Maurice Steger a dirigé l'orchestre en faisant autant de mouvements de mains que de mouvements de bouche.

Maurice Steger et Les Violons du Roy: suivez le joueur de flûte

CRITIQUE / Maurice Steger est un enchanteur. Il a la vigueur sautillante et le sourire moqueur d'un Peter Pan en complet et dirige l'orchestre en faisant autant de mouvements de mains que de mouvements de bouche.
C'est comme si la musique, pour le flûtiste, était d'abord quelque chose qui se goûte et qui se souffle. Qu'elle entrait par sa bouche pour inonder tout son corps et se transformer en énergie vive qu'il redirige vers les musiciens. Très mobile, voire sautillant et dansant pendant la première pièce, Steger s'est graduellement ancré au sol, pour y être tout à fait déposé en fin de première partie.
Le célèbre flûtiste suisse, souvent venu jouer avec Les Violons du Roy en tant que soliste, venait diriger un concert Signé Maurice Steger. Les deux premières pièces, nouvelles au répertoire des Violons du Roy, laissaient une belle part aux vents sans pour autant laisser les cordes au repos. La Sinfonia extraite de l'opéra Andromaque de Leonardo Leo et la Symphonie en sol mineur d'Antonio Rosetti ont lancé le concert sur une note allègre et vive, à l'image du chef à l'énergie contagieuse. Il y a bien eu deux ou trois ralentissements un peu lourds dans l'Andante de la seconde pièce, mais on retient surtout la fièvre et la douce folie de l'exécution.
Le premier mouvement de La petite musique de nuit de Mozart, dont les utilisations à toutes les sauces en publicité ou au cinéma ont malheureusement enlevé beaucoup d'attrait, a été livré avec des crescendo contrôlés et un souci de faire vivre la pièce avec sensibilité. Les élégantes arabesques de la Romance et les variations de volume du Rondo nous ont toutefois plu davantage.
La seconde partie a permis aux solistes de briller. Steger d'abord, qui a fait montre de sa folle dextérité à la flûte avec un concerto méconnu de Heberle. La démonstration, bien qu'impeccable et très enthousiaste, donnait toutefois l'impression d'assister à un numéro de virtuosité qu'à une interprétation sensible et réfléchie. Une réserve imputable à la composition elle-même, qui n'enlève rien au talent d'interprète de Steger.
La Symphonie no 8 «Le soir» de Haydn a mis à l'honneur bassons, violons et contrebasse dans un voyage musical de belle ampleur, avec des traits empreints de gravité, des segments plus joviaux et un déferlement final énergique et joyeux.
Le concert Signé Maurice Steger des Violons du Roy était présenté au Palais Montcalm jeudi soir et sera présenté à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal vendredi à 19h30.