable, tout comme sa version avec orchestre à cordes. Sans parler de son travail sur And I Love Her des Beatles.

Belle attention, Mon chien Stupide est dédié au regretté Claude Berri (Jean de Florette / Manon des sources) qui a voulu, il y a 20 ans, adapter le roman.

Mon chien stupide est présenté en vidéo sur demande.

Au générique

Cote : *** 1/2
Titre : Mon chien Stupide
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Yvan Attal
Acteurs : Yvan Attal, Charlotte Gainsbourg, Eric Ruf
Durée : 1h46