L’humoriste Mehdi Bousaidan considère son succès comme le fruit de son travail acharné, mais reconnaît qu’il a aussi été chanceux. «Je crois beaucoup au hasard et j’ai l’impression que, parfois, j’ai été au bon endroit au bon moment».

Mehdi Bousaidan: foncer sans jamais se retourner

MAGOG — Plusieurs humoristes québécois ont effectué leurs débuts tardivement, parfois après un changement de carrière radical. Mais pas Mehdi Bousaidan, qui est considéré comme l’un des humoristes les plus prometteurs de sa génération. Artiste aux multiples talents, il a su rapidement quel métier il entendait pratiquer et a foncé sans jamais se retourner.

«Je n’avais pas de plan B pour ma carrière», reconnaît-il avec une pointe de fierté dans la voix. «Quand tu as un plan B, ça veut dire que tu as peur que ça ne marche pas et moi, j’ai préféré y aller à fond.»

Mehdi Bousaidan n’a pas tardé à se faire un nom sur la scène artistique québécoise. Il fait notamment partie de la distribution des émissions Like-moi!,  Trop et Med, qui sont présentées par trois chaînes distinctes. Il a également joué dans le film De père en flic II et monté un spectacle en duo avec Julien Lacroix, une autre étoile montante. Sa bouille sympathique et son propos intelligent font de lui un artiste facile à aimer.

Présentement, le premier spectacle solo de l’humoriste d’origine algérienne connaît un départ canon. La première à Montréal a eu lieu en avril et les réactions des critiques ont été plus qu’encourageantes.

«Pour ce spectacle, je me suis assuré d’avoir un décor et une mise en scène. J’amène ça à un autre niveau. C’est interactif comme concept et, pour rendre ça dynamique, j’ai 68 écrans DEL avec moi. Ça bouge énormément durant une heure et demie sans entracte. C’est vraiment spécial! Jusqu’à maintenant, les commentaires sont unanimes», lance Mehdi Bousaidan lorsqu’on lui demande de décrire Demain.

D’après lui, le public a soif d’inédit. Il a donc tenté d’offrir un spectacle explorant de nouveaux horizons. «Je pense que les gens sont tannés de voir constamment les mêmes choses. J’essaie de leur parler d’univers qu’ils connaissent moins et qui n’ont pas de lien avec leur vie. Moi, au cinéma, j’aime les films qui traitent du vécu de gens différents de moi et c’est ce que je veux offrir.»

L’actualité

L’actualité quotidienne à l’échelle internationale constitue une des principales matières premières de l’humoriste. «On parle de bombes, d’agressions sexuelles, de pauvreté et de plein d’autres sujets semblables tous les jours ou presque dans les médias. C’est le genre de sujet que, nous, on doit utiliser en tant qu’humoriste quand c’est le temps d’écrire des blagues», estime-t-il.

S’il reconnaît aborder des questions délicates ou sensibles, Mehdi Bousaidan assure qu’il ne souhaite ni passer un message ni faire la morale. 

«J’ai une tribune, ce qui n’est pas donné à tout le monde, et je veux l’utiliser à bon escient. Mon but, c’est de faire en sorte que les gens aient du plaisir et qu’ils se posent certaines questions en repartant du spectacle. Oui, je touche à des sujets plus profonds parce que je trouverais ça hypocrite de ne pas le faire, mais la façon dont je les aborde reste superficielle», précise-t-il.

Demain Mehdi

Alors qu’il amorce à peine sa tournée avec Demain, Mehdi Bousaidan connaît déjà les noms de ses deux prochains spectacles. Ils s’intituleront Hier et Aujourd’hui. Logique, non?

«Là, je sentais l’urgence de parler de demain, alors c’est ce que j’ai fait. Je ne me voyais pas commencer en abordant tout de suite mon passé. Ça aurait été rough. Prends le cas d’une première rencontre avec une fille par exemple : tu ne te mets pas à raconter ton passé en partant. C’est un peu la même chose dans ce cas-ci.»

Une fois qu’il aura réalisé ces deux premiers volets, l’humoriste croit qu’il pourra davantage plonger dans l’instant présent. «Je serai rendu là quand je sortirai Aujourd’hui», prévoit-il.

Lorsqu’on l’incite justement à se confier sur ce qu’il vit actuellement, Mehdi Bousaidan ne cache pas sa satisfaction. Il estime qu’il récolte les fruits de son labeur acharné, sans nier qu’il a probablement aussi été chanceux par moments.

«Il y a énormément de travail derrière ce que je fais présentement. Mais c’est certain qu’il faut un peu de chance pour réussir. Je crois beaucoup au hasard et j’ai l’impression que, parfois, j’ai été au bon endroit au bon moment. Une seule décision peut changer le cours de ta vie. C’est important de garder ça en tête.»

Comme de nombreux autres artistes, il a senti que son choix de carrière préoccupait son père et sa mère alors qu’il était plus jeune. «Mes parents avaient des inquiétudes. C’est sûr que c’est moins rassurant pour eux quand on a le goût de devenir humoriste plutôt que comptable, par exemple. Malgré ça, ils m’ont toujours soutenu.»

Like-moi!

Mehdi Bousaidan rêvait par ailleurs depuis un moment de se joindre à l’équipe de l’émission humoristique Like-moi!, présentée en ce moment sur Club Illico et prochainement à Télé-Québec. Or, ce n’est que récemment qu’il en est devenu un membre à part entière.

«Je suis très content. J’avais passé une audition, mais ils m’ont seulement rappelé trois saisons plus tard. Une des choses que j’aime le plus lorsqu’on enregistre cette émission, c’est qu’on porte des costumes. C’est vraiment un plaisir, surtout qu’on n’a pas ce genre d’occasion souvent à la télé au Québec! Je m’amuse beaucoup en incarnant des individus colorés.»

Cela dit, bien que le petit écran occupe une place importante dans sa carrière, il n’a pas l’intention de cesser de pratique son métier d’humoriste. «Ça restera toujours le moteur de ma vie. C’est un créneau que je vais toujours garder», promet-il.

Mehdi Bousaidan sera à la salle Albert-Rousseau le 21 mai.

***

Entre Algérie et Québec

Né dans une Algérie en proie à la guerre civile, Mehdi Bousaidan est arrivé au Québec en bas âge. Il raconte avoir appris le français en compagnie d’une enseignante d’origine péruvienne, ce qui a longtemps laissé des traces dans sa façon de parler. Il confesse d’ailleurs avoir consacré des efforts importants, vers 9 ou 10 ans, pour s’exprimer davantage comme le petit Québécois moyen.

«J’avais un accent péruvien plus jeune et, à un certain moment, j’ai voulu le perdre. Je désirais ressembler aux autres et me sentir plus à ma place. Ça a fait en sorte que, autour de 13, 14 ans, je me suis mis à utiliser un gros joual sale.»

Avec la maturité, au début de sa carrière, il s’est aperçu que cela pouvait être un atout d’être différent. Il a donc fait le choix de l’exploiter.

L’humoriste est aujourd’hui facilement capable de se placer dans la peau de personnages aux accents multiples. Dans son spectacle Demain, il en incarne d’ailleurs près d’une vingtaine, de provenances diverses.