À titre de producteur et de promoteur de spectacles, Michel Brazeau a orchestré la venue à Québec de plusieurs artistes internationaux.

Michel Brazeau, l’audace d’un promoteur

Le producteur de spectacles Michel Brazeau, décédé la semaine dernière à l’âge de 62 ans, à la suite de complications liées à l’épilepsie, laisse le souvenir d’un passionné dont le travail acharné a permis la venue à Québec d’un grand nombre de vedettes de la scène musicale internationale.

«Sans son audace, il n’y aurait pas eu la moitié des shows qu’on a connus à Québec. Il s’est vraiment fendu en quatre», confie le relationniste Jean Brouillard, qui l’a connu à l’âge de 17 ans. 

Michel Brazeau a été l’instigateur du passage dans la capitale d’une liste impressionnante d’artistes, à commencer par Elton John, qu’il a attiré au Colisée au début des années 80.

Le disparu a été aussi l’organisateur de plusieurs spectacles du groupe chéri des fans de heavy metal de la capitale, Metallica, depuis sa première prestation à la salle Albert-Rousseau, en 1985, jusqu’au programme double au Colisée en 2009. Il avait aussi contribué faire venir Iron Maiden à de multiples reprises.

Bob Dylan, Céline Dion, les Rolling Stones, Kiss, les Backstreet Boys, Sting, Def Leppard, Bon Jovi, Julio Iglesias, Rush, Yes, Francis Cabrel, Glass Tiger, Johnny Cash, Tangarine Dream, Rod Stewart, Supertramp, Styx, Bon Jovi, Roger Waters, Stevie Wonder, Julian Lennon, Billy Idol, autant de noms qui sont débarqués à Québec à son invitation.

Le producteur avait aussi organisé tous les spectacles de Leonard Cohen. À l’annonce de la mort du célèbre chanteur, il y a deux ans, il avait rappelé une anecdote de son premier spectacle au Grand Théâtre dans les années 80. Stressé avant de monter sur scène, Cohen l’avait fait venir dans sa loge et, ensemble, ils avaient enfilé les shooters de tequila…

Le disparu était un proche de David Bowie. Le défunt chanteur s’était même rendu prendre un verre à sa résidence de la rue Murray, lors de son passage à Québec en 1983. Il y a trois ans, Brazeau rappelait au Soleil, à l’occasion de la fermeture du Colisée, que l’artiste avait réclamé un plat de sushis avant l’un des spectacles, une demande inédite pour l’époque.

«Des restaurants de sushis à Québec, ça n’existait pas», avait déclaré le promoteur, se disant prêt à faire venir un chef de Montréal. Finalement, Bowie a fait savoir que ce n’était pas vraiment nécessaire et qu’il s’accommoderait d’un filet de poisson…

La partie n’a pas toujours été facile pour lui. En 1986, il confiait au Soleil la difficulté à vendre des billets dans la capitale, dans la foulée de l’annulation du spectacle de Black Sabbath.

«Québec a toujours été une ville un peu difficile par rapport au reste de l’Amérique. On n’est plus capable de créer un événement autour d’un spectacle comme il y a quelques années. Les gens semblent si blasés qu’il n’y a plus grand-chose qui les excite.»

Un «grand petit homme»

Michel Brazeau avait été hospitalisé le 6 mai, à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, en raison d’une crise d’épilepsie, maladie dont il souffrait depuis quelques années, a indiqué sa sœur Lisa, jointe lundi par Le Soleil. Des complications ont contribué à son décès, quatre jours plus tard.

Sa sœur conserve le souvenir d’un «grand petit homme» totalement dévoué aux siens et à son travail. «C’était une personne très intelligente, dédiée à son travail et à sa famille, quelqu’un de chaleureux qui aimait beaucoup rire. Il avait aussi une passion pour la cuisine et la lecture. Tout ce qu’il entreprenait était de grande envergure.»

Un mentor

Copropriétaire de L’Anti et à la tête de la compagnie District 7, Karl-Emmanuel Picard qualifie le disparu de «mentor». Il l’avait connu jeune adolescent, alors que son père était traiteur pour ses spectacles.

«C’était la référence à Québec. J’étais vraiment impressionné. Je voulais être comme lui et présenter des shows au Colisée.  À 12 ans, je collais des posters de ses spectacles sur les poteaux. Je me souviens d’un show privé des Foo Fighters qu’il avait organisé au Palladium [en 2000]. C’est lui le premier qui a organisé un spectacle d’Iron Maiden dans un aréna en Amérique du Nord.»

Les deux hommes se sont parlé pour la dernière fois il y a quelques semaines, afin de tâter le terrain en vue de la présentation de spectacles au stade de baseball du parc Victoria. 

«Il a pris de gros risques pendant sa carrière, mais il a réussi ses paris. Il était davantage dans la passion que dans la business, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.»

Devant le tribunal

Michel Brazeau avait défrayé les manchettes judiciaires, en 2010, alors qu’il avait été condamné à deux reprises en moins d’un an pour conduite avec les facultés affaiblies. Il avait écopé d’une peine de 40 jours de prison. Devant le tribunal, à la suite de sa première offense, il avait indiqué avoir entrepris une thérapie pour venir à bout de sa consommation excessive d’alcool, déplorant au passage le «cirque médiatique» qui avait entouré ses démêlés avec la justice.

Il laisse dans le deuil sa fille Jessie, sa petite-fille Léanne, sa mère Claire Brazeau, sa sœur Lisa et son frère David. Une «célébration de vie» aura lieu à une date qui reste à déterminer.