Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau interprètent deux sœurs aux antipodes dans «Merci pour tout».
Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau interprètent deux sœurs aux antipodes dans «Merci pour tout».

Merci pour tout: Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau en chicane

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Le duo aux antipodes est une formule éprouvée, surtout pour les comédies. Le cinéma québécois l’utilise presque tous les étés, avec Louis-José Houde ou Patrick Huard. «Merci pour tout» ne réinvente pas la roue en mariant Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau, deux sœurs qui s’évitent depuis une banale chicane et sont réunies par la mort de leur père. Des rôles qui contrastent fortement avec la complicité qui unit les populaires actrices.

Les éclats de rire fusent, les sourires rayonnent dans cette entrevue croisée — on croit la réalisatrice Louise Archambault lorsqu’elle évoque ses problèmes de discipline sur le plateau. Ce qui devenait un peu plus compliqué pour les scènes dramatiques — l’humour sert à mesurer le gouffre qui sépare les sœurs. Un écart qui se comble petit à petit.

Les actrices et la cinéaste partageaient d’ailleurs la même vision à ce propos. «On n’avait pas envie que ce soit une comédie appuyée avec des gags gras. On avait plutôt envie de travailler l’humanité des personnages, de jouer dans leurs failles et leur vulnérabilité, explique Magalie. [Mais] j’aime la rigueur d’une comédie, la précision. On est toujours un peu sur le qui-vive. Et on sent le rythme réel qu’on a essayé d’apporter. C’est un beau défi comme actrice.»

Qui a demandé un effort supplémentaire pour sa consœur, moins sollicitée pour des comédies. «Il y a eu une petite période d’adaptation. C’est une zone très étroite. Mais quand on est à la bonne place, c’est formidable.»

Dans Merci pour tout, le paternel était un spécialiste des magouilles. Son décès devient une source de péripéties qui entraîne les deux sœurs dans une fuite par en avant. Il y a une parenté avec l’esprit des longs métrages des frères Coen, qui ne renie pas la réalisatrice (voir autre texte) ni ses actrices. «Il y a chez les Coen cet aspect “criminels malgré eux et héros malgré eux”. Il y a un peu de ça dans le film. Ils sont à la remorque des situations.»

Julie Perreault, 43 ans, joue l’aînée Marianne, image de la réussite incarnée jusqu’à ce que le bel échafaudage menace de s’écrouler. Christine, la cadette plus bohème interprétée par Magalie Lépine-Blondeau, 37 ans, se fait une spécialité de gâcher tout ce qui pourrait s’apparenter à du succès ou du bonheur.

Des personnages très campés, au caractère assumé, pas nécessairement proches des actrices. «Je ne l’aborde pas en me demandant quelles sont les similarités. Ça devient un tout. Je la rapproche tellement de moi qu’il y a des choses qui sont très personnelles. Est-ce qu’elle me ressemble? Oui et non. Je l’ai défendue, je la comprends. Je la trouve attachante», explique Julie.

Magalie était ravie de se voir confier un rôle éloigné de ceux habituellement proposés. «Avec une distribution différente, on aurait d’ailleurs pu penser à moi pour le personnage de Julie.»

Les deux sœurs partagent tout de même des choses. «Une certaine lâcheté, même si elle se manifeste différemment, pointe Magalie. Marianne voudrait exercer un contrôle sur toute sa vie, mais elle n’y arrive pas alors que Christine ne veut pas se responsabiliser quant à ses propres rêves et ses amours. Parfois, on se met en échec dans la vie parce qu’on a peur de ses ambitions.»

La complicité qui les unissait avant le tournage s’est donc avérée propice au récit. «Elle n’était pas obligatoire, nuance Julie. Ç’a juste rendu l’ensemble plus agréable. […] Mais il y a des choses qui ne se jouent pas, comme le regard posé sur l’autre. Mais c’est de l’ordre de la subtilité.»

Jusqu’aux Îles

Maquillage discret, blouse fuchsia pour Julie, veston vert pour Magalie, les femmes éprouvent un plaisir manifeste à évoquer le tournage de ce road-movie du temps des Fêtes qui les a conduites jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine. «C’est très rare que les budgets et les saisons permettent de sortir des villes et d’offrir à notre cinématographie des paysages qui appartiennent à notre territoire», souligne Magalie.

Le froid était mordant. «Je vais m’en souvenir de ce tournage à cause de ça. Il y a des références qui deviennent sentimentales», analyse Julie. Mais cet isolement insulaire et hostile correspondait «à ce que vivent les personnages. Elles sont seules dans leur propre vie. Même côte à côte dans une voiture, elles sont prises dans leur solitude. Ça devient une métaphore», estime Magalie.

Aller plus loin

Sans envisager une suite comme celles de Père en flic ou Bon Cop, Bad Cop, Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau adoreraient tourner ensemble à nouveau. Parce qu’elles s’estiment. Mais aussi pour accomplir de plus grandes choses sur le plan professionnel.

«Poursuivre les rencontres approfondit le lien de confiance. Et ça permet, comme interprète, d’aller plus loin. On peut vraiment le faire avec les personnes qu’on aime. Notre outil de travail, c’est notre sensibilité, notre vulnérabilité, la compréhension qu’on a de l’être humain. En étant bien accompagné, ça nous permet d’aller plus loin», croit Julie.

Merci pour tout prend l’affiche le 25 décembre