«On vit dans une société malade qui nous rend malades de nous-mêmes», estime le réalisateur Michel Jetté.

Michel Jetté s'intéresse à la pression au travail dans «Burn Out»

Après avoir vu beaucoup de monde autour de lui se tuer au travail et tomber comme des mouches, Michel Jetté a eu l’idée d’aller voir ce qui se cachait derrière cette frénésie à en faire toujours et encore plus au bureau. De cette réflexion est né «Burn Out ou la servitude volontaire», qui se situe à des années-lumière de ses deux premiers films portant sur l’univers des motards criminalisés, «Hochelaga» et «Histoire de pen», lancés au début des années 2000.

«À un certain moment, il y a quelques années, il y avait une véritable hécatombe dans mon entourage, explique le réalisateur en entrevue téléphonique. Les gens tombaient carrément en burn-out, certains en dépression profonde. D’autres ont fait des tentatives de suicide. Je me posais de sérieuses questions.»

Délaissant le récit linéaire de ses premières productions pour une facture éclatée, Jetté suit le parcours du combattant d’un couple de banlieue, formé de Michelle (Jézabel Drolet) et Louis (Emmanuel Auger), qui est à deux doigts de craquer.

Le film suit un couple de banlieue (Emmanuel Auger et Jézabel Drolet), qui est à deux doigts de craquer alors qu’au boulot, il faut en faire toujours plus, toujours plus vite.

Après avoir accepté un poste de direction dans une institution bancaire, madame doit composer avec une pression de plus en plus intenable, au point d’en faire des cauchemars la nuit. Monsieur, lui, court à droite et à gauche, toujours la langue à terre, afin d’éteindre les feux à titre de technicien en télécommunications. Son patron peut même le suivre à la trace avec un GPS installé dans son ordinateur.


« L’univers du travail est devenu pathogène et met énormément de pression sur les employés et les cadres »
Michel Jetté

«On vit dans une société malade qui nous rend malades de nous-mêmes. L’univers du travail est devenu pathogène et met énormément de pression sur les employés et les cadres, analyse Jetté. En même temps, c’est aussi une danse à deux. Pour embarquer dans le processus, quelque part il faut s’y soumettre.»

D’où l’allusion à la servitude volontaire, expression empruntée à Étienne de La Boétie, écrivain du milieu du XVIe siècle, dont des extraits de textes ponctuent régulièrement le film. «Même si ç’a été écrit au Moyen-Âge, ça reste pertinent. Comme quoi, il n’y a pas grand-chose qui a changé…»

Expression virile
Le burn-out, poursuit le réalisateur, est aussi un terme galvaudé, à notre époque de néolibéralisme, où la performance fait foi de tout. «C’est un mot qui porte une certaine virilité, soutient Jetté. On dit “je me suis brûlé, je me suis épuisé”, comme un guerrier qui est monté au front et qui revient magané.»

Qualifiant dans son film les membres de sa génération de «pissous et de névrosés», Jetté croit qu’une grande partie de nos comportements «sont générés par une certaine angoisse et insécurité». Le burn-out trouve alors son essence dans une fuite face à soi-même. «On n’accepte pas de se voir tel qu’on est.»

Pour son film indépendant, tourné avec peu de moyens, le cinéaste montréalais a de nouveau fait appel à ses amis comédiens, Emmanuel Auger et Paul Dion en tête. «Je compare ça souvent à une troupe de théâtre formée de vieux compagnons de route qui prennent toujours plaisir à travailler ensemble. On se supporte dans les bons comme dans les mauvais moments. La dernière année de tournage a été difficile, mais il n’était pas question de lâcher.»