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Ferdinando Scianna, Lentini, Italie, circa 1960 (détail)
Ferdinando Scianna, Lentini, Italie, circa 1960 (détail)

Mélissa Pilon à VU: emportée par la foule

Josianne Desloges
Collaboration spéciale
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Alors que la perspective d’un bain de foule fait frémir (ou rêver!) en ces temps de pandémie, Mélissa Pilon utilise les vitres des fenêtres du centre d’artistes VU pour déployer trois photographies d’époque où les corps et les visages rassemblés créent des mosaïques frémissantes.

Depuis sa maîtrise aux Pays-Bas en 2013-2014, la jeune femme formée en design graphique collectionne les photographies de foule issues de fonds d’archives.

La première qui l’a happée est devenue la couverture de son livre, le bien-nommé Foules, dont le premier tirage limité s’est envolé et qui renaîtra dans un an ou deux dans une nouvelle édition, grâce à une bourse de VU.

Sa seconde acquisition est devenue le point de départ de sa résidence de recherche à la Chambre blanche, en 2020. «Une foule d’époque, où les gens levaient le pouce en regardant l’appareil, décrit-elle. J’avais l’impression qu’ils me regardaient, moi, aujourd’hui. Ce regard des gens disparus, capables de nous observer à travers le temps, m’avait vraiment attirée.»

Une portion de l’installation <em>Nous sommes le récit </em>dans les fenêtres de VU

Les masses d’humains, surtout en noir et blanc, ressemblent étrangement à une forêt vue des airs, aux vagues ou aux plaines qui ondulent.

Pour couvrir les vitres de VU, elle a d’abord choisi un détail d’une image de Ferdinando Scianna prise en Italie en 1960, où un petit groupe de musiciens habillés de blanc traverse une foule de gens vêtus de vêtements sombres. Puis celle d’un photographe inconnu, prise en Angleterre en 1927, où l’avion de Charles Lindberg crée une masse claire au milieu des curieux.

Une portion de l’installation Nous sommes le récit dans les fenêtres de VU

Les compositions des deux photographies se font écho. Comme dans un poème, la musique et la machine volante se répondent.

La troisième image arrive comme un contrepoint, montrant une masse compacte où les visages surexposés ont noircis et ont perdu leurs traits. Elle a été prise à Londres en 1938, encore une fois par un photographe dont le nom ne s’est pas rendu jusqu’à nous.

L’installation <em>Nous sommes le récit</em> dans les fenêtres de VU

«Parfois des images sont complétées au crayon de plomb ou colorisées à la main. Mais de toutes les méthodes de rendu, dessin, peinture, et cetera, c’est la photographie qui a été retenue comme preuve tangible du réel», dénote l’artiste.

Ce paradoxe et la place de choix qu’occupe la photographie comme mémoire de l’humanité l’intéressent tout autant que les techniques d’impression et la matérialité des images qu’on a transposées sur le papier.

«Plein de choses nous rattachent à l’image, mais le fait de la décontextualiser, d’enlever la légende, de déraciner l’image du texte, fait qu’on la regarde réellement et qu’on la questionne», explique l’artiste.

Son installation, baptisée Nous sommes le récit, accompagnera les promeneurs de la côte d’Abraham jusqu’au 31 août.