Patrice Michaud, même en sortant de sa zone de confort, sait comment manier le rythme, les tons et les ambiances pour gagner ses fans, un à un.

Michaud 3.0

CRITIQUE / «Michaud 3.0» : l'expression est de Patrice Michaud lui-même, qui l'a utilisée pour décrire ses «aptitudes» nouvellement acquises en déhanchement. Mais le vocable sied bien à l'ensemble de son nouveau spectacle, issu de son album Almanach. On y fait connaissance avec un Patrice Michaud différent, qui trempe sa folk dans un rock assumé et un groove dansant.
L'auteur-compositeur-interprète originaire de Cap-Chat a d'ailleurs rompu avec sa volubilité habituelle en enfilant tout de go l'accrocheuse Kamikaze, qui roule à fond à la radio, la sautillante Cherry Blossom, et la plus tendre La saison des pluies. Ce silence, c'était un défi lancé par son collègue à la mise en scène, Yann Perreau. 
Voilà, le pari est gagné. C'était mal connaître Patrice Michaud que de penser qu'il allait laisser sa réputée verve de conteur au vestiaire. Il s'est empressé de mettre le public de la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre dans sa petite poche en confiant avoir l'impression de jouer à la maison, lui qui a habité 8 ans dans la capitale (et travaillé au Jardin mobile!). Puis il s'est lancé dans un joli tricotage autour des premiers slows, livrant au passage sa version toute personnelle (et en français!) de Stop, de Sam Brown. 
Hommage aux années 50
Une occasion aussi de rendre un hommage aux années 50, où il était coutume pour les Baronets et autres Classels de reprendre les succès anglophones en français. Et Michaud et ses musiciens d'apparaître dans un éclair lumineux avec des vestons dorés chatoyants, survoltant la foule (moitié des habitués, moitié des néophytes) avec Je cours après Marie
Retour en douceur après l'entracte, alors que le chanteur s'est permis encore une petite nouveauté, un duo piano-voix sur Les terres de la Couronne. Un dépouillement qui a mis en valeur sa voix chaude et légèrement éraillée, empreinte d'une fragilité qu'on lui connaît moins. 
Michaud, flanqué de ses ailiers guitaristes (Simon Pednault et Mark Hébert), appuyé par Marc Chartrain à la batterie et Guillaume Rochon aux claviers, a repris le rythme pour retourner dans des ambiances rock plus lourdes avec Apocalypse Wow. Il s'est ensuite permis quelques hymnes plus connus; son public n'allait certainement pas le laisser partir sans obtenir Mécaniques générales!   
Ce n'était pas un pari gagné d'avance que de consacrer la majeure partie de son spectacle aux nouvelles chansons. Mais Patrice Michaud, même en sortant de sa zone de confort, sait comment manier le rythme, les tons et les ambiances pour gagner ses fans, un à un. 
Patrice Michaud sera de retour jeudi soir au Grand Théâtre (complet), le 19 octobre à L'Anglicane de Lévis, et le 23 mars à L'Impérial Bell.