Mélanie Leonard

Mélanie Léonard: le chemin d'une cheffe

Mélanie Léonard a été la première femme à obtenir un doctorat en direction d’orchestre d’une université québécoise. Onze ans plus tard, elle assure la direction musicale de l’Orchestre symphonique de Sudbury et s’apprête à faire ses débuts avec l’Orchestre symphonique de Montréal et les Violons du Roy.

Mettre la main à la pâte avec l’orchestre de chambre de Québec, qu’elle écoute, suit et admire, lui permet de franchir un pas important dans sa carrière qui, pour l’instant, s’est surtout développée d’un océan à l’autre.

Elle a fait ses premières armes comme chef en résidence et chef associée à l’Orchestre philharmonique de Calgary. Puis il y a eu un certain vertige devant l’inconnu. «Passer d’un poste où l’on a 40 semaines de concert, où l’on est très sollicité, et puis avoir à faire son chemin seul, à construire son nom, c’est quand même une transition exigeante», explique-t-elle.

Il lui aura fallu trois ans avant de décrocher le poste à Sudbury, où elle a l’agréable sentiment de s’inscrire dans une communauté pour y apporter un peu de beauté. Dans les cinq concerts par an qu’elle planifie et dirige, elle introduit des nouveautés à travers la musique des grands maîtres. «Jusqu’à présent, ça a bien fonctionné. Les spectateurs m’en reparlent, me donnent leurs impressions dans le lobby après les concerts. Ça approfondit la relation entre un orchestre et son public de prendre des risques ensemble.»

Au nombre de ses audaces, on compte un concert dédié uniquement aux compositeurs canadiens et American Four Seasons de Philip Glass, une pièce de 40 minutes qui a suscité une ovation spontanée qui a fait chaud au cœur à la cheffe. «J’ai fait mon chemin. Je suis incapable de me voir autrement que comme musicienne, d’imaginer une vie différente que celle-ci.»

Des inspirations

Comme inspirations, Mélanie Léonard nomme le musicien Leonard Bernstein et l’artiste de performance Marina Abramovic. Du premier, elle retient la passion et la sincérité de son interprétation, de la seconde, la résilience et le discours sur la présence, l’ingrédient vital de toute bonne prestation artistique.

Tous deux l’aident à comprendre le bonheur qui l’accompagne chaque fois qu’elle se met à travailler avec un orchestre pour livrer de la musique vivante au public. «Il faut incarner la musique dans tout son corps, en étant très conscient du moment présent. Ce qui m’intéresse, c’est l’intégrité. Il faut laisser tomber le mur, sinon l’art ne passe pas», indique la maestro.

La maestro? La cheffe? Même si les femmes sont de plus en plus nombreuses à mener des orchestres, elles restent encore fortement minoritaires. «Nous sommes dans une ère de changement, acquiesce Mélanie Léonard. J’espère qu’au fil de ma carrière, j’aurai un impact positif et j’inspirerai des femmes, mais je dis toujours que je pourrais aussi être un modèle pour des hommes. J’ai grandi avec des modèles masculins, ça peut être vice versa. On est rendus là, je crois.»

«J’espère qu’au fil de ma carrière [...] j’inspirerai des femmes, mais je dis toujours que je pourrais aussi être un modèle pour des hommes», fait valoir la cheffe d’orchestre Mélanie Léonard.

Après avoir vécu à Montréal pendant ses études et à Calgary, elle est revenue s’établir à Valleyfield, où elle a grandi. La rivière coule juste à côté de chez elle, sitôt que l’envie l’en prend, elle peut sauter dans son kayak. Pour décrocher, elle préconise les loisirs qui occupent complètement l’esprit, comme les jeux vidéos — elle avoue être une grande fan des sagas épiques comme Dragon Age — et, depuis cet été, la moto.

Stéphane Tétreault et les violons du Roy

Même si son esprit est presque toujours occupé par son travail de chef d’orchestre, Mélanie Léonard fréquente d’autres formes d’art. Elle suit le travail de la chorégraphe Marie Chouinard et cite La face cachée de la lune de Robert Lepage et Cold Blood du collectif Kiss and Cry parmi les pièces qui l’ont émue. «Ça me nourrit et ça m’aide à voir la musique comme un morceau de l’écosystème artistique», note-t-elle.

À Québec, avec les Violons du Roy, elle dirigera le programme Mozart en Scandinavie le samedi 5 octobre, puis Beautés boréales, avec le violoncelliste Stéphane Tétreault, le jeudi 10. Celui-ci jouera en première canadienne le concerto Klatbutne («Présence») de Peteris Vasks, un compositeur letton toujours vivant qui s’est inspiré de l’ascension de l’âme.

«Il y a de longues cadences pour le violoncelle intercalées avec des parties jouées par l’orchestre. Il y a une certaine modernité, des mouvements très rythmiques, plus intenses, mais c’est surtout une expérience d’écoute très touchante», décrit la maestro. Puisque la pièce sera portée par Stéphane Tétreault, qui joue avec une intensité et une passion qui l’émeut, elle espère participer à un grand moment de musique.