Michel Louvain

Michel Louvain: rendez-vous double

Lorsque vous vous présentez pour une entrevue avec Michel Louvain, il a pris soin de mémoriser votre prénom. Quelques jours après, il vous envoie une carte écrite à la main, avec un timbre décoratif, pour vous remercier. De belles attentions, qu'on devine sincères, et qui font partie d'une routine de vie qu'il dévoue entièrement à son métier et à son public.
Au cours des prochains mois, le chanteur aura deux rendez-vous exceptionnels avec le public de la capitale, d'abord avec l'Orchestre symphonique de Québec, puis au Festival d'été. Deux invitations qui lui ont fait chaud au coeur en cette année où il célèbre ses 60 ans de carrière et soufflera ses 80 bougies.
«Que moi, un chanteur populaire, l'Orchestre symphonique veuille m'accompagner? Wow! Quand on me l'a annoncé, je croyais que c'était une blague», raconte M. Louvain. Il y a pourtant 10 ans que l'idée fait son chemin. Pour ses 50 ans de carrière au centre Bell, le chanteur de charme a donné un spectacle spécial accompagné de 25 musiciens, dont le corniste Joël Brouillette, ancien directeur adjoint aux opérations artistiques de l'OSQ et chargé des concerts pop.
La suite est un peu floue, mais chose certaine, le concert prévu pour un soir seulement a été bonifié de deux supplémentaires, du jamais-vu depuis que l'orchestre invite  des chanteurs populaires. «C'est flatteur pour moi. Je suis au ciel. J'ai hâte au 7 avril! Non, j'ai hâte au 5, quand on va faire la répétition.»
Il faut dire qu'il s'agit d'une première; jamais Louvain ne s'est produit avec un orchestre symphonique. Il a choisi de reprendre sensiblement la même liste de chansons que pour sa tournée 60 ans de bonheur avec vous, qui l'a mené un peu partout au Québec et qui se poursuivra en Abitibi et de supplémentaire en supplémentaire ce printemps.
«C'est le même spectacle, mais avec 55 musiciens au lieu de sept. J'ai très hâte d'entendre les arrangements et de voir ce que vont devenir les chansons», indique le chanteur. Outre quatre ou cinq pièces de son plus récent album, Gentleman Crooner, «il y a tout un segment de musique américaine. J'ai hâte de voir ce que les violonistes vont faire avec ça, parce que ça bouge pas mal, ce n'est pas de la ballade».
Quatre arrangeurs, dont son pianiste et directeur musical Daniel Piché et le chef David Martin, qui dirigera l'OSQ, ont été sollicités. 
Michel Louvain mesure déjà la force de l'engouement pour ce concert. Ses fans lui mentionnent depuis quelque temps qu'ils ont leurs billets. «Des gens du Saguenay ou de Montréal remplissent des autobus. Il y aura des gens de partout», se réjouit M. Louvain. 
Des souvenirs précis
Lorsque Louvain parle de Québec, il l'appelle «son château fort». Son passage comme maître de cérémonie au cabaret Chez Gérard en 1957, sa prestation remarquée au Gala des splendeurs de Radio-Canada au Colisée, où Béatrice Picard avait été couronnée Miss Télévision et où le diffuseur public avait été inondé d'appels pour savoir qui était le jeune homme, coiffé d'un coq à la Elvis, qui avait chanté Buenas noches mi amor... Tout est encore net dans sa mémoire. «Après, ma carrière est partie en flèche et je dois cet élan à Québec», souligne-t-il. 
Chanter à la place D'Youville le 12 juillet, le jour même de son anniversaire, sera également significatif pour lui. «C'est juste en face du Palais Montcalm, où j'ai causé ma première émeute en 1959. Les pompiers avaient dû me sortir de la bâtisse par le toit, avec une échelle», rappelle-t-il. À cette époque, les propriétaires d'hôtels et de restaurants le suppliaient de se tenir loin des fenêtres pour ne pas attirer les hordes de jeunes filles. «J'avoue que ça m'a privé. Je ne pouvais pas me promener sur la rue, je devais toujours avoir des gardes du corps. Un jour, j'ai trouvé ma voiture couverte de messages écrits au rouge à lèvres. Les vitres étaient tellement remplies que j'ai dû la faire remorquer et nettoyer», raconte-t-il.  
Une nouvelle génération
Heureusement, les choses se sont calmées lorsque ses admiratrices sont entrées dans la  trentaine, même si certaines, peu importe leur âge, se bousculent toujours comme des gamines pour obtenir un autographe après les concerts. Il remarque qu'une nouvelle génération, dont les mères et les grand-mères écoutaient ses chansons, assiste à ses spectacles. «Je les taquine, je leur demande s'ils se sont trompés de salle, dit-il. La chose la plus merveilleuse, c'est qu'il y a plus d'hommes qu'avant à mes spectacles. Ils sont moins gênés, ils me disent que je fais partie de leur vie.»
Michel Louvain est aimé du public et il leur rend bien. «Je ne me suis pas enflé la tête, parce que, sinon, je crois que je ne serais pas en train de faire une entrevue avec vous. J'en ai vu passer des artistes qui n'ont pas duré parce qu'ils étaient trop au-dessus de leurs affaires. À l'épicerie ou dans la rue, les gens me parlent et je ne dis jamais que je n'ai pas le temps.»
Il fait «sa dernière grande tournée» le coeur léger. «C'est certain que parfois je suis fatigué. Je ne monte plus les escaliers deux marches à la fois. Mais à tous les soirs, je me couche et je dis merci à Dieu. Après 60 ans, je remplis encore mes salles. J'aimerais être comme Aznavour, avoir 94 ans et chanter encore.»
Le concert Michel Louvain et l'OSQ est présenté le vendredi 7 avril à 20h, ainsi que les samedi 8 avril et dimanche 9 avril à 14h. Jeudi, il ne restait que quelques billets, très haut dans les loges ou au fond du balcon.
Michel Louvain en questions
Q Un disque qui vous rappelle votre enfance?
R Celui où on trouve La mer de Charles Trenet, c'était le chanteur de ma mère, elle le faisait toujours jouer avant que nous allions à l'école.
Q La musique que vous écoutez maintenant?
R De la musique douce, où personne ne chante. Il faut que ce soit calme. Quand je me lève un matin, je pèse sur un bouton et il y a de la musique dans toutes les pièces de ma maison.
Q La chanson qui vous fait pleurer?
R Un certain sourire. J'essaie de ne pas pleurer quand je la chante. C'était la chanson préférée de ma mère et quand je lui ai chantée en direct à la télévision, elle est tombée dans mes bras, elle est tombée dans le coma et elle est morte huit ans après, sans jamais revenir à elle. Je n'oublierai jamais ça.
Q La chanson qui vous rend heureux?
R La dame en bleu. Elle a 40 ans cette année. Beaucoup de chansons me rendent heureux. Quand je chante C'est beau la vie de Jean Ferrat, c'est là que je vois que la vie est belle. Il faut vivre.
Q La chanson que vous auriez aimé chanter?
R Une chanson de Piaf, L'hymne à l'amour, mais c'est une femme qui doit la chanter. Je revois Édith Piaf qui la chantait lorsqu'elle était très malade. Je l'ai souvent dans la tête et la musique joue souvent chez moi.
Q La dernière chanson que vous voudriez chanter?
R Je ne sais pas... (un temps) Je n'en ai vraiment aucune idée. Je crois que ça veut dire que je ne suis pas près d'arrêter de chanter.