Pour célébrer ses 80 ans et son 60e anniversaire de carrière, Michel Louvain a su combler ses admirateurs (surtout ses admiratrices!) mercredi soir à la place D'Youville.

Michel Louvain se laisse parler d'amour

CRITIQUE / Hier, à place D'Youville, les paroles de La Dame en bleue n'étaient plus tout à fait les mêmes. Les festivaliers et festivalières, réunis massivement, entonnaient plutôt: «à cause d'un regard, maintenant plus rien ne nous sépare, je suis amoureux, de Michel Louvain!»
De l'amour, il n'en manquait pas. Sur la scène comme dans la vaste foule, qui s'étendait du Capitole au Palais Montcalm, de la rue d'Auteuil jusqu'à Honoré Mercier - d'ailleurs, le RTC a dû renoncer à faire entrer ses bus dans le secteur. Oui, le public était heureux de célébrer les 80 ans de Michel Louvain. Et il va sans dire que le chanteur était aux anges de passer ce moment particulier en bonne compagnie, précisant toutefois «j'aime mieux dire que j'ai 4 fois 20 ans!»
Michel Louvain avait à peine terminé d'entonner sa première pièce, qu'il se faisait chanter une série de «bonne fête» spontanés - et un peu cacophoniques - sortant de plusieurs secteurs. Ému, il s'est tourné ensuite pour voir qu'on saluait aussi ses 80 ans et ses 60 ans de carrière sur la façade du Palais Montcalm, là où il avait causé sa première émeute, en 1959.
Pas d'émeute, mercredi, mais des admiratrices et admirateurs en communion, échappant des «oh» d'admiration pour les reprises de Platters, des «ah» d'attendrissement pour les titres de Trenet ou même des «yeah» de satisfaction pour un Teddy Bear, d'Elvis. D'autre part, tout ce beau monde ne se faisait pas prier pour chanter et accompagner le fêté, en particulier durant l'incontournable Dame en bleue. C'est d'ailleurs là que notre homme, blagueur, se plaignait que son public soit amoureux de ladite dame plutôt que de lui. Dès lors, la version était changée pour de bon.
Généreux programme
C'est un généreux programme que le vétéran avait concocté, rehaussé par plusieurs invités-surprises, Roch Voisine en tête, durant La Belle vie, qui est aussi revenu pour son classique Hélène. La nouvelle maman, Brigitte Boisjoli s'est pointée pour Je t'aime, tandis que Marie-Ève
Janvier y était pour Que reste-t-il de nos amours?. Paul Daraîche, lui, y est allé du tout premier enregistrement de M. Louvain, Buenas Noches, Mi Amor et Mario Pelchat a proposé sa lecture de Lison. Enfin, Patrick et Ludovick Bourgeois ont pris le micro pour Sylvie, ainsi que pour Tu ne sauras jamais des BB.
Les invités ont apporté une belle diversité et ont parfois permis à M. Louvain de prendre de petites pauses, car tout de même, du haut de ses «4 fois 20 ans», il s'est donné, dansant et sautant, lançant aussi des «jasez entre vous deux minutes pendant que je reprends mon souffle!»
En fin de programme, M. Louvain a eu droit à un ultime bonne fête de la part de tous ses invités, durant lequel Daniel Gélinas, le directeur général du Festival d'été, lui apportait un gâteau. «Si j'en avais eu un plus gros, il y aurait un morceau pour chacun de vous», a dit M. Louvain à l'adresse de ses fans, avant de fermer les livres avec ses complices sur Un certain sourire.
Pendant des années, Michel Louvain a été boudé par le milieu ou tourné au ridicule par certains, sans pour autant perdre son fidèle public. Mercredi, il avait toute la reconnaissance souhaitée: c'est un phénomène unique de la chanson québécoise que les festivaliers étaient venus voir et célébrer le temps d'une soirée fort sympathique.
Gab Paquet : pari gagné
En première partie, Gab Paquet affichait la grande forme. Le chanteur kitsch arborait fièrement sa moustache et sa coupe Longueuil, autant que sa chemise pourpre à paillettes et ses pantalons de cuir noir. Habité, pour ne pas dire possédé par ses chansons romantico-louches, l'artiste de Québec a dansé lascivement, fait son jogging, est descendu à la rencontre de la foule, sans omettre de finir son tour de chant torse nu.
S'il avait des fidèles, une bonne part des spectateurs ne savaient trop quoi penser de cet artiste et de son approche second degré. Qu'importe, Paquet et son orchestre étaient si solides, convaincants et délirants, qu'ils ont fini par gagner tout le monde.