Dans le laboratoire P.O.R.N., présenté au Mois Multi 2018, Christian Lapointe et Nadia Ross proposent une réflexion sur la façon dont la pornoculture s’immisce dans notre quotidien.

Mois Multi: le monde est devenu porno

Foodporn, shoeporn, toolporn… Tout ce qui se consomme semble devenu pornographique. Les images qui apparaissent sur nos écrans sont truffées de mécanismes pour attiser les désirs, sans jamais réellement les combler. Nadia Ross et Christian Lapointe proposent de réfléchir à la manière dont la pornoculture s’infiltre dans notre quotidien avec P.O.R.N. Portrait of Restless Narcissism, un laboratoire présenté au Mois Multi.

Les deux artistes se sont rencontrés en 2016, alors qu’ils étaient finalistes pour le prix Siminovitch, la plus prestigieuse récompense en théâtre au Canada. Il a fondé le théâtre Péril et assure la direction artistique du théâtre Blanc, alors qu’elle a fondé et dirige le STO Union, une compagnie vouée à la création d’œuvres scéniques qui allient théâtre et performance. Il travaille à Montréal et Québec, elle habite à Wakefield, près de la frontière qui sépare le Québec et l’Ontario. Tous deux ont présenté leurs créations sur la scène internationale. Ce sont des indomptables, des objecteurs de conscience, dont les pratiques, souvent expérimentales, remettent constamment en question les mécanismes de la représentation.

«Christian est quelqu’un qui joue continuellement, tout comme moi. La connexion a été instantanée», raconte Nadia Ross, qui parle de son partenaire de création comme d’un volcan, qui a un million d’idées à la minute. «Nous nous sommes mis à discuter des mécanismes de la porno, de comment ça affecte presque chaque minute de nos vies. Nous étions à Ottawa, qui est pour moi un spectacle perpétuel, où on ne sait jamais vraiment si ce qu’on voit est réel ou non.»

Culture pop
La pornoculture serait devenue une culture pop, selon Christian Lapointe. «Même la manière qu’on a de nous vendre des voyages dans le Sud, où on va aller chercher un bonheur factice à rabais dans une dictature autoritaire, emprunte aux mécanismes de la porno», plaide-t-il. La façon dont on nous présente le marché du travail, les soins corporels, les relations amoureuses, les voyages ou tout autre aspect de la vie humaine est faussée et créé, à l’usure, un profond sentiment d’insatisfaction chez l’humain connecté.

Christian Lapointe

Les relations humaines, à travers les outils de communication que l’on utilise, s’apparentent de plus en plus à des transactions. La quasi-totalité de P.O.R.N. est donc articulée autour d’un échange écrit, d’une rencontre, sur Internet. Échange — en anglais— que le spectateur pourra lire en direct. «Lorsque tu échanges avec quelqu’un que tu ne connais pas sur Internet, si c’est en anglais, il y a plus de chances que tu sois en fait en train d’échanger avec un programme. Pour moi, c’est la langue de la transaction», explique Lapointe.

Isolés
Les médias sociaux, tout en nous connectant, nous isolent en nous éloignant du monde réel, charnel. À cause des différents médias qui seront utilisés dans P.O.R.N., on devrait avoir un peu l’impression que les deux créateurs sont sur scène sans jamais y être vraiment.

Nadia Ross

Les jouets de plastique utilisés pour le visuel du spectacle sont en fait des avatars de nos deux protagonistes. «Christian est venu dans nos studios, situés dans une école abandonnée. Il a vu les marionnettes que j’avais utilisées dans un autre projet et on a décidé de les utiliser», raconte Nadia Ross, qui avait demandé à des membres de la petite communauté où est ancrée sa compagnie de se fabriquer des alter ego. Le créateur de Québec y a vu une occasion de poursuivre son travail sur les jeux d’échelle, amorcé dans les mises en scène de Pélléas et Mélisande et de Dans la république du bonheur.

P.O.R.N. Portrait of Restless Narcissism sera présenté le vendredi 23 février à 20h à l’auditorium Roland-Arpin du Musée de la civilisation. Entrée 10$ (8$ pour les 30 ans et moins). Le laboratoire d’environ 50 minutes sera présenté en anglais, sans surtitres et s’adresse à un public de 18 ans et plus. Il sera aussi présenté au théâtre La Chapelle, à Montréal, du 9 au 11 mars.

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TROIS AUTRES SPECTACLES À VOIR AU MOIS MULTI

  1. Con grazia, 7 et 8 février 20h, salle Multi, «une ode à l’agonie du monde matériel»
  2. Super Super, 8 février 19h et 9 février 20h, studio d’essai de Méduse, «une partition gestuelle où le code numérique devient poésie»
  3. On entend lire jusqu’au bout..., lecture en continu du roman Le plongeur, 17 février 18h, Tam Tam café

Info : moismulti.org