Laurence Hélie se réinvente sous le nom de Mirabelle.
Laurence Hélie se réinvente sous le nom de Mirabelle.

Mirabelle : Table rase

On l’a connue guitare à la main, chantant en français des airs country-folk sous son véritable nom, Laurence Hélie. Après quelques années de silence, la revoici entourée de synthétiseurs, rebaptisée Mirabelle, forgeant en anglais une élégante pop alternative. La musicienne avait besoin de faire table rase avant de repartir. La voilà servie.

Ce premier album de Mirabelle s’intitule Late Bloomer, qu’on pourrait traduire littéralement par «floraison tardive». Au sens figuré, l’expression décrit aussi ces gens qui trouvent leur voie ou leur vocation plus tard que la moyenne des ours. L’autrice-compositrice-interprète native de la Beauce endosse l’étiquette sans hésiter.

«Dans 10 ans, j’aurai peut-être un autre discours, lance-t-elle d’une voix enjouée. Mais je trouvais ça drôle. Ça m’a pris tellement de temps pour arriver à cet album-là. J’ai mis du temps à me faire confiance, à m’assumer, à aller au bout de mes idées et à la prendre, ma place. Il y a des gens qui font ça à 17 ans. Pour moi, c’était ça l’idée derrière Late Bloomer. Ça m’aura pris du temps, mais je pense que je suis arrivée où je devais être.»

«Une écœurantite»

Bien des choses ont changé depuis la parution du deuxième album de Laurence Hélie, À présent le passé, en 2013. Mirabelle n’arrive pas à mettre le doigt précisément sur ce qui a provoqué la remise en question qu’elle a vécue. Musicalement, le cœur n’y était plus.

«On dirait que j’ai comme frappé un mur, résume-t-elle. J’ai l’impression d’avoir fait une sorte de dépression musicale. Je ne connectais plus et pour moi, c’est très important. Je ne peux pas faire de la musique en faisant semblant. J’ai fait une écœurantite. J’avais besoin d’une coupure franche. Je ne renie absolument pas le passé. Mais j’avais besoin de me donner le droit de tout faire et de repartir à zéro.»

Pendant un moment, elle dit avoir abandonné son projet artistique. Quand elle a repris sa guitare pour composer, elle l’a fait sans attentes. Elle a voulu créer pour son propre plaisir, pour retrouver ce lien qu’elle chérissait avec la musique. Elle évoque les premières chansons «plus fâchées» qui lui sont venues. De fil en aiguille, elle en est arrivée aux sonorités généralement douces — mais qui ne boudent pas quelques élans plus abrasifs — de Late Bloomer. Son album est traversé de clins d’œil sonores aux années 90, elle qui a grandi en écoutant The Cranberries, Nirvana, Pearl Jam, Portishead, Massive Attack, Blur ou Sonic Youth.

«C’est peut-être de la nostalgie. Mais il y a un confort dans la nostalgie quand les souvenirs sont bons», observe Mirabelle, dont les pièces sont portées par les synthétiseurs de Christophe Lamarche-Ledoux.

«Cet album aurait pu en être un de guitare, c’est avec cet instrument que je compose. Mais j’avais besoin de plus d’espace. Je pense que c’est là que les sonorités nouvelles sont apparues. J’avais besoin de respirer, de laisser la voix prendre sa place», analyse l’autrice-compositrice-interprète, qui a sollicité les services de Warren Spicer (Plants and Animals) pour l'épauler à la réalisation.

«Quand j’ai rencontré Christophe et que j’ai entendu ses synthés, ç’a été un moment eurêka, ajoute-t-elle. C’était exactement ça. Ça me donne plein de place, c’est full beau, ce n’est pas trop propre, ce n’est pas froid. Je trouvais qu’il y avait là quelque chose de très proche de la musique que j’ai en moi, de la manière avec laquelle je compose. Je n’essayais pas d’avoir 16 ans, je n’essayais pas non plus de ressasser les mêmes choses [que par le passé]. J’ai trouvé ça vraiment cool.»

Dans une industrie musicale qui ne roule pas sur l’or, Mirabelle se dit consciente qu’elle ne se donne pas de chances en revenant avec un nouveau nom, une autre langue de création et dans un nouveau style musical. «Quand j’ai rencontré mon label, ils m’ont dit : “tu comprends que tu es en train de te mettre tous les bâtons dans les roues”...» raconte-t-elle. À date, le jeu en a valu la chandelle pour la musicienne.

«C’est la première fois que j’écris tous mes textes moi-même, indique-t-elle. C’est peut-être un peu étrange, parce que cette fois-ci, ils sont en anglais. Ça fait un peu bizarre de changer de nom, de langue et de style de musique pour pouvoir dire : “là, c’est moi”. Je sais que ça sonne fou, mais c’est la vérité.»

Pour le reste, Mirabelle était prête à prendre le risque. «C’est comme ça que je le sens, tranche-t-elle. Advienne que pourra!»