Polyglotte (mais pas anglophone), la comédienne Mary-Lee Picknell, qui a grandi entre Limoilou et Charlesbourg, serait sans doute devenue traductrice si elle n’était pas entrée au Conservatoire d’art dramatique de Québec.

Mary-Lee Picknell: Shakespeare, Molière et un pénis

Dans les derniers mois, la comédienne Mary-Lee Picknell s’est notamment frottée à Shakespeare (Le songe d’une nuit d’été au Trident) et à Molière (L’avare à La Bordée), avant de renouer avec le Marquis de Sade incarné par Robert Lepage dans Quills. Des classiques et un personnage mythique, en somme. La voilà de retour sur scène à Québec dans ce qui pourrait être son plus grand rôle de composition à date : un pénis.

Aux fins du spectacle Conversation avec mon pénis, Picknell se glissera dès mardi à Premier Acte dans la peau d’un sexe masculin. Rien d’impressionniste ou de suggéré, ici. Vêtue d’un costume de silicone «très réaliste», l’actrice devient une verge de 5 pieds 8 pouces donnant la réplique à Marc-André Thibault, qui signe aussi l’adaptation de cette pièce du Néo-Zélandais Dean Hewison. Et l’effet est plutôt saisissant. 

La comédienne reconnaît qu’elle s’est un peu faite «enfirouaper» par Marc-André Thibault au moment d’entrer dans ce projet. «Complètement!» lance celle qui avait d’abord accepté de faire une lecture du texte pour permettre à son ami d’entendre son travail de traduction. Le rôle lui a été proposé sur le champ et elle s’est laissée prendre au jeu. Parce qu’elle trouvait le texte comique, d’abord. «Mais c’est aussi très bien exécuté, c’est très sensible, ajoute-t-elle. Ça fait état de moments dans la vie des hommes qui peuvent être gênants ou difficiles émotionnellement.»

L’effet comique a été décuplé lorsqu’elle a reçu le costume conçu par Leïlah Dufour-Forget. «Un pénis qui lit un journal, c’est drôle. Tout était plus drôle», résume Pick­nell. Quelques minutes avant de monter sur la scène du Zoofest de Montréal, à l’été 2016, la comédienne envahie par le trac n’entendait toutefois plus à rire. 

«Je me suis dit que je ne pouvais pas faire ça, relate-t-elle. J’avais tellement peur! Je ne doutais pas du choix de la mise en scène ou de Marc-André. Je doutais de moi beaucoup. Je suis un gros clown rouge, je joue un pénis dans une pièce sur la masculinité et je suis une femme. Dans le show, j’ai de petits monologues où je raconte des moments de vie qui ont été douloureux. Mais je n’ai aucune idée de ce que ça représente… Dans ma vie, je ne recevrai jamais un coup dans les gosses!»

La réaction du public à la première scène a eu tôt fait de la rassurer. «Tout le monde s’est mis à rire d’un beau rire franc, raconte-t-elle. Je me suis dit : “là, je suis gâtée, finalement”.»

Preuve que le spectacle pique la curiosité, presque tous les billets pour les représentations à Premier Acte ont déjà trouvé preneurs. À la fin de la semaine, seule la supplémentaire du 2 mars pouvait encore accueillir des spectateurs. 

Vêtue d’un costume de silicone «très réaliste», Mary-Lee Picknell devient une verge de 5 pieds 8 pouces pour donner la réplique à Marc-André Thibault dans la pièce Conversation avec mon pénis.

Planches et cinéma

Picknell… Le nom n’est pas très commun par chez nous. La comédienne qui a grandi entre Limoilou et Charlesbourg mentionne d’ailleurs qu’à l’époque pas si lointaine où l’on consultait encore le bottin téléphonique, les seules mentions listées référaient à des membres de sa parenté. Quant à son prénom, qui suggère aussi faussement des origines anglophones, elle le doit à une golfeuse américaine qui avait retenu l’attention de son père. Le premier choix du paternel, Clarisse, avait semble-t-il été rejeté par maman, jugeant sa consonance trop près de certains gros mots chers aux Québécois. C’est ainsi qu’elle a été baptisée Mary-Lee.

«Quand j’étais petite, je trouvais ça bizarre de m’appeler comme ça. On n’est pas anglophones! Il n’y a personne dans ma famille qui ne parle pas anglais avec un accent!» observe l’artiste polyglotte — elle peut s’exprimer en anglais, en allemand et «un peu» en espagnol —, qui serait sans doute devenue traductrice si elle n’était pas entrée au Conservatoire d’art dramatique de Québec. 

Un talent pour les langues qu’elle a pu mettre à profit dans le film 1991 de Ricardo Trogi, qui lui a confié le rôle d’une Allemande. «C’est juste une scène de cinq minutes, mais c’est une jolie scène, charmante et rigolote», décrit-elle à propos de ce premier contact avec le cinéma, qu’on pourra voir l’été prochain. 

Lors de notre entretien, cette semaine, Mary-Lee Picknell revenait tout juste de France, où elle a tourné avec Robert Lepage et la troupe de Quills, qu’on a pu voir au Trident il y a deux ans. Un engagement qui l’a forcée à regret à renoncer à la reprise de Mme G de son «meilleur ami» Maxime Beauregard-Martin, à la Bordée. «Quills, c’est probablement le plus gros projet que j’ai fait depuis ma sortie de l’école», note la comédienne. Quant au plus important, elle cite Hypo, une pièce signée Nicola-Frank Vachon qu’elle a coproduite avec lui et qui a fait son effet à Premier Acte l’automne dernier. Reste maintenant à trouver le moyen de la faire revivre, une tâche à laquelle l’équipe s’est attelée. 

Dès qu’elle aura remisé son costume de pénis, la comédienne travaillera sur la pièce Amadeus au Trident, dans laquelle elle incarnera la femme de Mozart sous la direction d’Alexandre Fecteau. Puis, fin juin, direction le Nouveau théâtre de l’île d’Orléans où elle prendra part à la comédie Cheeese! de Claude Montminy. Pas de doute, les pièces se suivent mais ne se ressemblent pas, chez Mlle Picknell!

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi : Conversation avec mon pénis

Quand : 2 mars à 16h

Où : Premier Acte

Billets : 27 $

Info : premieracte.ca

---

Quoi : Amadeus

Quand : du 24 avril au 19 mai

Où : Trident (Grand Théâtre)

Billets : 45 $

Info : letrident.com

---

Quoi : Cheeese!

Quand : du 23 juin au 2 septembre

Où : Nouveau théâtre de l’île d’Orléans

Billets : 37 $

Info : nouveautheatredelile.com