Les chansons de Maude Audet fleurissent, nourries par la flûte, les cordes et une réflexion ancrée dans le temps qui passe et l’héritage qu’on laisse.

Maude Audet: la poésie du temps qui passe

«Tu ne mourras pas», clame Maude Audet avec la pièce-titre de son nouvel album. La promesse, aussi belle qu’impossible, ouvre la porte sur une nouvelle offrande teintée de deuils — petits et grands —, déclinée dans une facture surannée, plus orchestrée que jamais dans l’univers de l’autrice-compositrice-interprète.

«On sait qu’on perd des gens ou qu’on va en perdre, note-t-elle. C’est à nous après de garder du beau, de continuer à faire vivre les souvenirs. La chanson parle de ça. Mais je trouvais que ça englobait aussi tout l’album, parce qu’il parle aussi de tous les petits deuils de la vie.»

Depuis ses débuts en musique, celle qui a d’abord œuvré en scénographie a cultivé les contrastes. Voix délicate, plume sensible, une patte dans le folk, l’autre dans le grunge. Sur son dernier album, Comme une odeur de déclin — chouette hommage au Smells Like Teen Spirit de Nirvana qui n’a malheureusement jamais pu être endisqué —, l’autrice-compositrice-interprète a peut-être ouvert une autre fenêtre : portée par les cordes et une poétique résilience, la chanson Dans le ruisseau semble avoir fait école.

«C’était l’amorce de quelque chose, un filon que j’ai commencé à explorer au dernier album et que j’ai beaucoup aimé, en spectacle aussi», confirme la musicienne.

Avec Tu ne mourras pas, ses chansons fleurissent, nourries par la flûte, les cordes et une réflexion ancrée dans le temps qui passe et l’héritage qu’on laisse. Le disque est d’ailleurs dédié «À ceux qui partent, mais qui restent en nous» et «À celles qui se sont sacrifiées».

«J’ai pensé beaucoup aux femmes d’une autre époque. J’ai pensé à nos grands-mères qui n’avaient pas le loisir de faire des études. Même les hommes faisaient ce qu’ils pouvaient. Mais ça arrivait que des couples se brisent. Et des femmes pouvaient se retrouver devant rien, sans avoir pu poursuivre leurs propres rêves.»

Saisir chaque moment

Tu ne mourras pas dépeint aussi avec poésie des constats inévitables pour celle qui a souvent été inspirée par le temps et ses écueils. «J’ai commencé à faire de la musique quand j’avais presque 30 ans, observe Maude Audet. Je suis arrivée avec une certaine maturité. Une maturité que je n’aurais pas eue à 20 ans ou à 23 ans. Avec le temps qui passe, c’est juste quelque chose qui est plus présent. Mes parents vieillissent, comme mes beaux-parents et d’autres gens dans ma famille. Ils vont bien, mais parfois, ils ont de petits problèmes de santé. Ça fait prendre conscience de cet aspect éphémère, de la fragilité de la vie et d’à quel point il faut en profiter et saisir chaque moment.»

Comme dans cette pièce, Les gelées de novembre. Celle-ci coule comme une ode à la maternité qui se transforme quand les tout-petits grandissent.

«Mon plus vieux est entré au secondaire, avance la musicienne. J’ai commencé à faire de la musique quand mes fils étaient bébés. Il y a ce passage que je fais. Je me sens encore aussi jeune à l’intérieur. Mais les autres sont là pour nous rappeler qu’on change et que les choses bougent autour de nous. Il y a certaines parts de ma vie dont je dois faire le deuil, comme de cajoler de petits êtres. Je les aime tout autant, mais je les aime différemment aujourd’hui.»

De là l’idée de fouiller dans ses archives pour retrouver leurs petites voix, qui s’invitent sur l’album comme un hommage au passé et une main tendue vers l’avenir.

«Je pensais avoir écrit [Les gelées de novembre] pour eux, ajoute-t-elle. Mais finalement, la chanson parle de moi. De ma crainte du vide qui va arriver dans ma vie quand ils vont partir en appartement… Je vais toujours être leur mère, je vais toujours avoir de la place pour eux dans mon cœur. Mais le quotidien va changer.»

Maude Audet se produira notamment à La Chapelle le 13 février, à l’Impérial le 7 mars et au Grand Théâtre le 22 mai.