Avec «M.I.L.F.», l’auteure et interprète Marjolaine Beauchamp s’attaque à un mythe tenace en braquant les projecteurs sur le sexe de la mère.

«M.I.L.F.»: crises de mères

CRITIQUE / Avec «M.I.L.F.», qui se déploie ces jours-ci avec fracas au Périscope, l’auteure et interprète Marjolaine Beauchamp et le metteur en scène Pierre Antoine Lafon Simard braquent les projecteurs sur le sexe de la mère. La proposition est frondeuse et ne manque pas d’audace. Elle s’attaque surtout à un mythe tenace dans un spectaculaire exercice de revendication.

M.I.L.F. fait référence à l’expression anglophone «Mothers I’d like to fuck», qu’on pourrait librement traduire par «Mères baisables». Elle implique de facto que toutes les mères ne le sont pas… Et évoque d’un coup le grand tabou entourant la sexualité et la maternité. Si on a fait du chemin dans les dernières décennies, les archétypes de la vierge, de la maman et de la putain ne sont finalement pas si loin.

La prémisse du spectacle produit par le Théâtre du Trillium d’Ottawa est ancrée dans la pornographie : l’actrice Geneviève Dufour, qui n’a manifestement pas froid aux yeux (ni ailleurs, pouvons-nous ajouter), plonge dans le vif du sujet dans une entrée en matière XXX au son de la chanson thème de La Pat’Patrouille. Voilà, le ton est donné. 

S’ensuivront les monologues entrecroisés de trois mères aux réalités et aux perceptions différentes. Pas question de mettre des gants blancs : la poésie de Marjolaine Beauchamp (qui incarne aussi l’un des personnages) est crue et sans détour... Ce qui ne l’empêche pas d’être drôle par moments. Le tout se déploie dans un environnement scénique brut, où la lumière joue un personnage à part entière. Tandis qu’un musicien bricole une trame sonore en direct, les actrices se font techniciennes en organisant elles-mêmes accessoires et pièces d’éclairage… Sauf quand le metteur en scène s’en mêle alors qu’elles s’offrent de leur côté une pause cigarette forte en gueule et bien méritée. 

Ramifications

La thématique sexuelle a été choisie comme fil conducteur de M.I.L.F., mais la pièce ne se résume pas qu’à ça. Parce qu’il n’y a pas de maternité sans sexe et que la maternité a sans doute une influence sur la vie sexuelle (les mères de M.I.L.F. sont par ailleurs célibataires), une multitude de ramifications sont explorées : le corps qui change, la superficialité des applications de rencontre, la confiance qui en prend pour son rhume, l’image qu’on souhaite projeter, les défis quotidiens d’élever un enfant, la pression qui se fait sentir…

Et on en rajoute une couche en abordant la dépression post-partum ou les relations mères-filles qui peuvent souvent être compliquées dans une scène où une maman au bout du rouleau reproche à sa propre maman d’avoir sans doute été au bout du rouleau… 

Rien n’est simple, ici. Et M.I.L.F. ne prétend pas vraiment apporter de réponses. Le spectacle s’impose juste comme un beau gros porte-voix. On ne propose pas de réelle trame narrative, seulement trois discours qui s’entremêlent ou s’entrecoupent jusqu’à faire front commun dans une finale hurlante aux allures de grand défoulement. Oui, c’est libérateur et revendicateur. Mais le texte parlait déjà fort de lui-même. Ce n’est pas nécessaire de nous casser les oreilles en plus...

La pièce M.I.L.F. est présentée au Périscope jusqu’au 1er décembre. Pour un public averti de 16 ans et plus.