«Je rencontre beaucoup de gens dans la rue qui sont surpris de me voir ici», remarque le comédien Michael Mando, natif de Québec.
«Je rencontre beaucoup de gens dans la rue qui sont surpris de me voir ici», remarque le comédien Michael Mando, natif de Québec.

Michael Mando : Faux gangster, vrai Québécois

Lorsqu’il prête ses traits au personnage de Nacho Varga dans Better Call Saul, populaire série dérivée de Breaking Bad, Michael Mando semble tout à fait à sa place à frayer avec les cartels de drogue dans le désert du Nouveau-Mexique. D’aucuns ont de quoi être étonnés d’apprendre que l’acteur et désormais chanteur (lire plus bas) a passé ses premiers hivers les pieds dans la neige de Québec. Voilà un fait que le principal intéressé voudrait faire connaître davantage.

«Une chose qui me rend un petit peu triste, c’est que la majorité des Canadiens et des Québécois ne savent pas que je viens d’ici, confirme-t-il. Quand je reviens, je rencontre beaucoup de gens dans la rue qui sont surpris de me voir ici. J’aimerais faire plus de projets québécois...»

Mando confie se sentir chez lui chaque fois qu’il retourne dans son coin de pays, lui qui passe beaucoup de temps à tourner dans le Sud des États-Unis. «Ça me manque de vivre les saisons, d’être entouré de Canadiens et de la langue française», note l’acteur, qui apprécie le côté plus paisible de la vie chez nous.

«J’ai eu un appartement au Nouveau-Mexique et chaque deux ou trois week-ends, j’entendais des fusillades, reprend-il. C’était quand même assez intense. On réalise que c’est triste la situation dans certains coins. On réalise aussi à quel point on est chanceux au Canada.»

Michael Mando dans Better Call Saul.

Parcours atypique

Nous avons parlé à Michael Mando cette semaine, au lendemain de la diffusion sur AMC du dernier épisode de la cinquième saison de Better Call Saul, où son Nacho se trouvait dans de sales draps. L’acteur se réjouissait des échos qu’il entendait à ce propos. «Les gens aiment le personnage, ils ont tous peur pour lui», a observé celui qui a eu un parcours pour le moins atypique avant de se joindre à la très suivie franchise Breaking Bad : petite enfance dans la capitale, puis quelque temps dans la métropole avant de passer plusieurs années sur le continent africain, où son père faisait du commerce. De retour au Canada à l’adolescence, Mando a butiné dans quelques programmes d’étude avant d’avoir le coup de foudre pour le théâtre.

Pour reprendre son expression, l’acteur a eu son «break international» en incarnant Vaas Montenegro, le vilain du jeu d’Ubisoft Far Cry 3. Cette expérience lui a, nous dit-il, ouvert les portes du plateau de la série canadienne Orphan Black, qui l’a à son tour mené à Hollywood.

Michael Mando s'est notamment fait remarquer en interprétant le vilain du jeu vidéo <em>Far Cry 3</em> d'Ubisoft.

Antépisode

Better Call Saul dérive de la série-culte Breaking Bad, qui suit les tribulations d’un prof de chimie atteint du cancer se lançant, avec la complicité d’un ancien étudiant, dans la production de méthamphétamine. Dans le climat tendu du Nouveau-Mexique, où des cartels gèrent le trafic et ne font pas dans la dentelle, les aventures de Walter White et de Jesse Pinkman ont tenu les fans en haleine pendant cinq saisons.

L’action de Better Call Saul nous amène avant tout ça, sur la trace de Saul Goodman, celui qui deviendra l’avocat magouilleur et beau parleur de White. Michael Mando y campe Nacho Varga, homme de main d’un important trafiquant de drogues. Il se retrouvera pris entre l’arbre et l’écorce quand son patron voudra inclure l’honnête entreprise de son père dans les opérations criminelles du cartel. S’ensuivra tout un double-jeu pour tenter de sauver sa peau et celle de son paternel.

Les fans de Breaking Bad ont retrouvé dans cet antépisode plusieurs personnages qui croiseront plus tard la route de Walter White. Ce n’est pas le cas de Nacho, qui n’apparaît pas dans la série originale. La sixième et dernière saison de Better Call Saul, qui n’a pas encore été tournée, nous dira s’il a réussi à quitter ce milieu interlope ou s’il a passé l’arme à gauche. Michael Mando lui-même ignore quel destin les auteurs réservent à son personnage.

«C’est une situation très excitante pour un acteur. L’angoisse est au maximum. J’ai vraiment hâte à la saison prochaine», s’enthousiasme celui qui n’avait «aucune idée» de l’importance que prendrait Nacho quand il s’est joint à la distribution. Selon ses dires, il devait jouer «le méchant» de la première saison, avant que les auteurs ne choisissent de miser sur la rivalité entre deux autres protagonistes.

«C’est un personnage qui s’est développé doucement dans la série, décrit-il. Il arrivait au début, puis il pouvait partir pendant cinq ou six épisodes. La chose dont je suis le plus fier, c’est qu’il est devenu iconoclaste. C’est vraiment ce qui m’intéresse le plus. On a commencé en pensant qu’il serait une personne du cartel avec les mêmes intérêts que le cartel. Finalement, il en est devenu l’antithèse. Il est prêt à rejeter l’argent, l’influence, le pouvoir afin de sauver la vie de son père et de sortir du cartel. Il commence comme un gangster typique et il finit comme un héros classique.»

La série Breaking Bad, les quatre premières saisons de Better Call Saul et le film El Camino (qui apporte une conclusion à la saga) sont en ligne sur Netflix.

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OSER LE SAUT EN CHANSON

Michael Mando écrit des chansons depuis longtemps. Il avance en avoir signé quelque 200 au fil du temps, sans jamais penser les rendre publiques. La maladie de son paternel, qui a reçu un diagnostic de cancer l’an dernier, l’a persuadé de plonger : un premier titre pop R&B, The Wild One, a été mis en ligne tout récemment. Un minialbum suivra prochainement. 

«Dans Better Call Saul, j’étais en train de jouer un personnage qui voulait sauver la vie de son père, relate-t-il. Cette combinaison a été tellement intense. Quand j’étais au Nouveau-Mexique, je sentais le besoin de prendre de longues marches après les tournages. Un jour, j’ai vu des musiciens de rue à Albuquerque et j’ai eu envie d’aller chanter avec eux. […] Quand je suis rentré à la maison cette nuit-là, je me sentais beaucoup mieux. J’ai décidé à ce moment-là que j’allais sortir de la musique.»

Parce que le monde est petit sur la scène hollywoodienne, Michael Mando raconte avoir auparavant eu l’occasion de croiser Michael «Fish» Herring, qui a été le guitariste de Prince, ainsi que le réalisateur Val Garay, lauréat d’un Grammy pour la pièce Bette Davis Eyes de Kim Carnes. Tous deux l’ont encouragé à se lancer, mais il ne se sentait pas prêt. 

Une fois décidé, l’acteur devenu chanteur a tenu à immortaliser ses premières chansons à Montréal. Au Studio Piccolo, il s’est notamment entouré des musiciens de tournée de Céline Dion. «J’ai commencé ma carrière de théâtre et de cinéma à Montréal, explique-t-il. J’avais envie de faire la même chose pour la musique pour que plus tard, je puisse dire que j’ai commencé chez moi.»  Geneviève Bouchard